HERMINIE, DE GUIBERT, COQUENET
HERMiME, entrant en causant avec son mari. Oui, Monsiour, vous pensiez ce matin ;i la députaliun pour arriver au minislère... il y a dans cette ville, àce qu'on vient de m'approndre, une réélection que l'on peut contester... et faire tourner à votre profit.
DE GiiBERT. Certainement !..
HERMiME. Eh bien! alors, tandis que vous êtes dans le pays, lâchez d'obtenir des voix... de gagner des gens influents...
DE GLiBERT. Je ne demanderais pas mieux... c'est toi qui les repousses. {A demi-voix.) Voilà mon ami Coquenet... propriétaire... électeur... un des plus imposés du département... que tu refuses d'appuyer...
HERMiME. Et qui vous dit cela!., est-ce qu'il faut faire attention à un mouvement de dépit ou de mauvaise humeur?., est-ce qu'on ne change pas d'idées vingt fois par jour?..
DE GLIBERT. Tu l'enteuds, mon ami... (A demi-voix.) Je t'avais bien dit qu'elle finissait par faire tout ce que je voulais... lu seras nommé... ma femme parlera pour toi au ministre.
COQUENET. C'est cc quc j'ai déjà fait?..
DE GLIBERT. Tu l'aS doilC VU?..
COQUENET. Nous venous de causer ensemble... dans un incognito réciproque ; el quoiqu'il ignore qui je suis, je le crois très-bien disposé pour moi !.. si, maintenant... madame veut me proposer... comme receveur... une idée qui viendrait d'elle... parce que moi, je ne peux plus... me mettre en avant... je crois que nous l'emporterons.
HERMINIE. Je ne demande pas mieux... je sais même en ce moment le moyen de tout obtenir de mon frère... les deux places ensemble... à une condition!
DE GUIBERT. Et laquelle?
iJERMiNiE. C'est que vous me raconterez dans tous ses détails l'aventure dont-vous m'avez dit un mot ce matin... l'aveiilure arrivée à mademoiselle Cécile de Mornas.
DE GUIBERT, vivement. Impossible, ma chère... impossible... c'est un secret trop important.
HERMINIE. Raison de plus! vous parlerez... ou je suis muette... je ne dis rien à mon frère...
COQUENET. Un moment... il y va de notre fortune... et il ne s'agit pas ici d'une indiscrétion déplacée... toi, qui en fait d'aventures racontes toujours avec tant de facilité...
DE GUIBERT. Oui ; mais celle-ci... j'ai promis de la garder pour moi...
COQUENET. Et lu licus ta parole... ta femme est une autre toi-même... ton ami aussi...
DE GUIBERT. Je le sais bien... mais cela me ferait de fâcheusrs affaires avec le ministre...
HERMiNiEj vivement. Le ministre...
DE GUIBERT, de même. Avec d'autres personnes encore!., des mauvaises tètes... des férailleurs... moi je n'aime à me battre que le moins possible... et ça n'aurait qu'à en venir là...
COQUENET. Si ça se savait !.. nuis nous nous tairons...
DE GUIBERT. Toi, je uc dispas... tu seras comme moi... tu auras peur !.. mais ma femme... tu i!e la connais pas...
HERMINIE. Et moi, Monsieur, je vous déclare que vous avez excité et redoublé ma curiosité à un tel point, que j(^ veux... j'exige que vous parliez à l'instiint même, ou je me brouille avec vous, je ne vous revois de ma vie...
DE GUIBERT, à voix basse . Eli bien! donc... et puis pie vous me promettez tous les deux le secret .. je vous dirai tout ce que je peux vous dire... apprenez que l'année dernière... dans une maison... (Se reprenant.) dans un château... où j'ai rencontré Cécile pour la première fois... j'ai vu, le matin au point du jour, un beau jeune homme sortir de so* appartement...
HERMINIE. Vous l'avezvu...
DE GUIBERT. De mcs propres yeux vu... et il ne peut, à cet égard, me rester aucun doute... car le mystérieux inconnu, que je connais très-bien, me l'a avoué lui-même en me faisant jurer le silence le plus profond.
HERMINIE. A merveille... et cet inconnu, quel est-il?
DE GUIBERT. Voilà, par exemple, ce que je ne vous dirai pas... je lui ai promis le secret, et je n'irai pas à plaisir me compromettre... en vous révélant un nom tout à fait inutile au piipiant de l'anecdote...
HERMINIE. Vous avcz raisou!.. d'autant que j'ai deviné... je s lis fpii !..
DE GLIBERT. Silencc, alors, et n'allez pas me compromettre.
HERMINIE. C'est mon frère.
DE GUIBERT. NoU pas!..
HERMINIE. J'en suis sûre. . à votre effroi d'abord, el à votre inquiétude... et puis l'adoration que Raymond a pour sa [uipille, les louanges dont il l'accable... le crédit qu'il lui accorde à nos dépens. (.4 Guibert qui veut parler.) Vous avez beau vous fâcher, c'est lui... Monsieur, c'est lui!..
COQUENET. Il est de fait que je l'ai trouvé ici, tout à l'heure, qui l'embrissait!
HERMINIE, at-ecjo<V. Vous l'entendez!, je n'en dirai rien... mais j'en suis enchantée.
DE GUIBERT. Ce n'est pas vrai !..
HERMINIE. Ah ! monsieur mon frère, vous qui me faites toujouiM de la morale.
DE GUIBERT. Ce ii'est pas vrai, vous dis-je.
HERMINIE. Vous osez Ic uier...
DE GUIBERT. Permettez! je ne dis pas que le ministre ne soit pas actuellement fort bien avec elle, ça ne me regarde pas... mais ce n'est pas lui dont je veux parler!., la vérité avant tout... il ne faut compromettre per.sonne.
COQUENET, (fravement. Alors, c'est un autre...
HERMINIE, (jaiemrntot en rianl. Ça en fait deux ! c'est gentil.
DE GUIBERT. Ma femme!,, point de suppositions has;u-dées, je vous en prie...
HERMINIE. Alors, M.)nsieur, point de demi-confidenccs... quel est donc ce s(';ducteur si discret... si timide... qui n'ose paraître et qu'on n'nse nommer devant moi?..
COQUENET. Je le connais...
HERMINIE, remontant le th'''dtre pour voir si personne ne vient. Vous me le direz.
COQUENET, bas à l'oreille. C'est toi-même, mon gaillard... c'est toi...
DE GUIBERT, avec emborros et à demi-voix. Veux-tu te taire... devant ma femme...
COQUENET, lui faisant si'^ne qu'il gardera le silence, i en étais sûr...
' HERMINIE, qui a remonté près de la porte a droite, redescend le théâtre en courant et revient se placer entre eux deux. Silence... c'est mon frère...
COQUENET. Parlez-lui... je m'en vais... j'aime mieux ne pas être là... mais je reviendrai... car voici bientôt l'heure où tout le inonde se réunit au salon. [Il sort par la gauche .)
LA CALOMMl-,