‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 195 sur 783 · VAI.DÉJA, SOPHIE · texte numérisé non relu

VAI.DÉJA, SOPHIE

sopiin:, Ehl»i">n! Moiisienr, vous ne me remerciez pas du tcte-:i-!ètc cpie jo vous ai nK-uagé.

VM-iuiJA. C'est un bouhein- que personne ne révoquera en d'iute, car trop de gens ont élé à môme de l'apprécier.

soi'iin;. J'ai vu un temi)S où vous eussiez été fier de l'ohtenir. (Riant.) 11 est vrai ([u'alors je comiaissais le chemin de votre cteur.

VAi.DKJA. Vuiis l'avez hien perdu.

soi'iuK.Oh! si je voulais Je saurais bien le retrouver.

vAi.DiMA. Vraiment!

soi'HiK. Je n'aur.iis pour eel i qu'un mot à prononcer.

vAi.DKJA. souriant. Ce serait donc un mol hicn terrililo!

sopniK. Mais non, ce serait tout uniment le nom d'une jeune fille, douce, naïve, charmante; et si jo vous disais, Clarisse. {VaUlpja fait un geste.) Ali! vous le voyez, déjà il me semble que ce nom vous ait fait mal.

vAi.DÉJA. Oui, dans Voire bouehe, car du reste, ce nom-là ou tout autre ne saurait ni'émouvoir.

soPHiK, froidenwnt. C'est ce que nous verrions, et pour celi jo continue. Vous l'avez aimée, et beaucoup; et malgré Téloiguement et l'absL-nœ, vous n'avez rêvé pendant trois ans qu'au bonheur do l'épouser. Oh ! }e sais tout, mes renseignements sont de la dernière exactitude. Ou s'informe avec tant d'intérêt de tout ce (|ui concerne un ami !

VALDÉiA. Si c'est à cela (|ue st; borne voiro science.

SOPHIE. Attendez donc ! Ce que personne ne sait, etce que vous voudriez peut-être ignorer vous-même, c'est que vous l'aimez toujoui*s.

VAi.DKjA. Moi !

sopHu:. Oui, vous ne pouvez la voir sans émotion, vous craignez sa présence; on ne vous rencontre jamais chez son père; et cependant, quoique vous pensiez avoir ù vous plaindre d'elle, c'est la seule i'(>ninie que voîro critique sanglante veuille bien épargner. Souvent même, et sans le Siivoir, vous la détendez, vous dites partout...

vAi.i>K.iA- Qu'elle ne vous ressemble pas, c'est vj-.ii ! Si vous appelez cela un éloge...

SOI'HIK. Ce matin, quand vous avez appris que son mariage n'aurait pas lieu aujourd'hui, vous n'avez pu retenir votre joie. Dans ce moment encore^ elle perce dans tous vos traits et vous rend indilférent h toutes mes attaques; mais patience, j'ai déjà trouvé un endroit s ms défense, ot j^en trouverai bientôt un autre plus vulnérable encore; air cette femme que vous aimez mdgré vous est celle qui a refusé votre main, iiui vous a dédaigné, et n'a pas voulu de vous pour mari! Et savez-vous pourijuoi?

VALDKJA. Que m'imporle! parce qu'elle ne m'a pas jugé' digne d'elle! sans doute,- parce qu'elle ne nraimail pas.

soi'iiiK. C'est ce qui vous trompe, elle vous aimait; clie vous aime pcut-ètFe même encore.

YAI.HKJA, acec vhaleur. Pourquoi donc, al(U'S .^

sttpim;. Pourquoi? il n'y avait que deu\ personnes au monde qui auraient jiu vous l'appren Iro : l'une éliit Rodol|>lie, et vous l'avez tué; l'autre personne, c'est inoi.

VAI.DKJA. Vous! au nom du ciel, parlez !

sopini:. .\h ! je savais '...eu que je vous forcerais à m'entendre. Écoutez ; lUleiit'.i z-vous le bruit de ces cloches?

YALUÉJA. Quehiue C(!réi\onie funèbre, peut-être.

S)i'HiE. Oui, vous dit, -s vrai; ils vienn !nt diJ rég'i'« n^' est ici en face. Ces sons religieux m'ont calmée, m'o;it adou • cie; il me .semble dans ce inoin -n'. qui; je vous hais moins, que mon àme est satisfaite, et (piels que soient m js sujets de ressentiment contie vous, je veux bien pirler et tout vous dire.

WLDÈix, avec joie. Est-il possible? parlez; mais |)U'lez donc !

SOPHIE. Clarisse vousaim.iit, et pendant votre absence ne rêvait qu'à vou.s, ne désirait que votre retour; en un mot, ne voulait que vous pour l'poux. Vous auriez été trop heureux; ce n'était pas mon cjmptc, et j'ai entrepris de vous brouiller. Je lui ai dit du mal de voua, j'en ai imaginé, et c'est en cela que j'ai eu tort, car il n'y avait i)a3 besoin d'en inventer.

VALDÉJA. Et elle a pu croire vos cilomnies!

so.'HiE. Je m'étais arrangée pour cela : dans notre quartier une j(*uue fille, cf>upable, égarée, avait étérecommandéo à ma pitié;, un;; fille du peuple qui ne savait rien, pas même 1( nom de son séducteur, dont elle se souciait fort p.-u ; je l'as.sur.ii de ma protection, à U seule condition de débiter la leciiU que je lui avais faite; et lorsque CarLsse, à qui j'en avais parlé, vint lui porter des secours et l'iuterrogcr en secret, elle lui raconta que celui qui l'avait trompée et ahandoniiée était i)arti pour la Russie, à la suite de l'ambassade, que c'était un nommé Valdéja...

VA1.DÉ.IA, avec fureur. Mis arable !

sopHii:. Vous le connaissez, et vous devin ;z njAinlMunt comment dans le cœur de Clarisse le mépris a succédé à restime, comment elle a refusé sa main, et C'>rainent en l'aimant toujours elle en épouse un autr.-.

VALDÉJA. C'est ce que nous verrons, et dJs aujourd'hui même, détrompée par moi...

SOPHIE. Rassurez-vous, il n'est plus temps : sans cela croyez-vous que je vous eusse dit la vérité ! on ne la dit qu'à ses amis, vous le savez bien. ^L-îs clo:h's recommencent à sonner.: Et tenez, entendez-vous dans la rue ce bruit; ces é| ni pages?

v.vLDEJA. Qu'est-ce que cela veut dire?

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