SCÈNE IL ADÈLEj GRÉPONNE
ADÈLE. Te voilà, (;ré[)onne ?
CRÉi'ONNE. Oui, biinne malti-c.s.se. Ai-je été longtemps?
ADÈLE. Non. Qu'a dit le docleui'?
cuÉi'ONNE. Qu'il fallait vous ménager! ne pas vous exposer au grand air. Cela vous tuera.
ADÈLE, (/'mm air morne. Que veux-lu? il faut vivre. Dismoi, as-tu entendu i)arlcr de qurlipic chose? Fait-on toujours des recherches?
CRÈPONNE. Depuisluiit mois les poursuites se sont ralenties.
ADELE. Je tremhle toujours de voir arriver les gens de jiistici'... Et cei)ondant, tu le sais, je ne suis pas coupable ; j'ignore encore conunent mon beau-frère a été attiré dans cette horrible maison. Et quand il a été frappé, je courais à ses cris et à son aide, je te le jure.
cuÉpGNNE. Je lé sais bien !
ADÈLE. Et quoique dangereusi>ment bless<\ il on reviendra, n'eslil pas vrai? il n'en mourra |ia-i? Mais moi. la honte, la misère... 0 mon Dieu! mon Dieu ! (piel chemin depuis dix ans! Quand je pense à o tpie j'étais, et à ce (|ue jjc suis mairtteuant. C'est un irve, un rêve all'reux que je tremhle do voir huir, car je crains le rêve. 1 !.. (AV/e tousse.) Puis |ue tu es sortie, as-tu vu les numéros? i\otre terni' l'avons-nous gagné?
CKÈPONNE, éludant. Madame...
ADÉt.E, avec insistance. Avons-nous gagné?
CRÉpox.vE. Mais...
ADÈLE. Réponds-moi donc ! avons-nous g ign-? [Créponne baisse la tête.) Non! je le vois. [Elle se met à pleurer.)
CRÉPONNE. Faut pas vous chagi'incr^ Madame; çi augmenterait votre mal.
ADÈLE. Au surplu>, je le savai.*, je Pavais tu dnns les cartes. .Mais Sophie Marini prétend qu.; les num-ros sorliront ce mois ci.
cuÈPONNE. Oui, (Toy< z celle-là et ses c-juseils!
ADÈLE. Elle doit .s'y connaître, elle y met si souvent! Et mes derniers bijoux, cette chaîne (|ue ma sœur m'a donnée le dernier jour où je l'ai vue.
CRÉPONNE. Eh bien! ce'te chaîne?
ADÈLE. Elle m'a conseille de 1 1 vendre pour suivre no-; numéros, et je l'ai priée de .s'en charger.
CRÉPONNE. M est donc dit qu'avec ses conseils elle vous perdi-a jusqu'au bout.
ADÈLE. Le moyen de faire autrement! ipiaud on n'a plus lien, ni amis, ni famille; car le monde entier doit i^'uorcr maintenant ce qu'e-t m irlame Lutrencin. 'Elle .se cacfie la tcte dans les tnains.)
CRÉPONNE. J'ai ceiiendant adresse'; votre di^mande à la m-ùrie, et on doit la transmettre à toutes les dames de cliarité.
ADÈJ.E, avec ironie. Et monsieur le maire, qu'on dit si bienfaisant!.. »
CRÉPONNE. .l'y ai été; ce malin. Ce n'est pas loin, car notre mnson touche à la mairie.
APÈLE. L'as- tu vu?
cnÈPôNNE. On m'a répondu qu'd étiit avec un de ses ainis (pii arrivait à rinstant même de voyage, et qu'il ne recevait personne.
ADELE. Toi seule m'es restée fidèle, ma brave Créponne, toi seule!
CRÉPONNE. Et je no vous abandonnerai jamais.
ADÈLE. Dans i)eu de tempêta seras libre de tout souci! Mais je ne veux pasqu:% jusque-li, le désespoir m'approche; je ne le veux pis! je ne le veux pas! .\llous, ne pleun* pas... Voyons! tu sais bien que ça me fait mal.
CRÉPONNE, es6U(/rt«/ ses larmes. .\h! mon Dieu! qui vient là?