‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 528 sur 783 · SCENE xir · texte numérisé non relu

SCENE xir

LE COMTE, M. DURAND, sortant de la chambre de madame Godard, un bouquet à la main.

M. DURAND. Je dis que quand une fois on est emboiubé, tous les elïorts que l'on fait pour .sortir d'un mauvais pas ne font que vous y enfoncer encore davanlag(\ Ce Godard, qui s'avise de m'empruntcr de l'argent, et madame de S lirit- Ange : « Comment donc, c'est trop naturel! C'est au parrain « et à la marraine, cela nous regarde tous les deux, n'est- « ce pas, mon cher Durand? » Qu'elle parle pour elle, son mari est banquier, il est riche; mais, moi! .Mallieureusenient je ne pouvais pas objecter que je n'avais pas d'argent comiitant, puisqu'un instant auparavant je lui avais louché un mol de ces trente mille francs, que je n^ .s.iis conunent l)la"er. {Contrefaisant une voix de femme.) «Quel plus bel « usage pouvez-vous faire de vos capitaux? » Vn joli placement, quatre mille francs à fonds perdus siu' la tête du petit Gotlard, mon filleul. Je sais bien (pie cela me rentrera; mais c'est toujours très-;lésigr«'^dde, et je n'ai pas été fâché de venir payer moi-même, afin d'avoir le titre entre les mains. [Reiiardant autour de lui.) Il me .semble que ce doit être ce monsieur qui écrit. {Au comte.) Monsieur, n'ètcsvous pas le porteur d'une lettre de change?

LE PARRAIN

i-E COMTE. De quatre mille francs aL-coptéc par M. Godard ; la voilai. (// remet la lettre de change a Durand , qui la regarde et la met soiçjneusement dans son portefeuille.)

LE COMTK. Monsieur, je le vois, rst le caissier de M. Godard?

M. Di-RAND, de mauvaise humeur. Mais à peu près. (Lui donnant des billets de bamjue.) Vous voyez f|iic c'est tout comme, ou plutôt j'iunorc ce que je suis ou ce que je ne suis pas dans la maison, car, Dieu merci, c'est sur moi que tout refombe. Tel que vous me voyez, Monsieiu', je suis parrain, et ina'gré moi encore...

i.E COMTE, souriant. Quoi! Monsieur, vous êtes parrain? M. DUUAND. Eh! oui; .'''est madame Prudent, une maudite sage-femme, qui est cause de tout cela.

LE COMTE. Ah! la sage-femme ; elle n'a pas perdu de temps. [Prenant la main de Durand.) Je suis enchanté que ce soit vous.

M. DURAND. Qu'est-ce qu'il a donc, à présent? LE COMTE. J'ose dire que vous ne vous en repentirez pas; nous nous reverrons un jour, et quoique je ii'aii; pas l'honneur de vous connaître, je prends la liberté de vous demander une grâce qui vous pai'aitra de peu d'importance, et (jui en a beaucoup pour moi. Quel nom comptez-vous donner à l'enfant?

M. r>rRA>D. Quel nom? Ma foi ça m'est bien égal, qu'on l'appelle comme on voudra.

LE COMTE. A merveille. Eh bien! Monsieur, puisque cela ne vous fait rien, je vous jirie de vouloir bien l'appeler Rose-Ernest iiic-Hippolyte.

M. DiîiAND. Rose-Ernesiine? Y pensez-vous? c'est un garçon.

LE COMTE. Du tout. Monsicur, on ne vous aura pas dit, ou Ton se sera trompe; miis qu'importe, fille ou garçon, je A'ous prie de l'appeler Rose-Ernestine-Hippolyle.

M. DURAND. Ah çà! .Mo:isi(^ur, qucl diable d'intérêt prenez-vous à tout cela, et (p.i'es!-ce que ça vous f iit?

LE COMTE. J'ai des raisons pour tenir à ces noms-là, des raisons |iarticulières que vous êtes trop galant homme pour me demuKL-r.

M. DURAND, à haute voix. Quel soupçon! Comment, il serait possible?

LE COMTE. Chut! ciuit! je vous en conjure, j'ai le plus grand intérêt à ce que l'on ne se doute de rien. M. DURAND. Quoi! MoHsicur, vous seriez?.. LE COMTE. Silence. (.4 voix basse.) Eh bien ! oui. Monsieur, c'est la >érité, cet enfant me touche de très-près; mais puisque madame Prudent s'est adivssée à vous, je su[)pose que v(jus êtes homme d'honneur, et surtout discret. J'ai de la naissance, quelque crédit, de la fortune, j'aurai peut-être un jour le pouvoir de reconnaître un service, et vous verrez, Monsieur, que vous n'avez |)oint obligé un ingrat. [Il sort en courant.)

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