‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 371 sur 783 · SCÈNE Xî; M. DE BUSSIÉRES; M. DE COURCELLES · texte numérisé non relu

SCÈNE Xî; M. DE BUSSIÉRES; M. DE COURCELLES

M. DE BLSSiÉRES. Quc je S'jis heureux de vous retrouver chez madame de Blangy ! vous, Monsieur, un ami de mon père; car il me parlait souvent de vous, de sa fortune qu'il vous devait ; et j'ai pu paraître bien ingrat en vous négligeant ainsi.

M. DE COURCELLES. Eu aucunc ftiçon; vous êtes plus jeune que moi, et à votre âge les plaisirs... Car vous avez été longtemps absent?

M. DE BUSsiÉREs. Oui, Monsieur, ce qui ne m'excuse point.

M. DE COURCELLES. Si Vraiment; en amitié, il est toujours temps de lommencer, et si vous vous croyez en retard, vous me rendrez tout à la fois, intérêt et capital... Je vous parle là en style de receveur général.

M. DE BUSSIÉRES. C'est le plus solide.

M. DE COURCELLES. N'est-il pas vrai? Ah ça! il s'agit d'affaires. Vous louez donc la maison de madame de Blangy?

M. DE BUSSIERES. Oui, Mousieur. [Avec un peu d'embarras.) Y a-t-il longtemps que vous la connaissez?

M. DE COURCELLES. Cette propriété?

M. DE BUSSIÉRES. Nou. Ci'llc qiii l'habitait.

M. DE COURCELLES. J'étais l'ami de sa famille et de son m.tri. Une femme adorable, qui mériterait les hommages du monde entier. Si vous la connaissiez comme moi, si vous saviez quel charmant caractère, que de vertus, que de talents, et comme elle s'est conduite envers son mari! Un excellent garçon, j'en conviens, mais qui, après tout, n'était pas aimable tous les jours.

M. DE BUSSIÉRES. On mc l'avait dit.

M. DE COURCELLES. Bou cŒur, mais une tète chauile; un homme terrible quand il était en colère, et il avait tant d'occasions de s'y mettre. De fausses spéculations, de mauvaises affaires...

M. DE BUSSIÉRES. Quc ditcs-vous là?.. Et nous souffririons que madame de Blan,u7...

M. DE COURCELLES. Avcc sou caractèrc , avec sa fierté, elle n'a besoin de rien, clic ne veut rien. Sans cela, Monsieur, je vous prie de le croire, elle ne manquerait pas d'amis qui

seraient trop heureux... .Mais revenons à notre affaire

Vous avez loué combien?

H. DE BussniREs. Cc quc vous voudrez... Ce qu'il vous plaira... le plus sera le mieux.

M. DE COURCELLES. Nou, Mousicur, Ic prix qu'elle en donnait elle-même : douze cents francs.

M. DE BUSSIÉRES. Soit ; jc VOUS Ics iviiieltrai.. . Mais vous disiez que ses amis... elle en a beaucoup?

M. DE COURCELLES. Tous ccux quî la connaissent. Quant à ses adorateurs, tous ceux qui la voient, et il n'aurait tenu qu'à elle d'accepter les partis les plus beaux, les plus riches.

•M. DE BUSSIÉRES. Il Serait possible?

M. DE COURCELLES. J'cu sais quelquc chose; car c'est toujours à moi que les soupirants s'adressent... 11 faut croire qu'il y a dans ma physionomie quelque chose de paternel qui les attire et les encourage; mais elle les a tous refusés.

■s\. TtEiiussiÈRES, gaiement. Quoi! tous?

M. DE COURCELLES. L'uu après l'autre... elle ne veut aucun de ces messieurs.

M. DE BUSSIÉRES, riaiit. C'est charmant !

M. DE COURCELLES, confidentiellement. Car si elle se prononce, je sais en faveur de qui...

M. DE BUSSIÉRES, avec émotion. Ah! vous savez?..

M. DE COURCELLES. Oui, mou jcunc ami, quelqu'un qui a sa parole, sa promesse fornielle, et elle n'y a jamais manqué.

M. DE BUSSIERES, troublé. Vous conuaissez cettc personne?

.M. DE COURCELLES. C'CSt moi.

M. DE BUSSIÉRES. Quc QIC dites-vous là?

M. DE COURCELLES, Je dois l'épouscr dès qu'elle sera consolée, et déjà cela va mieux; déjà, grâce au ciel, sa douleur éternelle a des absences : témoin, tout à l'heure à ce [)iaiio où elle oubliait de s'affliger; c'est à vous que je le dois, je le sais; mais je voudrais vous devoir plus encore, et puisiiue vous avez daigné me parler d'amitié.... je viens vous en demander une preuve.

M, DE BUSSIÉRES. .Monsieuf...

M. DE COURCELLES. Il n'y a que moi, auprès d'elle, qui plaide en ma faveur, et on a toujours l'air gauche quand on parle à la première personne. J'ai beau lui répéter que je suis un honnête homme, que j'ai quelques bonnes qualités, un bon caractère, elle peut croire que je suis seul de mon avis; mais si ma proposition était appuyée, si j'avais une voix de plus... la vôire, par exemple !

M. DE BUSSIÉRES. Moi ! Mousicur?..

M. DE COURCELLES. Le tout cst de la décider... Elle y viendra, j'en suis sur; car elle m'aime au fond, elle me le disait encore ce matin.

M. DE BUSSIÉRES. Ce matin?

M. DE COURCELLES. Mais les convenances... le respect humain...

M. DE BUSSIÉRES. Quoi ! ccttc retraite, ce deuil qu'elle s'était imposés...

M. DE COURCELLES. Voilà la sculc chose qui l'arrête, je le parierais.

M. DE BUSSIÉRES, avec dépit, Cre^yez donc après cela aux douleurs éternelles?.. Cela ne m'étonne pas, les femmes sont toutes ainsi.

M. DE COURCELLES. Et UOUS aUSSi.

M. DE BUSSIÉRES. Non, Mousicur, non, ne le croyez pas; il est des hommes chez qui les sentiments |)rufoiuls ne s'effacent point aussi aisément.

M. DE COURCELLES, ovec indifférence. C'est possible! mais cela m'est égal. [Avec chaleur.) Pour en revenir à madame de Blangy, elle ne mc croira peut-être pas, j'y suis trop intéressé... vous, c'est dill'érent... et puis un grand avantage que vous avez, c'est que vous l'amusez, vous la faites rire, et cela avance mes allalivs.

M. DE BUSSIERES. Jc suis ti'tjp licuroux d'êti'c bon à quelque chose, et s'il ne tient qu'à hâter les bonnes dispositions où l'on est ])our vous, je tâcherai de me tirer avec honneur de la missiun que vous voulez bien me confier.

M. DE COURCELLES. Jc 110 sais commciit vous remercier.

M. DE BUSSIERES. Eli aucuiic façoii... cela m'amusera.

M. DE COURCELLES. Jc ci'ois quc Ic momeiit est favorable.

LES INCONSOLABLES

elle est seule, et si avant de vous mettre à table vous obteniez pour moi une bonne réponse, il me semble que je dîneiais mieux,

M. DK BtssiÉRES. Il est de fait que voilà une raison...

M. DE coiRCELLEs. Positive, n'cst-il pas vrai? .\dieu, mon jeune ami, du courage. {Lui donnant une poignée, de main ) Et à charge de revanche dans roccasion. (M. de Bussières sort.)

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