‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 318 sur 783 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

GEORGES, LESPÉR ANGE, ARMAND, auqud Lespêrance fait plusieurs salutations.

ARMAND, sans remarquer Lespérance. Georges, estce que niadame de Versac n'a point encore reparu ?

GEORGES. Non, Monsieur.

ARMAND. Allons^ je vais profiler de cela pour déjc'uner; car j'ai tant d'ouvrage qu'il m'a encore été impossible...

LESPÉRANCE, o part. Qu'entends-je?d n'a pasdéjeuné! C'est un homme à moi. Il n'y a que deux moyens : il faut prendre les gens par les sentiments ou par la faim ; il ne serait pas régulier de commenci^r par la faim, débutons |»ar les sentiments. [H tousse pour se faire remarquer, et recommence ses révérences.) Monsieur...

ARMAND, à part. Quel est cet original? que me veutil avec ses saluls?

LESPÉRANCE, soluant toujours. Vou.s devinez sans doute ce qui m'amone; s'il vous restait la plus légère incertilude... [Il salue de nouveau.)

ARMAND. Vous saluez avec une grâce, une aisance...

LESPÉRANCE. Ccst la gTaudc habitude : il y a dix ans que j'exerce.

ARMAND. Je devine que vous sollicitez.

LESPÉRANCE. Vous i'avcz dit; et jc com|)te sur vous, aimable jeune homme : il faut que vous me donniez un coup de main ou un coup d'é[)aule? Préférez-vous me donner un coup d'épaule? ça m'est parfaitement égal, pourvu que vous me pou,ssiez.

ARMAND. Songez donc ((ue je ne suis rien dans l'administration.

LESPÉRANCE. CVst cc (jui VOUS trouipc : vo'js ne recevez point de salaire, c'est fort bien ; vous ne rc;irez aucun fruit de votre labeur, c'est à merveille; vous travaUlez rjratis , prn Deo, c'est encore mieux : mais on vous paie en égards, en bienveillanre, et, sous ce rapport , vous jouiss; z d'un fort joli traitement. (.4 part.) Voilà i)our 1rs sentiments, nous verrons après. {Haut.) Parlez-moi des égards, de la bienveillance : cela lient lieu de tout.

ARMAND. Les égards, la bienveillance, tnut cela ne suffit pas.

i LESPÉRANCE. C'est ce que je dis... [A part.) Oh ! alors,

i il faut lâcher le déjeuner. [Haut.) Quand jiî dis que ça lient lieu de tout, c'est une façon de parlir. Je conçois, par exemple, qu'on n'engraisse pas avec de l'estime : moi qui vous parle, je jouis d'une considération très-distinguée, et cependant... et cependant si jc n'avais pas déjeuné... Avez-vous déjeuné?

ARMAND, offensé. Monsieur!..

LESPÉRANCE, afjirmativement. Vous n'avez pas diijeuné, vous chercheriez en vain à le dissimuler. Vous n'avez pas déjeuné.

ARMAND, .çou?'/aHL Monsieur, je no prends jamais rien.

LESPÉRANCE. Jc sais ccla à merveille. Vous autres.

vous ne prenez jamais rion, mais vous acceptez quelque cliose.

ARMAND. Monsieur!..

LESPÉRANCE. Une bavaroise au lait.

ARMAND. Vous VOUS UloquCZ.

LESPÉRANCE. Je vois qu(! VOUS êtes povir la côtelette; eh bi( n ! va jiour la côtelette et le carafon. [A part.) Ma foi ! lâch(ms la côtelette.

ARMAND, avec dignité. C'est assez plaisanter.

Air : Fils imprudent, etc.

En ces lieux je n'ai point d'empire;

Si jamais je dois en avoir,

En vain on voudrait me séduire :

Je ferai toujours mon devoir.

Je suis Français, et jc fus militaire L'iiouneur, Monsieur, jamais ne se paya.

Telle est ma loi.

(// sort.)

LESPÉRANCE.

Ce L'arçon-l;ï Sera toujours surnuméraire.

Allons, c'est jouer de malheur. Tomber sur un surnuméraire ijui ne déjeune pas! Mais c'est égal, il faudra bien... Quelle est cette jeune dame?

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