LE COLONEL DE VERSEUIL, NINA
LE COLONEL, achevant de donner des ordres Qu'on tienne tous les chevaux sellés, et qu'au premier signal le régiment soit prêt à se rendre sur la place d'armes. Nous attendons le général d'un moment à l'autre; et j'ai prévenu messieurs les officiers de ne point quitter la caserne. Une revue! quel bonheur!
Air : Ça fait toujours plaisir.
Que je trouve de charmes A voir tous mes guerriers Rangés et sous les armus.
Lancer leurs fiers coursiers! Ainsi sous la mitraille Je les voyais courir...
C'est presque une bataille ; Ça l'ait toujours plaisir.
Toi, ma fille, si M. de Roufignac arrivait, tu lui diras qu'un déjeuner de cérémonie m'a forcé de m'abscnler pour qu('l(|ues heures; mais que tu t'es chargée de le recevoir.
NINA. Mon père, je n'oserai jamais.
LE COLONEL. ConuiRut, tu n'oscras jamais? le fils d'un ancien ami! un jeune homme qui, j'en suis sûr, doit èli'e fort bien !
NINA. Mais je ne le connais pas.
LE COLONEL. Qu'est-cc quc (^-a fait ; vous ferez connaissance. Ecoute-moi; j'ai là-dessus un système ;
Air : Ces postillons sont d'une maladresse. Oui, sans amour je veux qu'on se marie ; Ainsi jadis Ui mtMe m'épousa.
Quand l'amour vient à la cérémonie.
Le lendemain bien souvent il s'en va.
Mais quand ce dieu ne parut pas d'av mce, On n'a pas peur qu'il vienne à s'esquiver; Même, au contiaire, on garde l'espérance De le voir arriver.
Aussi arrivera-t-il; et tu l'éprouveras aussi.
NINA. Je suis bien sûre que non.
LE COLONEL. Allous, tu as des préventions contre lui. Parle franchement; il est impossible qu'il ait du mérite parce qu'il est de Limoges : voilà comme vous êtes, vous autres gens de Paris.
Air : Le briquet frappe la pierre.
Ton erreur est excusable : A Paris tous les amants Sont plus vifs et plus galants; Leur ton est plus agréable.
Mais, je le dis entre nous.
En province les époux Sont plus empressés, plus doux.