‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 399 sur 783 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

ALBERTINE, DESROSOIRS.

ALBERTINE, cowant à lui. Ah! c'est vnns, mon ami! eli bien ! quel bénéfice?., est-ce trente mille francs?

DESROSOIRS. Non, Madame...

ALBERTINE. Cc u'cst quo viugl-cinq?.. {Le regardant avec anxiété.) Non... pas même... ô mon Dieu!., ce n'esl donc que dix-huit... j'en étaissûre... j'ai toujours joué de malheur.

DESROSOIRS. De malheur... ah! oui. Madame;... car au moment où l'on s'y attendait le moins... une baisse effroyable...

ALBERTINE, vivcment. Je le sais; mon mari me l'a dit. .\ussi Defrène a vendu... n'est-ce pas?

DESROSOIRS^. Non, Madame!..

ALBERTINE. 0 CIcl !..

DESROSOIRS. Les ordres que vous m'avez donnés et que je venais de lui transmettre lui prescrivaient formellement d'attendre fin du mois.

ALBERTINE. Eh ! qu'importc?.. ne devait-il pas de lui-même deviner et comprendre?.. Mais demandez donc du tact, de l'esprit, di^ l'intelligence à ces ^i-ir-i de finance! Grâce à lui, nous voilà eu jifrle, et de combien? ne craignez pas de me le dire... je suis calme, je suis de sang-froid.

DESROSOnis. Eh ! mais, vous perdez à peu près ce (}ue nous espérions gagner...

ALBERTINE. Ciaud DiCu!., cinquante mille francs?..

DESROSOIRS. T(nit compris, avec les droits, et cœtera, que sais-je?..

ALBERTINE. Cinquante mille francs! je dois une pareille somme! moi! une feunne!.. Mon cher Desro.soirs, mon ami, mon cher ami. mon confident, comment faire! que devenir?

îim

LA PASSION SFXRÈTE.

DESBOsoiRS. Je lie sais. . il faut le temps de chercher cette somme... de se la procurer... ce que je ferai dès demain, je respcrc bien ; mai: c'est que Defrèiie, vutre agent de change, veut (le l'argent dès ce soir... à Tin.stant.

aleertinï:. Est-il possible!., nn pareil procédé!..

DESKOSOiKS. Écoutez donc, des bruitssinistres se répandent... on dit qu'à la sortie de la Bourse deux ou trois de ses confrères ont pris la fuite... lui-même... n'est pas déjà trop bien dans ses affaires... Dans ces cas-là on prend ses siîrelés... ses précautions.

ALBERTiiNE. Mais sc déficr de moi... ou plutôt de vous qui me serviez d'intermédiaire!

DESROsoiRS. li y a bien quelques raisons. Comme je ne voulais pas vous nommer, et que moi, tout le monde sait que je ne joue pas à la Bourse, je lui avais donné à entendre, mais sans rien affirmer, que les ordres (|iiejelui transmettais venaient en secret de votre mari... mon ami intime... un grand capitaliste... c'était tout naturel; mais aujourd'hui qu'il a vu que cette débâcle venait de la compagnie des banquiers dont M. Dulistel fait partie... cela lui a donné des doutes, des inquiétudes... il veutqu'on lui paie sur-le-champ ladifiërence... qui, comme je vous l'ai dit, est de cinquante mille francs... sinon il va venir ici, chez votre mari, pour savoir ce que cela veut dire.

ALBERTiNE. 0 ciel... une pareille explication...

DESROSOIRS. 11 m'en a menacé.

ALBERTiNE. C'cst fait dc moi !.. je suis perdue !.. Comment empêcher cette \isite et l'éclat qui doit s'ensuivre? comment surtout gagner du temps?

DESROSOIRS. Silence!., c'est Dulistel.

Page 1