‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 556 sur 783 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

(La porte à gauche s'ouvre, et Malhilde paraît.)

MATHILDE, à sa femme de chambre, qui ne paraît pas. N'avance pas, Anna, je t'en prie; mon mari n'aurait qu'à nous reconnaître, il n'y aurait plus de surprise; rentre et prépare cette chambre. (La porte reste ouverte.) Pose là mes cartons, ma guitare. (.4 elle-même.) Ce cher Gustave!.. Oh! c'est que j'ai une tête aussi, moi ! et je veux lui prouver que j'étais digne d'être la femme d'un colonel de hussards' Si je l'avais su plus tôt, je serais venue partager sa c q)tivité; mais ne pas m'écrire, pas une seule lettre depuis huit jours... il devait bien se douter que je n'y tiendrais pas, que je prendrais la poste, que je viendrais moi-même savoir de ses nouvelles, et j'en ai appris de jolies... en prison depuis huit jours!. .Voilà donc son appartement? Ce n'est pas joli une prison, cela ne vaut pas notre petit salon de la rue du Helder! c'est une horreur, une injustice d'y envoyer le plus aimable, le plus joli garçon de l'armée; et puis enfin, un homme marié... Si j'étais à la place de Gustave, je sais bien ce que je ferais, je demanderais ma retraite, je quitterais le service, et je ne quitterais plus ma femme. (Ecoutant.) Hein! ah! mon Dieu, j'ai cru que c'était lui : non, personne. Anna, Anna, tenez, vous donnerez cette bourse à madame Doucet, la femme du concierge! Cette bonne Marguerite, mon excellente nourrice ! j'étais bien sûre qu'elle me donnerait les moyens de surprendre mon mari. Celte porte dont j'ai seule la clé... c'est charmant, il me croit à quatre-vingts lieues de lui. Aussitôt que tout le monde sera endormi, au milieu de l'ob curité, j'ouvre la porte secrète, et comme une fee bienfaisante qui prend pitié de sa solitude, je viens le consoler de l'injustice du sort; et d'abord pour commencer, une musi([ue mystérieuse.

Air : Celle que j'aime tant.

Q'une douce harmonie en cette erreur le plonge ! Peut-être de mon nom ces murs ont retenti : Il rêvait il Mathilde, et je veux aujourd'hui Qu'il retrouve au réveil ce qu'il voyait en songe.

Ah, ah! j'oubliais cette fenêtre, si elle pouvait me servir ! (Elle s'approche.) elledonnc sur une terrasse... ah ! comme c'est triste... Il y a quehiu'un, un officier; si c'était lui! (Elle s'avance davantage.) Non; oh! Gustave est bien mieux, plus grand... Eh mais! comme il me regarde!

AiR du vaudeville de Turennc.

Voyez donc quelle impertinence !

Il se place encore plus près.

Quoi ! des signes d'intelligence !

Eh mais! quels «ont donc ses irojets?

Il en conterait, j'imagine, A la femme d'un colonel.

Un lieutenant!., mais, juste ciel!

.u:'l JiiC Que devient donc la discipline"?

[Elle sort par la porte secrète.)

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