SCÈNE X
LÉOPOLD, DESROSOIRS, puis UN DOMESTIQUE.
LÉOPOLD. Pauvre Cœlie!.. elle m'en veut... j'en suis sûr...
DESROSOIRS, qui a compté l'argent qu'il gagnait, est resté le dernier, et va rejoindre les autres, lorsque parait un domestique qui entre mystérinisement, et le retient par son habit. Qu\st-ce donc? oh! c'est Benoit, mon valet de chambre!..
BENOÎT, à demi-voix. Monsieur!., une lettre.
LÉopoi.D, l'examinant. Qu'ontends-je!..
DESROSOIRS. Et de quelle part?
BE>oÎT. La ftinmo do chambre dt- madame Dulistel me l'a remisr pour vous, il y a plus d'une demi-heure, mais ie ne pouvais pas entrer dans ce salon, où était tout le monde, et vous n'en sortiez pas.
LA PASSION SECRÈTE
DESHOSoiRS. Je le crois bien... J'élais retenu à cette mautlite bouillotte... c'est bien... c'est bien... va-t'en. [Le domestique sort, et Léopold, qui avait remonté le théâtre et qui était entré dans le salon, rentre dans le boudoir et observe toujours Desrosoirs, qui tient la lettre entre ses mains.) C'est (le madame Dulistel... c'est sa réponse!., je n'ose l'ouvrir... Ou elle accepte mes offres... ou elle me bannit à jamais!.. C'est le oui... ou le non que je lui ai demandé.
LÉOPOLD, qui s'est approché. 0 ciel!..
DESROSOIRS, tenant toujours la lettre. Dit-elle oui?., dit-elle non?., allons, je vais le savoir...
LÉOPOLD, saisissant le bras de Desi'osoirs qui va décacheter la lettre. Non, Monsieur...
DESROSOIRS, étonné. Qu'est-ce? qu'y a-t-il?
LÉOPOLD, s'en emparant vivement. Vous ne lirez pas cette lettre...
DESROSOIRS. Eh ! pourquoi, s'il vous plaît?
LÉOPOLD. Je sais de qui elle vient... de madame de Sainte- Suzanne, cette jeune veuve que vous m''avez enlevée.
DESROSOIRS, riant. Quelle folie!., vous vous trompez, mon cher.
LÉOPOLD. Du tout... j'ai reconnu son domestique... celui que j'ai vu si souvent chez elle.
DESROSOIRS. C'est le mien!., qui à cette époque-là, il est vrai, était à ses ordres. Mais maintenant c'est différent... et je vous prie de me rendre...
LÉopoi.D. Non, Monsieur!..
DESROSOIRS. C'est trop fort!., et je me fâcherai.
LÉOPOLD. Tant que vous voudrez... J'ai une revanche à prendre pour cette aventure où trop longtemps j'ai été votre dupe.
DESROSOIRS. Je vous répète que c'est fini... et je ne comprends pas ce qui vous prend en ce moment... vous qui n'y pensiez plus, qui en aimiez une autre... qu'est-ce que je dis? deux autres pour le moins... et je vous somme au nom de l'honneur de me rendre ce billet.
LÉOPOLD. Non, Monsieur, nous nous battrons.
DESROSOIRS. Il ne s'agit pas de cela.
LÉOPOLD. Nous nous battrons... je l'aime mieux.
DESROSOIRS. A mon âge!..
LÉOPOLD. Vous faites le vieillard, et vous ne l'êtes pas... Quand on est assez jeune pour aimer et pour plaire... on doit l'être assez pour se battre; d'ailleurs rien ne vous gène... vous êtes garçon... sans enfants...
DESROSOIRS. Monsieur, c'est un procédé indigne!..