SCÈNE VFII
ROI.AND, s'asscyani à gauche, et prenant un licrc
qui se truucc sur le canapé. (/(!st cl.iir, ello vont ùloi-
giior Milord; mais je reste, et nous verrons ce que
cela (l viendra.
MAD.\Mt: IJE SEf.MAR et ANTOINE entrent par la
porte à gauche, derrière Roland.
ANTOINE, à voix bossc . Entrez, Madame, ot du cou rage! c'est le seul moyen de tout savoir. .Madame m'a dit de vous faire attendre ici; je vais Taverlir.
MADAME DE SELMAR. t>héz quï suis-jc? jc n'cu sais ri on incore.
KOLAND, à Antoine. Qu'est-ce que c'est?
AMOiNE. La nouvelle femme de chambre qu'attend .Madame. {Il entre dans la chambre où est Corahj.)
ROLAND. C'est bien.
MADAME DE SELMAR , jefanf SUT Rolond un coup d'ail rapide. Eh mais! si je ne me (ronip.^, c''>st M. Roland, l'ami de mon frère, ce jeune homme si timide qui n'osait me parler.
ROLAND, remontantle théâtre. Une soubrette jeune et gentille, c'est à merveille, ça ne me fait pas peur cela. (7/ s'approche derrière elle et lui prend la taille.) Une jolie tourmire... A nous deux, Lisette, à faire connais- .sance.
MADAME DE SELMAR, tremblante. Eh bien! Monsieur, qu'est-ce que c'e^l?
ROLAND, la regardant et s'éloirpmnt d''elle. Dieux ! que vois-je!.... voilà une ressemblance qui m'a fait une peur... {Haut.) Mais, quelle idée! Parbleu, ma belle enfant, je suisenchanlé de l'aventure . je n'aurais jamais cru rencontrer ce(t3 figure-làsous un bonnet diî soubrette.
MADAME DE SEL-.i'AR. Que voulcz-vous dire, Monsieur? vous me prenez pour une autre.
ROLAND, prenant son bras. Du tout, je te prenils pour moi ; car lu ne sais pas que tu ressembles trait pojr trait à la femme de Paris la. pi us jolie et la plus aimable.,, à madame de Selmar.
MADAME DE SELMAR. Que dit-i! ?
ROLAND. Et juge donc, pour moi quel bonheur! lui (lire (juc je l'aime... jamais de ma vie je n'aurais eu ce courage, cette hardiesse; landisque toi... eh bien!.. Si vraiment! même avec toi, cela me fait quelque chose... .Mais c'est égal, c'est sans con.séquence Je suis encore un peu timide par liabitudi>, maisca vase passer.
MADAME DE SELMAR, « part. Ail! moii Dicu ! (Haut.) En effet, j'ai entendu parler de ma ressemblance avec cette dame.
ROLAND. N'est-ce pas? c'est frappant ! Mais (pielle dilTérence! elle est micu.v encore; il ne faut pis que cela te fâche.
MADAME DE SELMAR. NuUcment. Saus doute vous étiez reçu chez elle?
ROLAND. Non, je n'ose pas ; elle ne reçoit personne. Mais elle a un frère, un jeune étourdi, pour qui elle a l'aïuitié la plus tendre. Eh bien! et moi aussi, je laimt>,je le protège. Quelques dangers l'enviroiinent, surtout dans ce moment.
MADAME DE SELMAR. QuC ditOS-VOUS?
ROLAND. Oui; ta maîtresse trame queli]ues complots, mais malgré i'llt> ci uialgré toi, je les dèjou(>rai (piand je les coimaitrai, parce que d'être mauvais sujet, ca n'enq)èi'he pas d'être honiièle homme.
MADAME DK SELMAR. ùpart. Ail ! je u'ai plus peur delui.
ROLAND. Songe donc qu'en delendant son frère, c'est
elle-même que j'oblige; et de pouvoir lui rendre ainsi service .«ans qu'elle le sache, sans qu'elle s'en doute jamais, il me semble que c'est bien, que c'est délicat, que c'est digne d'elle'.
MADAME DE SELMAR. Jo compfcnds, et cTois dcvincT quelles sont vos vues.
ROLAND. Moi ! des vues sur elle ! y penses-tu ? Je me jett(!rais au feu pour lui épargner un chagrin; mais répou.ser!,. ah bien oui! D'abord, à lause de- .son frère , elle ne veut point se marier; et puis dès que je l'aperçois,,.
Air du Fleuve de la vie.
Saisi d'une frayeur nouvelle,
Je tremble cl ne lui parle point;
Qu'elle est belle... et pourtant sur elle
Tu l'emportes en un seul point.
MADAME DE SELMAR,
Eh quoi ! j'aurais cet avantage!
Quel est-il donc?
ROLAND
C'est qu'en ce jour Tu m'inspires autant d'amour El bien plus de courage.
MADAME DE SELMAR, o part. Me voilâ bien! Il y a maintenant un égal danger à parler ou à me taire. Si je pouvais du moins en obtenir des renseignements! {Haut.) Monsieur, daignez, par grâce, me faire connaître la maison de la marquise chez laquelle jo suis.
ROLAND. La niaïquise! tu en es encore là? La marquise Uudiey n'est autre que Coraly, une des plus jolies danseuses de l'Opéra.
MADAME DE SELMAR, à part. Grand Dieu! une jolie condition que j'ai choisie là! Il vaut mieux tout lui dire, (Haut.) Protégtz-moi, Monsieur; vous êtes le seul à qui je puisse me" fier,
ROLAND, Voilà qui est paiier.
Air du vaudeville de Oui et yon.
Allons, plus de timidité ; De tes yeux mon ;\me est charmée,
MADAME DE SELMAR.
Finissez donc.
ROLAND
Que ta fierto Ici ne soit point alarmée ; Oui, d'honneur, j'ai cru voir en toi 6on air, sa tournui'c et sa grice.
Ainsi ne me fuis pas, tu voi Que ce n'est pas toi que j'embrasse.
{On sonM.) Tiens, entends-tu ta maîtresse?
MADAME DE SELMAR. Gràce au cicl !