‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 414 sur 783 · ALBERTINE, LÉOPOLD · texte numérisé non relu

ALBERTINE, LÉOPOLD

ALBERTINE, après «M moment de silence, et souriant avec embarras. Quoi! vraiment, monsieur Léopold, vous en rivalité avec Desrosoirs? ce n'est guère probable!..

LÉOPOLD. Cela est... cependant!., c'est-à-dire cela était; mais, alors même que l'amour n'existe plus... il est des .souvenirs pénibles, humiliants, qui froissent tout ce qu'il y a en nous de sentiments généreux ; et jugez vous-même si je n'ai pas raison d'être indigné!., j'aimais une femme, belle, vertueuse... qui nitritail ks adorations du monde entier, et, pour récompense de mes soins assidus, de mes tourments, de mon amour, je n'avais reçu d'elle que dédains, froideur, indifférence... Je ne m'en plains pas, Madame!., malheureux par ses rigueurs, j'étiis heureux de l'estime qu'elle me forçait de lui accorder, et je la respectais, je la révérais à l'égal de Dieu même, que nous adorons encore alors qu'il repousse nos vœux...

ALBERTINE. Ah!.. Mousicur!.. un pareil dévouement...

LÉOPOLD. N'était pas une raison pour être aiiv' ... jo le sais.

LA PASSION SECRfîTE.

je me rcDtls justico... mais je me disais : Si je ne suis pris digfie de su lendrcssc, je le suis du muins do sou amitié, de sa confiance.» elle peut bien les donner à celui qui lui doin lierait sa vie... et il mo semblait qu'à ce titre... j'y avais quelques diT>its... n'cst-il pas vrai, Madame?

ALBERTINF,. Ail! SaUS (loiltc...

i.ÉopOLD. Kh bien!., vuilà ce qui m'a frappe au cœur... voilà ce que je ne pardonnerai jamais : cette femme que j'aimais tant !<e trouve dans la peine, dans le malbeur... dans une situation borrible... et, pour en sortir, elle a recours à qui? non pas à moi, qui l'en aurais remerciée à genoux, qui aurais été trop bcureu\ de lui doimcr ma fortune, iiion sang... elle s'adresse à quelqu'un qui prétend lui faire payer ses services... qui lui propose de les vendre !

ALBERTiNE. Graud Dieu !

LÉ0P0I.D, vivement. Cela vous indigne... vous ne pouvez le croire; et moi-même, j'aurais peine à me le persuader, si d'un salon où j'étais par basard, je ne l'avais entendu... {Geste d'effroi d'Albertine.) Moi seul, Madame, moi seul au monde... Oui, Madame, un bomme s'est trouvé qui a osé demander un prix... que n'eût sollicité personne, et que personne n'eût jamais obtenu; mais ce que vous aurez peine de concevoir, c'est qu'à une demande semblable... [Montrant la lettre qu'il tient.) on a daigné faire une réponse... [Vivement.) pour le bannir, j'en suis sûr.

ALBERTiNE, Vivement. Oui, Monsieur... pour le bannir à jamais.

LÉopoLD, de même. Je n'en doute point... je n'en ai jamais douté ; mais c'est déjà trop que de répondre : il ne fallait jtas qu'une pareille lettre restât entre les mains d'un jiareil bomme... je la lui ai arracbée au moment oii il allait en rûniprc le cacliet, et, selon nos conventions, c'est à vous, Madame, que je la remets... la voici. (// la lui donne.) Et maintenant que j'ai puni M.Desro.soirs... il ne me reste plus qu'à me venger de celle qui m'a méconnu.

ALBERTiNE. Vous vcuger!..

LÉOPOLD. J'ai commencé déjàet j'acbèverai. [Voyant entrer Desrosûirs.)

ALBEBTINE. 0 cil I !

LÉOPOLD. C'est lui! allons, Madame... alluns, remottczvous... vous n'avez plus rien à craindre ni de lui. . ni de personne.

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