‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 29 sur 783 · HENRI, GEORGE, WALPOLE · texte numérisé non relu

HENRI, GEORGE, WALPOLE

GEORGE, apercevant Henri. Ah! mon ami, mon cher Henri, vous voilà! vous arrivez à propos... j'ai à vous parlr... à vous consulter... sur une affaire qui ni'intcrcsse-.. [Se retournant et voyant Walpole.) une affaire d'Étit!

HENRI. 11 me semble que mon oncle pijnrrait mieux (jiie personne... et j'aurai droit, sire, de me récuser.», car je ne suis pas encore Hiommé!

GEORGE. Peu importe!., c'est tout comme! [A Walpole.) Mon cher Robert, avez-^vous cjnlre-signé cette ordonnance que je vous ai envoyée?

w.xLpOLE. Pas encore, sire!., je voulais prriposer à Votre Majesté une antre forme do rédaction.

GEORGE. Cumme vous voudrez... ce que vous jugerez convenable! Faites sjulement qu'on l'espédie promptenient dans vos bureaux.

WALPOLE. 0 ciel!..

GEORGE. Je reste avec votre neveu... pour c inférer rtvec lui... pour ra'eîîtendresur l'objet dont je pail lis tontàriioure et (|ui dans ce moment est de la plus hauti; importance,

HENRI, vivement. L'affaire de la guerre d"Es,ia:ine!..

GEOHGE, de même. Précisément!..

irENi.r. J'iii fait sm-le-chanip le i'ap[>urt (juc Volnj Ma-

je-;té avait chiigné me deinan 1er à ce sujet, et... je l'aVais soumis à mon oncle. . . .

WALPOLEj qui a été prendre le rapport qiiilamii laissé SHf la table. Oui, sire... (// regarde son neveu, hésite u% mo^ ment pour remettre k papier au roi, et lut dit d'UM i)oi^ (■mue:) le voici!., écrit de sa main.

GEORGE, le prenant sans le regarder. C'est bon!..

HEistït, au rot. Vottt? Majesté ne le rcjcardc pas?

GEORGE. Si vraiment! . [Il y jette les yeuc d'un air ihiiffèrent.) 0 ciel!., qu'ai-je vu?., cette écriture!.. [Walpole, qui a observé le trouble du roi, jette un dernier regard sur lui et sur son neveu, puis il sort précipitatfinient penilûnt qw George s'avance au bord du thmtre, en regardant toujours le billet.) C'est cela même!... c'est lui!., quelle indignité!., quelle trahison!., et la p.rfide surtout!.. (// remonte le thédtre et aperçoit Cécile qui entre.)

SGfiNE IX.

HENRI, GEORGE, CÉClLE.

GEORGE, à part. La voilà!..

CÉCILE, s'adressant au roi. Mon père, le comte de Sui!derland, va se rendre à l'audience que vous daignez lui accorder.

GEORGE, contenant son émotion. C'est bien... nous le recevrons ! . . .

GEORGE, après un instant de silence, jette un coUpd'ijeil sur Henri et sur Cécile qui ont échangé un regard et baissent soudain les yeux. Lord Henri, je voulais vous parler, et je puis le faire devant Milady, car je me rippelle maintenant que plusieurs fois elle a plaidé près de moi en votre fLitetir, et (pi'eile est toute dévouée à vos intérêts...

uE>Ri. C'est trop de bontés à lady Cécile, et surtout à Votre Majesté...

GEORGE. J'en aurai plus encore, et pour commeiicof je vous donnerai uh conseil... celui d'être plus circonspect... Ce tnatin VoUs ne nVaveZ confié que la moitié de votfc secret... j'ignorais encore quelle était C'^lle que Votis aimiez... un hasard vient de me l'apprendre... [Mouvemenlde Ûêcttè.) Oui, Madame... et voyez à quoi son imprudence l'etpcts^tit, si cette lettre, par cXeinple, était tombée en d'antres mahis qiie les miehiies...

HE.NRi. 0 ciel! . Eh bien! puisque mon amour vous est connu, pdiiripioi n^ivoùcrais-jc pas à Vollt! Majesté é"( ffîes projets, et mes vo^ux, et l'espoir de ma vie entière?.. Oui, sire, c'est elle que j'aime!..

CÉCILE. Que dites-vous?

HENRI. Ne craignez rien .. ce n'est pas au prince... t-2 tl'Ost pas à mon souverain que je confie un tel secret.

CÉCILE. Honri...

GEORGE. Et pourquoi rarrèter, Milady?.. il aime... il est aimé... il me Ta avoué co matin!., il en est convenu!..

CÉCILE. E^t-il possible?..

HENRI. Pnnissez-m li, Madame! je l'ai mérité! .Mais qu.'tnd je parlais ainsi, je croyais qiie jaunis vitlre nom ne s^'rait ciiniui... qn'un étc'riiel silence ens^'vi'lirait et mon secret et l'amour que vous m'avez juré...

CÉCILE, qui a passé près de lui. Taisez-vods! taisez-vous!

HENRI. Et pourquoi donc?., pourquoi cet effroi, grand Dieu!..

GEORGE. Vous uc Ic dovinez pis?.. C'est qu'elle ne petfl ent 'lulre ni supporter l'arrêt (jUi l'acciiblc... c'est qi\n cet amour qu'elle vous a juré... il m'appartenait... elle me l'avait diiniié.

CÉCILE. Sire, au ivnii du ciel...

HENRI, avec fureur. Ou :ii ! celle qu^ vous aimiez?..

L'AMBITIEUX

GEORGE. C'est elle!..

CÉCILE, au roi, et avec dignité. Assez!., assez !.. Vous m'avez frappée (le mort, et maintenant je n'ai plus rien à redouter... J'ai subi de tous les supplices le plus horrible... Vous m'avez flétrie à ses yeux... J'ai perdu l'estime de celui que j'aime.

GEORGE. Que vous aifflcz!..

CÉCILE. Oui, sire, ces nœuds que vous osez rappeler et que dès longtemps cependant j'avais brisés de moi-même, ces nœuds que l'ambition seule avait formés... je m'en accuse et j'en rougis; mais l'amour que j'avais pour lui, j'en suis fière et je m'en glorifie, car il était noble et pur... Oui, c'est paramour que j'ai repoussé ses vœux, c'est par amour que je refusais sa main, moi qui aurais donné ma vie pour en être digne; et je ne dis pas cela pour m'excuser à ses yeux, pour surprendre sa pitié, ni puur regagner une tendresse que je ne mérite pas et que j'ai perdue sans retour... mais je le dis pour moi-même que vous avez voulu abaisser, je le dis devant vous qui tenez le sceptre et la couronne... celui que j'aimais, sire... c'est lui!..

GEORGE. Et ce mot a décidé sa perte... et vous deux qui m'avez trompé...

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