SCÈNE vm
ZURICH, LESPÉRANCE. Il ouvre vivement la porte et traverse le théâtre d'un air lesle et défjafjè; il a sur les yeux des lunettes vertes ; il est sans chapeau et l'habit ouvert ; il a une plume dans la bouche, des papiers sous le bras, et un rouleau à la main. Il se dirige vers la porte du bureau.
ZURICH. Qui fa là?
LESPÉRA-scE, parlant avec la plume entre les dents. Je
suis de la maison, je suis de la maison. ZURICH. C'est cliusle, ce être un employé. Je retourne
à mon boste. {Il sort.)
LESPÉRANCE, seul. C'est encore moi. Je suis sûr qu'à ma place un solliciteur ordinaire, un pauvre diable, comme on en voit tant, se serait tenu pour battu. [Prenant son chapeau, qui est attaché sous la basque de son habil.) Mais aussi il faut savoir solliciter. {Articulant.) 11 faut savoir solliciter ; c'est un art comme un autre, et un art qui a ses principes : pour y exceller, il faut avoir de certaines qualités personnelles; ça ne se donne pas. Parexinnple, une jambe taillée pour la course : voilà une jambe à succès. Mais me voilà enfin dans le camp des Grecs; il faut songer à l'attaque. J'ai là ma demi-douzaine de pétitions, jamais moins, (|uelquefois plus, parce qu'on ne sait pas ce qui peut arriver. Si j'essayais..... Justement voici le garçon de bureau avec lequel j'ai fait connaissance en parlant de la pluie et de la polilique.