‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 441 sur 783 · SCÈNE IV MASHAM, .\B1GA1L · texte numérisé non relu

SCÈNE IV MASHAM, .\B1GA1L

MASHAM. Y pensez-vous, Aliigad? lui parler ainsi?

ABiG.vÏL. Rouniuoi pas!., .j'en ai le droit. Et v(..us, M sieur, qui vous a donné celui de prendre sa défense?

MASHAM. Tout ce qu'elli; a fait pour naus... Vous qui l'aviez représen'.ée si impérieuse, si terrible...

ABiG.vïL.Si méchante!., je lai dit, et je le dis encore,

MASHAM. Eh bien! vous êtes dans l'erreur... Vous no vez pas tout ce que je dois à ses bonîés... à sa proloetn

ABiG.vÏL. Sa protection!.. Comment! qui vous a dit!..

MvsHAM. Personne... c'est moi, au contraire, qui viens lui avouer mon duel avec Richard R.)linghrol<e, et dans générosité elle a promis do me défen Iro... de me prolég^

AL'iGAÏL, sèchement. A quoi ban?.. M. de Sauit-Jeau n'e.-:

salin.

de sa :i'.

LE VERRE D'EAl"

pas là?.. Je ne vois pis alurs fjn'il y ait besoin de tant d'autres pnitenlions!

MASiiAM, éto)wé. Abij^^aïl... je ne vous reconnais pas... d'où vient ce Iroubl;... cette émotion...

ABiGAÏL. Je n'en ai pas... je suis vernie... j'ai couiii... tint j'étais pressée d'obéir à la ri'ine... 11 ne s'agit pas de moi... mais de la duchesse... Que vous a-t-elle dit?

MASIIAM. Elle veut, pour me soustraire au danger, rpie je parte demain pour l'armée...

ABiGAÏL, poussant un cri. Vous faire luer!.. pour vous soustraire au danger... Et vous croyez que cette femme-là vous aime... (Se reprenant.) Non... je veux dire... vous porte intérêt... vous protège!

MASHAM. Oai, sans doulc... je lui ai dit que j'irais prendre ses dépèches pour le maréchal... ce soir, chez elle...

ABiGAÏi,. Vous avez dit cela, malheureux!..

MASHAM. Où est le mal!

ABIGAÏL. Et vous ivCZ?

MASHAM. Oui vraiment... Et elle était pour moi si affable, si gracieuse, que lorsque vous êtes venue j'allais lui parleide nos projets et de notre mariage...

AMGx'ii., acec joie. Eti vérité!.. (-4 part.) Et moi qui le soupçonnais... {Haut, et avec émotion.) Pardon, Arthur... ce que vous médites là est bien...

MASHAM. N'est-ce pas?... et ce soir chez elle... bien certiinement je lui en parlerai.

ABIGAÏL. Non.... non, je vous en conjure... ne vous rendez pas à ses ordres... trouvez un prétexte...

MASIIAM. Y pensez-vous?., c'est l'offenser... c'est nous perdre!

ABIGAÏL. N'unportc!.. cela vaut mieux...

MASHAM. Et pour quelle raison?..

AniGAÏL, avec embarras. C'est que... ce soir et à peu prè< à la même heure... la reine m'a chargée de vous dire qu'elle voulait vous voir, vous parler, et qu'elle vous attendrait peut-être!., ce n'est pas sûr!

MASHAM. Je compnMids!.. et alors j'irai chez la reine...

ABIGAÏL. Non, vous n'iroz pas non plus!

MASHAM. Et |)ourquoi donc?

ABIGAÏL. Je n(; puis vous lapiirendie... Prenez pitié d. moi! car je suis bien tourmentée, bien malheureuse...

MASHAM. Qu'est-ce que cela veut dire?

ABIGAÏL. Écoutez-moi, Arthur... m'aimez-vous, comme je vous aime?

MASHAM. Plus que ma vie. .

ABIGAÏL. C'est ce que je voulais dire!.. Eh bien! (pian<l même j'aurais l'air de nuire à votre avancement, ou à votre fortune, et quelque absurdes que vous semblent mes avis ou uns ordres, dnni:ez-inoi v.)lre parole de les suivre sans m'en diMiiander la raison.

MASHAM. J(! vous k' jurC !

ABIGAÏL. Pour commencer, ne parlez jamais de notre mariage à la duchesse.

MASHAM. Vous avez raisou, il vaut mitîux en parler à la reine.

ABIGAÏL, vivment. Encore moins!..

MASHAM. C'est pour cela, cependant, que ce matin je lui ai demandé une audience... et je suis sur qu'elle nous protégerait... car elle m'a accueilli avec lui air si aimable et si bienveillant...

ABIGAÏL, à part. Il appelle cela de la bienveillance.

MASHAM. Etelle m'a tendu gracieusement sa bell(> niaiii... que j'ai baisée. {À Abiydd.) Qu'avcz-vous, la vi'itie est glacée?..

ABIGAÏL. Non... (.1 part.) Elle ne m'avait pas tlitcela! (Haut.) Et moi aussi, Masbam, je suis déjàen gr.nidiM'aveur aiiiirès de la reine... je suis comblée de ses bo:ités, de son amitié; et ce|)endant, pour noire benheuràtous deux, mieux

eût valu rester |tauvreset misérables et ne jamais venir ici à la cour, au milieu de tout ce be m monde, où tant dedangers, tant dt; séductions nous environnent.

MASHAM, avec colère. Ah! je comprend-;... quelques-uns de ces lords... de ces grands seigneurs. On veut nous séparer, nous désunir, vous ravir à mo:i amour...

ABIGAÏL. Oui, c'est à peu jircs cela. Silence, on frappe : c'est B )lingbroke, à qui j'ai écrit de venir ! Lui seul pjut me donni.'r avis et conseil.

MASIIAM. Vous croyez?

ABIGAÏL. .Mais pour cela, il faut que vous nous laissiez !

MASIIAM, étonné. .Mui!..

ABIGAÏL. .\h! v.jiis m'avez promis obéissance...

MASHAM. Et je tiendrai tous mes serments! (Il lui baise la main et sort par la porte du fond.)

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