‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 484 sur 783 · JULIEN · texte numérisé non relu

JULIEN

Ensuite vous avez valsé.

ANASTASE

Oui, pour rapprocher la d'stance.

JULIEN. Y penses-tu? l'épouser, toi, clerc d'avoué!

ANASTASE. Que veux-tu? les charges sont si chères à présent, qu'il faut être millionnaire pour acheter une étude; et si la comtesse n'a pas les quarante mille livres de rente qu'elle m'a laissé soupçoimer, je n'épouse pas. Je devais aujourd'hui la conduire à Tivoli, mais je lui écrirai pour me dégager, parce que j'aime mieux y aller ave^ vous.

JULIEN. Sérieusement?

ANASTASE. Il n'y a pas de comparaison : pour moi, les dames du monde ne valent pas les beautés de Tivoli ou du Cjlisée ; j'aime leur légèreté, leur gaieté, leur insouciance; point de [)assé, pas d'avenir ; tout au pré.sent : ce n'est que chez elles ([u'on trouve li vrai bonheur.

Air : Virent les fillettes.

Vivent les grisettes !

Gomme elles toujouis J'ai des amourettes.

Et jamais damours.

Exempt de nuage.

Chaque jour, vraiment, Comuis leur ouvrage, S'achève eu ctuiutant:

Vivent les grisettes! etc.

J'y tiens, et pour causes; Moi, dans le printemps, J'aime mieux, les roses Que les diamants.

Vivent les grisettes!

Comme elles toujours J'ai des amourettes, El jamais d'amours.

JULIEN. Eh mais! te voilà comme M. Van-Berg, mon patron.

ANASTASE. Tou banquier est un amateur; cela me raccommode avec lui.

JULIEN. Amateur suranné, qui faiti'ire àsesdépcus. {Van- Brg entr'ouvre la porte du cabinet et écoute.) Dans sa jeu-

LES GRISETTES

iiessc, il a tait, dit-on, des folies pnur le beau sexe, et je crois qu'il en fait encore; mais comme il es! homme de fi-* Dance avant tout, il met du calcul d;ms ses désordres, et de Tordre dans ses evlravajrances; ainsi, il est avare avec sa femme pour être généreux avec d'autr(;s; il est bourru avec ses gens pour être aimable ailleurs; et je crois vraiment qu'il n'est bète et sot avec nous, que pour faire de l'csiirit avec ces deuioiselles.

A>ASTASE. C'estun grand spéculateur, qui craint le double euiploi... Et sa femme?

jii.iEN. Une femme charmante! qui n'e-t pas dupe de la conduite de son mari, et cpii, si elle le sui'preiiait ain^Ji, pourrait bien... Mais orciipons-nous de notre soiréi- : nous coiiihiirous ces drmoiselles.

ANASTASK. Nous Ics couduirous paHout : à la salle du bal, au casse-cou, à la balançoire; et les vélocipèdes, l'oiseau égv|)tien, la floUeaérieniie, tous les i)Ia*si1's de Tivoli, c'est uioi qui i»aye. Dis donc, nous les conduirons aussi au magicien, pour leur faire dire leur bonne aventure; car il y a l'armi ces demoiselles une pi'tite Paméla, une beauté sentimentale qui me plait b "aucoui); si nous savions sur elle et SCS compapnes quelques petites anecdotes que nous irions raconter au sorcier, pour qu'il devinât d'avance, ça nous auuiserait.

.jiLiEN. C'est vrai, ce serait charmant! mais comment faire'? je ne sais rien sur ces demoiselles, et elles ne me contieraieiit pas...

A.NASTASE. Attends, attends! quelques instants avant leur départ elles se réuniront dans cette salle; si elles y sont, elles y causeront, et si je pouvais entendre sans être vu... ( Van-Bcr(j reforme virement la porte du cabinet.) Tiens, [Montrant la porte du cabinet, (ujauche.) de cet app:irlement.

JILIEN. Il conduit chez madame Vermond.

ANASTASE, /noH/?'««; le ccihinet ,à droite .E\\h\v\\ ! ce cabinet.

jiLiE>. A la bomie heure! justement la clé est après; et je crois que ces demois(!lles viennent de ce côté.

ANASTASE, écou'aut. Nou, mou ami, non pas encore.

jiLiEN. C'est é.-'al, il vaut mieux (|ue tu y sois d''avance; entre toujours. [Cherchant à ouvrir.) La porte tenait joliment, {'l l'ouvre, et aperçoit M. Van-Berg.) Ociel! M. Van- Bers !

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