‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 199 sur 783 · ADÈLE, HIPPOLYTE · texte numérisé non relu

ADÈLE, HIPPOLYTE

ADÈLE. Voyons, qu'est-ce qui pèse si fort sur ta gaieté aujourd'hui?

HIPPOLYTE. J'ai quelque chose de si important à te dire.

ADELE. Quoi donc?

HIPPOLYTE. Ma chère Adèle, depuis trois mois je suis aimé de toi. Depuis six semaines j'ai formé le projet de devenir ton mari ; et je viens te rannoncer.

ADELE, éclatant de rire. Ah! ah! ah! ah!

HIPPOLYTE. Et qu'y a-t-il donc là de si risible'?

ADÈLE. Je ris, parce que... ah! ah! ah! ah! mais c'est une plaisanterie!

HIPPOLYTE. Une plaisanterie! rien nVst plus sérieux.

ADÈLE, à part. A cet àge-là on épouse toujours. [Haut] Ne te fà^'he pas.

HIPPOLYTE. Je Veux t'époiiscp, vois-tu, parce que je ne vis pas quand je suis loin de toi, et que je ne coiiçois pas qu'on l'estreigne volontairement son bonheur à quelques heures craintives et dérobées, alors qu'on peut être réunis et pour toujours !

ADELE. Les heures crdintives,tdis-tu, c'est ce qui l'ait le charme de notre position.

HippoLYFE. Au diable le charme qui fait battre \e cœur à coups redoublée! Qu'esl-ce que c'est que de te voir une heure en secret, de me faire un ma.squé qui cachi; à tous les yclix ce que je voudrais que tous les yeux vissent clairenveni; et puis, ces tourmeiits de l'absence, ces craintes qu'elle fait naître! Je suis jaloux, Adèle, et sans t'oU'enser je puis bien supposer que d'autres ainsi que moi brûlent du désir de résigner leur liberté entre les mains; du moins, quand je .serai ton mari, ils seront avertis que le cœu!* auquel ils s'adressent n'est pas libre, et s'ils venaient à élever la voix, je Ferais là pour les faire taire.

ADELE. Mon ami, c'est impossible.

HIPPOLYTE. Impossible! quoi donc, impossible?

ADÈLE. Que nous nous mariions.

HIPPOLYTE. Et pourquoi donc? n'es-tu pas veuve? qui peut nous en .empêcher?

ADÈLE. Mille considcrali JUS. Tu es trop jeune, tu n'as pas vu le monde,

HIPPOLYTE. Le monie? j'en ai vu ce que j'en voulais voir puisque je t'y ai rencontrée. Et cet âge dont tu fais tant de bruit, je voudrais pouvoir en retrancher une partie afin d'avoir à t'aimer plus longtemps.

ADELE. D'accord; mais mon père ne veut pas que je me r^'inarie; irai-je lutter contre .sa volonté? et puis d'autres considérations, ta famille à toi... Qu'est-ce que c'est donc que cette rage de mariage?

HIPPOLYTE. Daiijourd'luii je suis majeur; jusqu'ici je dépendais d'un tuteur, d'un brave et honnête homme qui m'a servi de père, et à qui j'étais obligé d'obéir.

ADÈLE, impatientée. Ce que vous pouvez faire de ntiouv,. c'e-t de suivre ses avis.

HIPPOLYTE. Au.ssi je lui ai confié ce matin mes idées de mariage; gramle colère de sa part. Mon ami, lui ai-je dit, vous ne connaissez pas celle que j'aime, voyez-la, consentez à voir madame Demoiiy, cl si après cela vous avez une seule objection à faire, je renonce à mon projet. Il a accepté.

ADELE. Est-il possible!

HIPPOLYTE. Et je vous le présenterai aujourd'hui; c'est M. Valdi'ja. •

aii4;li;, acec saisissement, Valdéja!

HIPPOLYTE. J'étais bien sûr que vous enavif^cnteudn parler;

c'est un homme du plus grand mérite; avec ses talents il serait arrivé à tout; mais depuis trois ans il est si triste, si malheureux! je ne sais quelle douleur secrète le tourmente, et c'est grand dommage ; car |)Our ceux qui le connaissent, c'est un bien excellent homme; n'cst-il pas vrai?

ADÈLE, qui a fait tous ses efforts pour se contenir. Ceriainement; mais je ne veux ni ne peux le recevoir, et vous allez à l'instant inùnic vous rendre chez lui pour l'empêcher de venir.

HU'POLYTE. C'est impossible.

ADÈLE. Je le veux.

ini'POLYTE. .Mais, ma chère amie, pense donc...

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