‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 594 sur 783 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

S0WB.4KIN et des Esclaves ouvriers des mines entrent

par la porte du fond, à droite de la cheminée; LISANKA entre par la porte à gauche, tenant à la main un cruchon d'eau-dc-iie et un panier rempli de gobelets, qu'elle pose sur une table.

CHOEUR, à demi-uoir en commençant et quiva toujours

crescendo.

Un verre de genièvre Vous réch luffe le cœur; Quand sa douce li'iu^ur Vient humecter ma lèvre, Esclave, je suis roi;

l-ACNY. -^Tmnrrnirie de Vula

el ("i^. — X. S.

L'univers est à moi; Je suis roi Quancl je boi!

sowoAKiN, tenant son verre à la main.

Dans les enlrailli's du la terre, La pinclie en main, s'il faut lunillcr. Loin du fiel et de la himièie.

Nuit et jour, s'il faut travailler.,.

CHOEUR

Un verre de genièvre Vous ranime le cœur } Quand sa douce liffdelif Vil nt humecter mrt lêtrëj esclave je suis roi; L'univers est à mof^ Je suis roi Quand je hoi!

(On entend au dehors la cloche de fa minp.) ROSKAw, entrant, aux oufrieis.

Amis, enleudez-vous'.'.. c'est 11 cloche (jui sonne. LsclavcSj au travail .. c'est le czar ijui l'ordonne. TOUS, à demi-voix.

Oiti braiment; Mais auparavant...

GHCEUR, à demi-voix.

Un verre de gciùèvre Qui ranime le cœur; Quand sa doucu liqueur Vient huniL'cttT ma lèvre.

Esclave, je suis roi; L'univers est à moi,

Je suis l'oi

Quand je boi!

(//s sortent tous par les côtéi.)

LISANKA, ROSKAW.

LISANKA. Eh bien, André, tu ne vas pas à l'ouviago avec eux?.. Dis-moi pourquoi, chaque jour, tu dovitus plus triste et ])lus maussade.

ROSKAW. Parce que je t'aime!

LISANKA. M'est avis, au contraire, (lue 'ça serait une raison pour être aimable...

ROSKAW. Est-ce que je le peux! Est-ce que Ion père n'est pas un homme riche, un homme libre, l'intendant du château de Polosk... et moi, André Roskaw, esilave et ' paysan moscovite...

LISANKA. Esclave! notre maîtresse, la princesse Poloska, ma marraine, ne t'a-t-elle pas affranchi?

ROSKAW. C'est vrai.

LISANKA. Et donné, dans les mines de ce domaine, une place de contre-maitre?

ROSKAW. C'est vrai.

LISANKA. Où tu gagnes vingt-cinq copecks par jour... C'est là une fortune! -*

ROSKAW. Eh bien... c'est depuis cette fortune que je suis plus misérable que jamais...

LISANKA. Voilà du nouveau, et si tu voulais m'evpliiiuer cela... ^^

ROSKAW. oHr oui.., il le faut! car ce secrct-Ii, je ne peux pas te le cacher plus longtemps... ça m'éloulf lait...

LISANKA. Et je ne veux pas que vous etoullîez! jiailiz vite. Monsieur, parlez!

ROSKAW. Je t'ai demandée en mariage à ton père...

LISANKA. Qui a répondu, en homme sage, que lorsque tu aurais fait des économies et amassé (juelque chose ..

ROSKAW. Mais pour amasser il faut des jours, des mois, des années... et moi je t'aimais tant, que j'étais pressé d'être heureux.., Aussi je rêvais toujours à ces esprits de la nuit, à ces démons que l'on rencontre si souvent dans les mines de Polosk, et qui indiquent aux mineurs de l'or et des diamants cachés !

LISANKA. Ici, dans des mines de sel!

ROSKAW. Dame! c'est reconnu... c'est avérédansle pays! on ne raconte jamais autre chose à la veillée!

LISANKA. Je ne dis pas non!

ROSKAW. Et moi, je me disais : si le soir, dans une des galeries de la mine, quelque démon de feu vient à m'appaïaîtrc... quelque laid qu'il soit... pourvu qn il me fasse épouser Lisanka, je me donne à lui! et ma foi...

iisANKA, effrotjée. Tu t'es donné au diable!

BOSKAW. A peu près!

LISANKA. Ah! mon Dieu!

ROSKAW. Car, toyant que les farfadets et surtout les trésors n'iJrrivaiehl pas, je me suis ttils à les chercher ailleurs .. Je me suis mis a jouer. ij

LISANftA.Toi?

nnfkAW. Pour ttl'enrichir plus vite... je jouais, le din:anrh(^, ma pale de toute la semaine, avec mes compagnons les eOhtre-maitres... J'ai gagné d'abord... je les gagnais tous... et puis j'ai peJ-ihl... perdu toujours... c'est cOhmie une fatalité... et depuis ce moment-là... LisANKA. Ça t'a dégoûté du jeii?

BosKAW. Au contraire !

C'est un feu qui biûle sans cesse, Torturant ou charmant le cttur!

Fit le desséchant par l'ivresse, Le désespoir Ou la fureur!

Dans la ilèvrc qui m'emporte, De l'or!.. 11 me faut de l'or!

Dussé-je perdre!., qu'importe?

Pourvu que je joue eiicor!

C'est un feu qui brûle sans ccss'', Torlulant, ou charmant le cœui* !

Et le desséchant par l'Irresse, Le désespoir et la fureur!

Oui, l'enfer lui-même, ^: Séjour d'.matlième,

N'e-t pas plus affreux!

... . L'éternel bitume

■'"■ Qui, chez lui, s'allume,

N'a pas tant de feux!

• Aussi, je préfère L'ardente i haudicre, Aux flots soulevés.

Où Sat;in rassemble.

Pour boudlir ensemble.

Tous les réprouvés!

Oui, l'enfer lui-même.

Séjour d'anatln me, N'est paspbis all'renx !

L'éternel bilume Qui, chez lui, s'.dluiiie.

N'a pas tant de feux!

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