SCENE IX
Sur la ritournelle du morceau suivant, CONSTANTIN paraît , s'approche de ZIZIANOW, qu'il salue militairement.
ZIZIANOW. Vous venez. Monsieur, de la part de l'empereur?..
CONSTANTIN, froidement. Non , colonel... de la mienne!
ZIZIANOW. Que signifie une pareille audace?.
CONSTANTIN. Constantin NéUdoff... ce nom doit vous l'expliquer...
DUO
CONSTANTIN, montrant ses galons de sergent. Depuis trois mois je porte cet insigne Et reste seul , oui, seul , de tous les miens!
ZIZIANOW, le regardant.
Ah! de leur nom vous vous montrerez digne!
CONSTANTIN
C'est pour cela, Monseigneur, que je viens. Par vous, mon père est mort en Sibérie! 11 est tombé sur le sol étranger ; Et m'a laissé, prêt à quitter la vie , Et son honneur, et sa mort à venger l
Oui, je lui dois vengeance;
C'est ma seule espérance !
P,our punir votre offense,
Me voici dans ces lieux.
Oui , la guerre ! la guerre !
Me fiit-elle contraire ;
A qui venge son père,
Dieu même ouvre les cieux!
ZIZIANOW.
A vos vœux, par malheur, je ne puis satisfaire!
CONSTANTIN
Vous êtes colonel et moi sous-officier ;
C'est mériter la mort qu'oser vous défier! Mais à deux pas d'ici s'élève la frontière ; En Pologne, du moins, on peut venger son père: J'y cours pour vous attendre!., y suivrez-vous mes pas? ZIZIANOW, froidement.
Je ne le puis !
CONSTANTIN
Vous n'osez pas!
CONSTANTIN
Vous craignez ma vengeance!
Et punir votre offense E't ma seule espérance !
Ainsi donc à nous deux!
Oui! la guerre ! la guerre!
Me fût-elle contraire; A qui meurt pour son père , Dieu même ouvre les cieux!
ZIZIANOW.
De sa noble vengeance Je comprends l'espérance!
J'estime la vaillance Dans un fils généreux !
A sa juste colère Je ne puis satisfaire ; Car le destin contraire Se refuse à mes vœux!
ZIZIANOW.
Oui , j'ai su commander à ma juste colère !
[Tirant de sa poche un papier qu'il lui remet.)
Sur ce billet veuillez jeter les yeux ! Vous verrez qu'il m'est dû par votre noble père Trois cent mille roubles !
CONSTANTIN
Grands dieux!
ZIZIANOW.
On ne s'acquitte pas avec un coup d'épée; Ce serait trop commode et souvent trop certain ! Que sa dette par vous soit payée... et soudain Votre attente par moi ne sera pas trompée , Je l'atteste!
CONSTANTIN, voulaut insister.
Monsieur...
ZIZIANOW.
C'est là mon dernier mot!
Pour vous , poiu' moi , tâchez que ce soit au plus tôt !
ENSEMBLE
Strette du duo.
CONSTANTIN
Comble de rage !
Nouvel outrage Qui le dégage En son honueuri Terribles chaînes, Qui rendez vaines Mes justes haines Et ma fureur!
ZIZIANOW.
A son courage Je rends hommage!
Que se dégage Mon débiteur !
Et puis, qu'il vienne Contre la mienne Briser sa haine Et sa fureur!
(A la fui de ce duo, Constantin se jette hors de lui sur un fauteuil à gauche.)