‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 40 sur 783 · MOKA · texte numérisé non relu

MOKA

C'est au comptoir (|ue Ton passe.

CHOEUR

Mon Dieu ! (luel fracas!

Que font-ils tlunc là-bas?

Ici l'on ne s'entend pas.

Mon Dieu ! (juel fracas !

(I) On nomme ainsi le café qui est sur le boulevard Montmartre, à côté du théâtre des Variétés. Ce café conim.miipie avec le vestibule du lliéàtre. On l'app.'ll.' aussi café 1) Im Irm-q. du nini du propriétaire.

Que font-ils donc là-bas?

Et pourquoi n'entre-t-on pas?

PREMIER CHALAND. GrirçoQ, uii bol au rhum?

DEu.viÉME CH.UA.ND. Garçoiî, une bouteille de bière?

MOKA. Voilà, voilà, voilà.

MADAME GOBIN. MoiisieuF le garçon, y a-t-il encore la queue '?

MOKA. Madame, jusqu'à l'entrée du café. On ne peut pas pénétrer sous le vestil)ule.

MADAME GOBIN. C'cst losupportable; vous verrez que mon mari n'aura pas de billets, depuis une heure qu'il est à la queue, et tout cela pour une mecliaiite pièce.

MOKA. Ça, c'est vrai, c'est ce que tout le monde dit; mais il n'yaque colles-là qui prennent. Regardoz-moi Phocion(l) ; le voilà bien avancé avec son mérite; il fallait faire jouer ça par M. Potier (2), vous auriez vu! Parlez moi des pièc:s où l'on s'étouffe, nous ne connaissons que cela au café.

AiR : Un homme pour en faire un tableau

Les Boxeurs et les Innocents, Les Farces, le Ci-d'vant Jeune Homme, Font mousser les rafraichiss'meuts, Et nous en vendons, Dieu s;iit comme.

D'un' pièce nous jugeons l'effet Par les visit's tiu'oii vient nous faire. Et Phocion n'a pas encor fait Vendre deux bouteilles de bière.

MADAME GOBIN. Et luoi) mafi qui me laisse là à l'attendre; il n'en fait jamais d'autre.

(1) Tragédie de M. Royou, représentée sur le Théâtre-Français, dans l'année 1817. Ouvrage fort estimable, mais d'un genre trop sévère pour attirer la foule ou plaire à la multitude.

(2) Potier, comédien très-distingué, acteur du premier ordre sur un théâtre s.'con lairo. C'est par lui que l'on rit depuis vingt ans. Une vogue aussi s^uitenu > serait fort extraordinaire, et c » qui l'est encore plus, c'est qu'elle est méritée.

MOKA. Vous tenez donc bien à voir notre pière?

MAOAMK GOBiN. PoInt clu tout, nioi je l'ai déjà vue.

MOKA. Et vous y retournez? Ah bien! par exemple, vous êtes la première qu'on y rattrape.

MADAME GOBiN. Est-ce que vous croyez que j'y viens pour votre pièce? C'est bien la peine pour voir un grand sec qui dit toujours des bêtises, et puis une grande dame :je ne sais pas son nom.

MOKA. Madame Vautrin, une petite maigre?

MADAME GOBIN. Non, iioM, une grande qui est jolie femme, mais qui fait les beaux bras.

Air : La maison de M, Vautour,

Du reste, un style dt'cousu.

Et des malices sans finesse, Un Kimpiste, un niais, un bossu.

Aussi mal tourné que la pièce. Venez donc du fond du Mar;iis, Voir sur des montagnes mal faites.

Le soleil entre deux quinquefs.

Et l'Olympe sur des roulettes.

MOKA. Eh bien alors, pourquoi y allez-vous donc?

MADAME GOBIN. Pourquoi? c'est qu'on dit qu'il y aura du bruit, et s'il n'y en avait pas, je compte bien en faire.

MOKA. Est-ce que vous seriez attaquée ?

MADAME GOBIN. Comment! si je le suis! Est-ce que mon mari n'est pas artiste mécanicien? est-ce qu'il n'a pas un premier garçon? enfin, est-ce qu'il n'est pas...

MOKA. Comment?

MADAME GOBIN. C'cst public, tout le quartier sait bien qu'il est... tout le monde l'a reconnu.

MOKA. Mais encore, qu'est-ce qu'il est?

MADAME GOBIN, montrant son épaule. Eh ! vous m'entendez bien, je n'ai pas besoin de vous le dire.

MOKA. Ah! j'y suis; votre mari, n'est-ce pas ce petit bossu qui était avec vous, et qui depuis un siècle est à la queue? Tenez, on le voit d'ici ; il est encore à la même place !

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