JULIEN, ANASTASE
ANASTASE. Eh bien! (pi(> dit-il là?
JLLiEN. La vérité, il a les moyens de me perdre : l'année dernière, ma mère avait besoin d'argent, et il m'a avancé, sur lettre de change, deux années d'appointements, que maintenant je ne jiuis lui lendre; et il vaut encore mieux être sins place que d'en avoir une à Sainte-Pélagie.
ANASTASE, se fjraltant l'oreille. Diable!., tu as raison... eh bien! après tout, il n'y a pas de quoi se désespérer ; je n'ai pas grand'chose, mais nous partagerons : je t'oflre la moitié de mon apparliiment, la mansarde du maître clerc; ça n'est pas granrl, mais on peut y tenir d-uv, je te le jure.
Air du Ménage de garçon.
^ ' loge au f|iiatriémi; étaue, i:;t \.\... dans mes six pieds carrés, .!■ trouve au moins un avantage Q le n'ont p is les salons doiés :
Oai, dans un si petit espace.
Quand le plaisir vient demeurer, ("uinme il y tient toute la idicc.
Les chagrins n'y peuvent entrer.
Ainsi, prends ton parti.
.iLi.iEN, Ah! Cl' n'est pas pour moi, peu m'importe : mais celte pauvre Joséphine... la voilà, taisons-nous.
S':e:ne XI.
Les prioédents, JOSÉPHI.NE.
JOSÉPHINE, .ç^?'ra/i/ son mouchoir en entrant. B nijour. Messieurs, vous voyez que je n'ai pas été lo igtemps.
JULIEN. Eli miiis! Josép!iine,qiravez-voiis donc? vous avez les yeux rouges.
.losÉPHiNE. .Moi? du tout. ..je ne crois pas.
jLLiEN. Et vous pleurez encore; ne craignez rien, parlez devant lui : c"est mon ami intime.
JOSÉPHINE, sanijlotant. Ali! monsieur Julien, je suis bien malheureuse! je n'ai plus rien... je suis ruinée!
Jl LIEN. yu(^ dit s-vous?
JOSÉPHINE. Cette dame à qui je viens de porter une robe m'a appris la f.iillite de M. Derlange, dans laipielle elle est môme compriunise.
jiLiEN. C'est ma faute : je devais y courir s ir-lc-champ.
JOSÉPHINE. C'eût été inutile, il était déjà tmp tard!., je voulais prendre mon parti, ne vous en rien dire, mais je n'en ai pas le courage.
ANASTASE. C'était donc bien considérable?
JOSÉPHINE. Si ce n'était que cela, je ne pleurerais pas : mais maintenant que je n'ai plus rien, je ne peux plus épouser Julien.
ANASTASE. Quoi ! VOUS d'oyez ?
JOSÉPHINE, pleurant. Non, .Monsieur; c'est moi qui no veux plus : je ne veux pas ipie ces demoiselles puissent dire que je lui dois ma fortune, et qu'il m'a fait un sort, je suis trop lière pour cela; ainsi, .Monsieur, puisque vous êtes riche, puisi[ue vous avez une place...
JiLiEN. .Mais du tout ; c'est <pi .' je ne l'ai plus.
JOSÉPHINE. Comment! ipie dite.s-vous?
ANASTASE. Que son biiiipiier I a renvoyé; qu'il est comme vous, qu'il n'a rien : des deux «-ôtt's la dot est égale.
JOSÉPHINE, essuyant ses ijeuv. \ la bonne heure ! me voilà rassurée.
Air de la Ville et du village.
S'il ne m'épouse pas, du moins Il n'en épousera pas d'autres; Sur l'avenir calmez vos soins, Mêmes destins seront les m'ilres:
Nous nous marierons <pieli]u <s jours, Men ciour en garde l'espérance; En allrudint, aimons-nous toujours, Cola l'ail prendre patience.
jh.ien. Je le le demande, comment veix-tu que ji> ne l'aime pas?
ANASTASE. Eli! parblcu ! j'cii ferais bien autant que toi.
JOSÉPHINE. Et puis tout n'est pas désesp»*ré : Ceorgiiia, une de ces deimis-lles, va l'aire un bon miriagc; elle m'a
dit (ont à riv.'uro qu'elle me pr.'iKirni: avec elle; nous nous ctaitlirons ensemble.
ANASiwsE. A merveille! voilà une furlune qui recomnienee; moi, p;nilaiit ce temps. j'éi)OLi.se m;i coiiiless.\ je tiuche la dot , je vous (lonno viii;;l-cinq à trente mille friUics.
josÉPHi>E. Et nous voilà plus riches i|ue jam ii>.
ANASTASE. Tu le vois donc, tout est réparé; nous retrouvons loul ; plaisir, fortune, et loi surtout, douce esi)craiice, plus douce encore que le bonheur même... Qu'est-ce que je io disais ce matin? gaieté, philosophie, bleu plus, amour véritable, vous n'existez qu'ici 1 Dieuv! que tu i s heurer.x !.. Je vais retrouver macoratesse, ou plu tôt lui adresser une épUre.
Air : Amis, lo.ct la riante semaine.
Je vais écrire, en clievalicr fidèle.
Que mes parents di-barquent aujourd'hui; El nue ce soir, je ne puis avec elle Eu tète-à-tète aller à Tivoli.
Oui, sur l'hymen, qui déjà me réclame, J aime bien mieux avec vous m'étourdir; J'aurai demain pour penser à ma femme.
Mais aujourd'hui ne pensons qu'au plaisir. (Il sort par le fond.)