‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 297 sur 783 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

CORALY, MADAME DE SELMAR.

CORALY, Enfin nous voilà seules! ferme cette porte et viens ici. Jenny m'écrit que tu es discrète, intelligente, dévouée à tes maîtres.

MADAME DE SELMAR. C'est UIOU dcVOir.

CORALY. Tu ne t'en repentiras pas. Eh bien ! Hloriette, il faut que d'ici à ce soir... et c'est toi seide que je charge de cette commission, il faut que toutes nos malles soient prêtes ; car nous partons toutes deux cette nuit pour l'Angleterre.

MADAME DE SELMAR. Partir toutcs les deux ! et pour quel motif?

CORALY. Apprends, Henriette, que je vais en Angleterre pour me marier.

MADAME DE SELM.\R. Vous marier ?

CORALY.

Air : de sommeiller encor, ma chère.

Oui, j'en conviens, je suis Jalouse

D'o))tenir un état, un rang ;

En un mot, je veux qu'on m'épouse.

M.\D.^ME DE SELMAR.

Quoi! faire un éternel serment!

CORALY.

Ces vœux d'éternelles tendresses M'offrent un nouvel avenir :

Queliiui'fois j'ai fait des promesses.

Pour changer je veux les tenir.

C'est mon seul désir, ma seule ambition, et voilà ce qui me décide.

MADAME DE SELMAR. J'cntcnds, VOUS choisisscz pour époux ce milord Guinsbourg, dont vous parliez tout à l'heure.

CORALY. Non pas, il ne m'offre que sa fortune.

MADAME DE SELMAR. Et VOUS la rcfuSCZ?

CORALY. Oui; pour un autre beaucoup moins riche, mais que j'aime, et qui m'offre sa main; c'est le jeune Edouard, le frère de madame de Selmar, une riche créole.

MADAME DE SELM.\R, à part. 0 ciol ! [Haut.) Oui, j'ai entendu parler de cette dame; et Edouard y consent?

C0R.\LY. Il n'ignore point le sacrifice que je lui fais en renonçant à la fortune de milord Guinsbourg.

MADAME DE SELM.VR. Mais prenez, garde, Madame; je dois VOUS éclairer siu' la situation de M. Edouard et de sa sœur : j'ai entendu dire que madame de Siduiar était riche, il est vrai; mais si elle se remariait, son frère n'aurait rien.

CORALY. Oui, mais elle ne se remariera pas; j'ai lu une lettre d'elle, où elle le jure à son frère, et sa parole est sacrée. On dit que cette femme-là est la vertu même.

MADAME DE SELMAR, ù part. Tout couspire contre moi, jusqu'à la bonne opinion que j'inspire.

coR.vLY. Depuis ce matin, Edouard s'est occupé de tous les préparatifs^ des papiers pour son mariage, des passeports pour l'étranger, et cette nuit nous partons, avant que personne ail pu soupçonner notre i'uite. Eh mais! qui vient là? [Regardant par la fenêtre.) Un cavalier entre dans la cour : c'est lui, c'est Edouard !

MADAME DE SELMAR. Ah! mouDicu, quc devenir?

GUINSBOURG, en dehors et frappant à la porte à gauche. Milédy!

CORALY. Encore lord Guinsbourg!

GUINSBOURG. Puis-jc entrer, maint'nant?

coR.\LY, à madame de Selmar. Trouve un moyen de l'éloigner.

.MADAME DE SELMAR. Et COmmCUt?

CORALY. Est-ce là ce((ui l'embarrasse? et cette adresse, cette présence d'esprit dont on m'a parlé. [Apercevant une lettre qui est sur la table.) Ah! ma lettre; donne-la-lui, et qu'il parte à l'instant, entends-tu?

MADAME DE SELMAR. Oui, Madame. [A part.) C'est bien, je lui remets cette lettre, et je pars. Je sais maintenant ce qui me reste à faire. {Elle sort par la porte « gauche.)

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