‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 511 sur 783 · SCÈNE XVIL SENNEVILLE, LISE · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIL SENNEVILLE, LISE

USE. Ah ! mon Dieu ! quel événement! Qui aurait pu s'attendre à cela ?

SENNEVILLE. AIIous, il faut partir.

USE. Oui, sans doute, il le faut, c'est ce que vous pouvez faire de mieux. Mais, de grâce, ne tardez pas... Eh bien ! pourquoi cet air étonné?

SENNEVILLE, stuprfdit. Vous trouvcz quc je ne pars pas assez vite ?

LISE, tendrement. Sans doute. Songez donc qu'un moment de retard peut vous perdre; que, dans un moment, on peut vous arrêter.

SENNEVILLE. M'arrètcr ?

LISE. Oui; mais je croyais qui; vous le saviez. Je me promenais seule près de la haie du parc; j'étais bien triste, et ])our \\\\ rien j'aurais pleuré. Je pleurerais encore. Mais ce n'est pas cela que je veux vous tlire. J'ai entendu plusieurs hoiumes causer en dehors. Oui, Beauclair, disait-on; on avait prononcé ce nom-là bien bas, et cependant je l'ai entendu snr-le-champ, et le cœur m'a battu comme si je me fusse douté qu'il s'agissait d'une mauvaise nouvelle ; je voulais m'éliiigner, et, sans savoir cominenl, je me trouvais prêter l'oreille tout près de la haie. On continuait : Oui, il se nomme Beauclair; il doit être dans œtle maison. Restez là, vous ici ; cernons le parc, et après nous entrerons.

SENNEVILLE, « part. M'ariêliT pour Roauclair! Allions, il

ne manquait plus que cela! Comme il rirait, s'il savait

LISE. Je n'en ai pas entendu davantage : je suis accourue. Mais, au nom du ciel ! partez ; vous n'avez pas de temps à perdre.

SENNEVILLE. Moi, VOUS quitlcr, rcnouc^f à votre raain!

LISE. 11 le faut bien, Monsieur; certainement, je n'épouserai jamais \\n mauvais sujet, un homme que l'on arrête par ordre du ministre; oui, Monsieur, je ne veux plus de iTjariage, plus de prétendu; quelque autre enc ire, doux, aimable, spirituel, qu'on e>timera du premier coup d'œil cl qu'ensuite ou se-ra force de mépriser. Arrangez -vous, Monsieur; mais cela fait trop de peine, et je n'en veux plus, je vous en avertis.

SENNEVILLE, c/ic/iflH?f. Lisc, scrait-il vrai?

LISE, douloureusement. Quel dommage! un air si bon, si honnête! Envoyez donc les jeunes gens à Paris! Votre domestique le disait bien; voilà les suites de votre mauvaise conduite! C'est un bien honnête garçon que votre domestique, qui vous est bien attaché; et, si vous aviez suivi ses conseils...

SENNEVILLE. Lisc, je uc vcux suivrc que les vôtres; je jure de vous consacrer ma vie, de vous obéir toujours.

LISE. Eh bien! pirtez, partez sur-le-champ. Faut-il vous en prier ?

SENNEVILLE. Jc pars, mais à une seule condition. Ditesmoi que vous ne conservez pas la mauvaise opinion que vous aviez de moi.

LISE. Oui, je commence.

SENNEVILLE. Dites-uioi que vous ne croyez plus que j'aie un méchant caractère.

LISE, te.ndrement. Je crois qu'il n'aurait tenu qu'à vous d'être parfait. (// fait un geste.) Non, non, vous l'cles en effet; vous n'avez plus aucun défaut; mais, de grâce, parlez, ou bien je vais croire que vous avez celui d'être entêté.

SENNEVILLE. Eh! quc m'importent la liberté, l'existence même, si je ne suis aimé de vous! Lise, un mol, un seul mot, et je pars!

LISE, tremblante. Eh bien! s'il le faut, s'il le faut absolument pour vous sauver, oui, Mimsieur, oui. je crois que je vous aime ; mais allez-vous-en, et qu'on ne vous revoie plus !

SENNEVILLE, <ra/i5/Jor/<i. Vous m'aimez ; L'so, vous m'aimez?

LISE, (/'î/n ton suppliant. Vous parlez, n'est-ce pas?

SENNEVILLE. Moi partir! jc ne vous quitte plus, je reste ici, je reste près de vous. Si vous saviez, si vous deviniez combien je suis heureux! Demain nous allons à Paris; je vojs mène à la cour, je vous présente au ministre, à mon oncle.

LISE. La cour? le ministre? Paris? Ah! mon Dieu Ma tète n'y est plus, la frayeur le fait déraisonner.

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