ACTE CmQUIÈME
PREniÈUK PAKTIE.
Une sallo basso et do trist} apparence; porte au fon-l, doux l:)ttTales.
SOPHIE, puis ADÈLE.
SOPHIE, à la cantonade. Puisqu'elle ne peut pas tarder à rentrer, je TaltendiMi... mais cj n\-st pas trop beau chez elle, [{{"gardant l'appartement.) Cola ne vaut ni son riche apparu ment de la rue Saint-Honoré, ni la petite m>i>on de }i\. Ridto.
ADÈLE, entrant et parlant à la cantonade. Il y a quelqu'un qui m'attend, dites-vous? Dieu! si c'était... [Elle s'avance vers Sophie qu'elle reconnmt , et dit froidem?nt :j Ah \ c\'St tui, S.ijiliie!
soi'HiE. Tu me reconnais, toi, c'est heureux; pour moi, je l'avoiL'. j'aurais eu quelque peine ..
A' EUE. Je suis donc hie-.i ch uigée !
SOPHIE. Tu as l'air sonifi'ant.
ADÈLE. Et toi, depuis trois ans (pie tu ascpiitti- Pari-?..
SOPHIE. J'étais ailée en Belgique avec mon m.iri l(jr.S(iu'il est pirti i)Our ce pays-là sans le dire à S(îs créanciers; car les foui'uisst^urs en sont tous là... s;' ruiner eu entreprises, eu spi'culations, qu nul il y a tant d'autres moyens...
ADELE. Et il ne lui est rieîi rest'»?
SOPHIE. Kien que des deltas; mais moi j'avais encore des esiiirances • un oncle paralytique, M. de S \int-Bric.), (|ui . veuf et sans enfants, avait une iiniuensi! fortune; et ji; suis revenue en France, à Paris, où j'avais appris que, grâce au ciel, il venait (le mourir; mais vois l'Iiorreur, j'étais déshéritée.
ADELE. Et conmient cela?
SOPHIE. Tu ne le devines pas? M. de Saint-Brice, longtemps attaché aux relations étrangères, était lié avec ce Valdéja...
ADÈLE. Je Comprends.
sopiiiK. Qui lui a déliité sur mon compte je ne saist[uelles calomiiit's, quelles horreurs, et qui a si hieu fait qu'il a déterminé M. di' Saiul-Briee à laisser toute sa foi'luue à un parent éloigné de sa foimne, à .M. A'b-'rl .Melville.
ADÈLE. .Mon beau-frère!., son rival ! {Avec ironie.) quelle générosité !
SOPHIE. Dis plutôt quelle rage de nuire; car enfin je no lui avais enlevé que sa maîtresse... on en retrouve toujours! tandis qu'une fortune comme celle-là... Et maintenant, ne sachant ipioi d(;venir, je sollicite un bureau de timbre. Ne pourrais-tu pas m'y aider?
ADELE. Je n'ai moi-même nulle protection ; mais vijis Amé. lie, madame de I^aferrier.
SOPHIE. Elle n'a jias voulu me recevoir.
ADELE. Qiielie indignité! c'est aussi là que j'en suis; nous ne nous voyons [tlus depuis ma rupture avec M. Rialto.
.SOPHIE. Une rupture! etccmiment cela?
ADÈLE. Uni! imprudence à moi! je te raconterai cela. J'ai été bien malheureuse dejjuis ce temps-là; enfin, parmi ceux qui me fa saient la cour, j'avais daigné remarquer M. Léopold , le fils d'un riche co:nmerçuit en vins, qui v:;nait de recui'illir la succession de son père.
SOPHIE. Une succession? il est bien heureux, celui-là.
ADÈLE. Elle ne lui a pas duré longtemps; toujours entouré de mauvais sujets tels que lui, il l'adi.s-ipée en moins d'un an, et depuis ce temps, je ne peux te dire à qui;ls projets, à quelle conduite, à quels excès il s'est livré, lui et .ses digues compagnons.
SOPHIE. Et tu ne l'as pas abandonné?
ADÈLE. Je le voudrais... je n'ose pas... il est si violent ! il me tuerait. Et puis, sans le vouloir et sans qu'il s'en doute, j'ai découvert des secrets qui me font trembler, et <|ue je n'o.-crais dire !
SOPHIE. Tu fiisbien; mais à moi, ta meilleure amie...
ADÈLE, Iniissant la voix. Dans cette maison où il d >nne à jouer, des jeunes gens imprud'iits et sans expérience ont été attirés; ils ont été trompés, dépouillés... Oh ! j'en suis certaine. Léopold est capable de tout; et si quehpji; ami bienfaisant ne vient pas à mm aide, c'est fait de moi ; y> n'ai plusque m i sœ'jr,je lui ai écrit... mais me rép^>iidra-t-'l!e?..
S^^ENE II.
Les PRÉCÉDENTS, CRÉPONNE.
cuÉPON.NE. Madame, Madame, une lettre pour vous.
ADÈLE. Est-il possible?
CRÈPON.NE. Et, par bonheur, M. L'opoll n'était pas là quand ou me l'a remise.
ADÈLE. C'est son écriture!., c'est de Clarisse. 0 un li.mno sœur! j'ai toujours dit qu'il n'y avait que toi...
CRÉPONNE. Nous envoie-t-elle de l'argent?
ADELE, qui a déca.heté la lettre. N.)ii... mais c'est égal. Va voir si l'on ne vient pas nous surprendre. (Créponne sort. A Sophie.) Tiens, lis... moi, ma m lin tremble et je ne vois pas, tant je suis émue.
SOPHIE, lisant. « Ma clicre sviir, en recevant ta lettre. « j'aurais voulu sur-lo champ cjurir auprès de t>i ; niais je « ne suis pas miitresse, je ne suis pa^ libre d'e^jutcr tous (i le.- nioavemeuls do mon cueur... j'ai un mari...
ADELE. Pauviv femme !
Sophie, tliicore une de malheureu.se; mais si elle veut nous écouter et suivre nos conseils...
ADELE. Achève donc.
SOPHIE, lisant. «J'ai un mari que jainr, que j'estime, « auquel je dois obéissance... et, je te l'avoue avec la plus (i grande iieiiie, il m'a fonnellement défendu de te voir, loi « et madame d' Laferricr, et surtout madame Marini, et « toutesces horribles femmesqui l'ont per.lue!..» i^Purlant.) Quelle iiitlignité!..
ADÈLE, coidant reprendr.' la lettre. Sophie, de grâce!..
SOPHIE. N ni, n m, il faut voir juspi'au bout. [Lisant.)
DIX ANS DE LA VIE D UNE FEMME
« Ccpor.danf, et quels que soient ses ordres, quand ma « sœur est mallicureuso, quai.d elle soulfre... je n'ai ni le « coiirago, ni la force d'obi ir... » [Parlant.) Allons donc!.. [Limnt.) («J'ai lovt peut-être, mais que la laute en retombe « sur moi. Aujourd'hui, à deux heures, enveloppée de mon « manteau et sans être vue, je sortirai de chez moi et j'irai « le voir. Arrange-toi pour être seule. «
APÉLE. Elle va venir L. quel bonheui' !..
sopniE. Tu feras comme tu voudras; mais si j'étais toi, je ne la reci.'vrais pas.
ADÈLE, y pi'n-:es-tu'?.. quand c'est mon seul espoir...
SOPHIE. A la bonne heuiv, si tu pr<i'fcres ti sœur à tes amies. (.1 part ) Mais pour moi, je ne l'en liens pas quitte, et j'apprendrai à celte petite prudc-là les éirards qu'on se doit entre femmes. [Haut.) Adieu, Adèle, si j'ai quelque chose de nouveau, je vie::drai te revoir..
ADKi.E. Je crains que Léopold ne se fâche, et que cela ne lui d(''plaise.
SOPHIE. lihijien! par exemple...
ADÈLE. Pdur plus de sùrelé, quand tu auras à me parler, ne monte pas par le grand escalier, où l'on pourrait te voir, mais {Montrant la porte à droite.) par celle ci, dont voici la clé. 11 donne sur une allée oi)SCure, et do là dans une petite rue détournée où il ne passe presque persoiine.
s PHiE, prenant la clé. C'est bien... je m'en vais... car nous disons que ta sœur viendra aujourd'hui... ici... seule et déguisée... à deux heures?
ADELE. Nous avons lu temps. {Elle va serrer la lettre de Clarisse dans son secrétaire.)
SOPHIE, à part. Non ! non... il n'y en a pas à perdre... et C'arisire, et son mari, et ce Valdéja !.. je me vengerai d'eux tous... d'un seul coup, et de l'un par l'autre. [A Adèle.) Un mot encore... tu n'aurais pas quelque argent à me prêter?
ADÈLE. J'en ai si peu !
s PHIE. Et moi, je n'en ai pas du tout. Je te rendrai cela dés que j'aurai obtenu ce que je sollicite.
ADELE. Bien sur?
SOPHIE. Jj le le promet;.
ADELE. A la bonne heure; car, sans cela... {Lui remettant (fuel(^ues pièces de monnaie.) Tiens!..