‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 397 sur 783 · LÉOPOLD, ALBERTINE · texte numérisé non relu

LÉOPOLD, ALBERTINE

ALBEtiTiNE, à part, et se jetant dans un fauteuil. Et Desrosoirs qui ne revient pas '..

LÉoi>oLD. A merveille! puisqu'il nous laisse, reprenons, de grâce, la conversation que son arrivée avait interrompue.

albeutine, avec impalknce. C'est bien... dans un autre moment.

LÉOPOLD. N'iin pas... vous voulez éloigner rexi>lication.

ALBEKTiNE. Mûi!.. uuc cxpiication !.. et à quel propos?., et sur qu<'l sujet?

LtopoLD. Eh! mon Dieu ! en quoi vous ai-je offensée?., et d'où vient un tel changement?

ALBERTINE. Un changement!., eh! où voyez-vous cela?

LÉOPOLD. Mais en tout, dans vos traits, dans vos discours... dans rémotion de votre voix... dans l'agitation où vous êtes, et dont je cherche en vain la cause.

ALBERTUNE. Eh ! qui vous dit, Monsieur, qu'elle en ait?

LÉOPOLD. A coup sûr... ou je vais croire, comme je vous le disais tout à l'heure, que c'est un de ces caprices soudains... un de ces moments d'humeur dont mon amitié se plaignait.

ALBERTINE. Eh ! quand il serait vrai?., quand je serais aussi bizarre, capricieuse... insupportable, que vous voulez bien le supposer... croyez-vous que ces questions, ce flegme, ce sang-froid, soient bien propres à me calmer?.. En vérité, il est des gens qui ne comprennent, qui ne devinent rien.

LÉOPOLD. Eh! comment voulez-vous que je devine un pareil secret ?

ALBERTINE. Ce secrct cependant n'est pas difficile à pénétrer... c'est que je veux être seule... c'est que votre présence m'irrite... m'agace... m'impatiente.

LÉOPOLD. 0 ciel! c'est à moi que vous parlez ainsi... à un ami!..

ALBERTINE. Eh ! uiou Dieu ! parlez moins de votre amitié, et donnez-m'en des preuves!

LÉOPOLD, vivement. Eh! lesquelles exigez-vous?., parlez!

ALBERTINE. Je VOUS l'ai déjà dit... que vous me laissiez... que vous sortiez.

LÉOPOLD. Est-ce bien vous que j'entends? vous qa'i me renvoyez, qui me chassez!.. Ce n'est pas votre cœur qui a dicté un pareil arrêt, et je ne veux y voir qu'un instant d'humeur et de dépit.

ALBERTINE. Del'humeur... du dépit... non, Monsieur... je suis calme... je suis de sang-froid... et puisque vous m'avez si bien dit mes défauts... je vous dirai les vôtres ; je vous dh'ai que ce qu'il y a de plus insoutenable et de plus ridicule à la fois, c'est de vouloir gratifier les gens malgré eux de conseils qu'ils ne demandent pas, d'une présence qui les fatigue, et d'une amitié à laquelle ils renoncent.

LÉOPOLD. C'en est trop !.. et je serais le dern ier des hom mes, je m'avilirais à mes propres yeux, si, après un pareil outrage, je pouvais conserver encore des sentiments que j'abjure, et que je sais le moyen d'oublier à jamais... Oui, Madame... oui, à l'instant mènie... je vous prouverai qu'il en est d'autres qui plus que vous méritent ma tendresse.

ALBERTINE. Elr! Mousieur! .

LÉOPOLD. Mais ce n'est pas à vous, qui ne in'èfe.s plus rien, c'est à votre mari... qiie je veux et que je dois fonlier mes projets. {Il sort par la porte à gauche, qui conduit au cabinet de- M. Dulistel.)

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