‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 187 sur 783 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Les l'atcÈDENTS, n.VHCEY, pCde ei cûnhaiiU.

[Clarisse et At'jert ont été au-devant de lui.)

ALBERT, l'amenaid par la main. Venez, Mo.isieiir, venez, vous êtes pour moi plus qu'un hoaim .

DIX ANS DE LA V[E D'UNE FEMME

DrssEiir,. Mon .uni, voiro coiidt)ilc ost un bel oxoni|»l(\ Je suis fil r d'avoir lui nijvcii conimo vous.

MADAME mssEiir.. Vous êtes un ange, monsieur Daroey, vous êtes un ange!

CLAidssE. M'-Ui l)on frère 1

ÉVRAnu. A «on hicufaiteur, une famille rcconnai-sanle.

ADÉi/E. C'est moi (|ui suis la plus endettée de tous, mon cher Fei'dinand ; des paroles peindraient mal ce que j'éprouve.

DARCEY. Tu me réserves des faits?

ADÈLE. Ils prouvent mieux.

DARCEY. B.iune Adèle!

CLARISSE Le thé est servi.

ÉvrAftD. Veuillez vous approcher de la table.

ADÈLE. Mais qu'es-tu devenu toute la journée, mon ami? je t'ai à peine entrevu. Sais-tu que e'est fort mal.

DARCEY Une affaire importante qui m'occupe...

ADÈLE, s'asseyant. Oublie-la dans ce moment, je te le conseille. [Ils sont tous a.ssts.)

EVRARD. Nous voilà donc réunis! et quel plaisir j'éprouve à vous voir tous autour de moi! (.4 Darcnj.) Et votre ami Valdéja, vous m'aviez promis de nous l'amener.

DARCEY. Je suis passé chez lui pour le prendre : il n'y c!ait pas... mais il m'a écrit.

ADÈLE. C'est très-hcuroux; grâce à son absence, tii auras du moins un jour de congé; car H ne t-e quitte pas plusque tes pensées, et lorsqu'il n'est pas là, il te domine encore; il est facile de s'en apercevoir à ton air rêveur.

ALBERT. Serait-il vrai?

DARCEY. Du tout, c'cst UH autrc ami que lui qui m'occupe en ce moment.

ADÈLE. C'est là cette affaire si importante dont tu nous parlais?

DARCEY. Oui, je médite sur la position de cet ami, afin do lui donner un conseil.

.MADAME DUSSEUiL. QuelIc est douc sa position?

DARCEY. Celle d'un mari trompé.

TOi;s, excepté Adèle et Darcey. Ah!

DARCEY. Et puisque nous voilà tousréunis, je vais consulter à ce sujet les membres de ta famille; leur avis sera le mien. Je ne saurais mieux faire.

ADÈLE. C'est insupportable ! et devant ma sœur...

MADAME DUSSEUIL. Nous écoufons, Ferdinand.

DARCEY. 11 y aura du scandale, peut-être!

:\iADAME DUSSEUIL, .\h ! ah !

DussEuu.. Uu scandale?

DARCEY. Mais avec le scandale on fait justice du vice.

ADÈLE. Moi j'ai presque envie de m'en aller.

DARCEY. Te voilà devenue bien susceptible.

ADÈLE. .Je ne compren Is pas qn'on s'occupe...

DARCEY. Laisse-moi continuiT, tu comprendras après. Cet ami avait épousé sa femme de passion; elle était loin d'y répoudie, il le sentait: ce fut une cruelle déception pour lui, et bien lui prit d'avoir reçu de la nature une ànie forte, car il aurait succondjé.

ADELE. C'est M. de Nelles, je parie.

DARCEY. Quoi qu'il en soit, il ne se découragea pas. Elle était jeune ; il esfjéraitquele temps et ses soins modifieraient un Semblable étiU de choses. 11 ne se trompa point; il .se fit effectivement de grands changements dans les manières de sa finnme : jusque-là elle avait été sage et querelleuse, de ce jour elle devint aimable et criminelle,

TOUS. Ah !

DARCEY. Un si constant amour n'a i)roduit que d'infimes trahisons.

ADELE. Je sais qui; c'est madanic de Scrviéres.

DARCEY. lien eut les preuves.

ALDERt, avec feu. AInrsquc fit-il?

DARCEY. Rien, il ne devint pas fou.

Madame dusseuil. Mais les noms? V(his ne nous avez pas dit les noms. .'

DUSSEUIL. Cela me paraît parfaiiemenl inutile, madame Dusseuil, à moins que le mari n'ait l'intention d'intenter à sa femme une action judiciaire.

ADELE. Ce récit est vi^aiment pénible.

DARCEY. Ce qui l'arrête, c'est l'inflexibilité de son caractère. Lorsqu'il aura pris une détermination, elle sera éternelle; et il craint d'en finir, car mille idées fougueuses se disputent sa tête, car il est indigné.

EVRARD. On léserait à moins.

DARCEY. Je crois donc qu'on ne saurait trop peser les choses. Je vais recueillir les avjs. Les jjIus jeunes d'abord et les sages ensuite. Voyons, Claris.se, si vous étiez à sa place, que feriez-vous?

CLARISSE. Je pardonnerais, mon frère, dans l'espoir d'obtenir, par le repentir, ce qu'un autre Sentiment n'aurait pas eu assez de force pour faire naître.

DARCEY. Et vous, Albcrt?

ALBERT. Moi? je la tuerais. . .

M. ET M.\DAME DISSEUIL. Ah!

ADÈLE. C'est affreux!

DUSSEUIL. Doucement, mon ami, la loi te punirait.

DARCEY. Et vous, uiou pèrc ?

CLARISSE, V interrompant. Mais, mon frère, c'est aii tour de ma sœur.

ADÈLE. Pour rien au monde je ne voudrais me mêler d*one aussi sotte affaire.

DARCEY, à Evrard, Vous dites?..

EVRARD. Aïe ! aie! ma foi, à sa place, je la mènerais à ses parents; je les ferais juges entre elle et moi ; je leur dirais : La voilà. Le mauvais germe a étouffé le bon ; il a porté ses fruits : ils sont mûrs, récoltez. Et je la leur laisserais.

DARCEY, se levant. Eh bien! c'est vous qui l'avez jugée! (Tous se lèvent.)

ADÈLE, avec anxiété. Mais qui donc?

DARCEY, avec chaleur. Je ne la tuerai |«is, je ne la traînerai pas sur les bancs d*un tribunal;- mais je vous la rendrai, mon père, car cet homme, c'est moij cette femme, c'est votre fille.

ADÈLE. Ah !

EVRARD. Adèle!

ALBERT. Ma sœur!

ADÈLE. Ce n'est pas vrai.

EVRARD. Adèle VOUS a trahi?

ADÈLE. Je ne suis pas coupdAe.

MADAME DUSSEUIL, àDavcey. .Mon ctierami,ètes-VoHsccrlatu de ce que vous avancez là?

DARCEY. Oui, ma tante.

ADÈLE. Il ne m'aime plus ; c'est un prétexte...

DARCEY. Et Rodolphe, Tavez-vous oublié depuis hier!

ADELE. Qui, Rodolphe !

DARCEY. Rodolplie, votre amant?

ADÈLE. Je... ne connais point de Rodolphe.

DARCEY. Vous nc comuiisscz pas de Rodol[)he ?

ADÈLE. Non.

DARCEY, lui mettant ses lettres sous le nez. Lisez donc, lisez. (.1 Evrard.) Voilà les pièces au procès; ces lettres, ce .sont les siennes! {.Ulèle pousse un cri et tombe sur un fauteuil.)

CLARISSE. .Mou frère, vous avez eu tant de pitié de nous, serez-vous inexorable pour elle seule?

DARCEY. Clarisse, vous avez .seize ans! .\dieu ! justice est faite... Maintenant je vais me veng.T, car il y a sur terre un houimc de tro[) dans le monde, et il faut que lui ou moi...

DIX ANS DE LA V[E D'UXK FEMME

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