‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 632 sur 783 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

ZIZIANOW, CONSTANTIN.

CONSTANTIN, à Zizianow qui le salue, et s'apprête à sortir. Et mon audience, mon prince?

zizi.ANow. Ah! c'est vous, mon ancien prisonnier!

CONSTANTIN. Je suis libre, et grâce au ciel! nous ne sommes plus en Russie, où vos lois me défendaient de demander raison à mon colonel. Privé de mon grade, exilé de mon pays...

ZIZIANOW. Abrogeons... c'est un combat que vous venez me proposer... proposition qui me comble de joie. . car vous vous rappelez nos conditions, et votre défi me prouve que vous venez me payer. Jamais somme ne sera arrivée plus à propos, car nous avons ce soir un bal masqué... ce qui permet dans tous les salons un jeu effréné... Moi je ue me cache pas, je joue à visage découvert... je cumpte ce soir tenter les grands coups, et sur trois caries, dontj'ai bonne idée, risquer toute ma fortune, y compris les trois cent mille roubles que vous m'apportez !

CONSTANTIN. Tout Ce que possédait mon père a été conlis(|ué, vous le savez... mais il me revenait en Hongrie, du côté de ma mère, des biens que je viens de vendre... {Lui présentant un portefeuille.) Voici cent mille roubles... Pour le reste. Monsieur, je vous demanderai un peu plus de temps.

ZIZIANOW. Tout le temps que vous voudrez, Monsieur, à votre aise... {Refusant le portefeuille.) Mais gardez, je vous prie .. je recevrai tout à la fois... {Froidement.) ii: ne me bats qu'à cette condition!

CONSTANTIN. Quoi, Monsicur, il ne vous suffit pas d'un pareil à-compte?

ZIZIANOW. Je ne veux pas me faire tuer ou vous tuer par à-compte, mais complètement... il me faut donc la totalité...

CONSTANTIN. Ah! ce refus cache votre crainte!

ZIZIANOW. Ou plutôt la vôtre. . car il vous est si facile dj vous procurer la somme nécessaire... ici surtout.,.

CONSTANTIN Quc voulez-vous dire?

ZIZIANOW. Que sur une carte ou deux, vous pouvez, au pharaon ou à la inirandole, compléter en un instant les deux cent mille roubles qui vous manquent.

CONSTANTIN. Monsieur, je n'entends rien à de pareils jeux....

ZIZIANOW. Pariez alors contre moi... rien n'est plus simple .. cent, deux cent mille roubles... à vos ordres. . je tiens tout !

CONSTANTIN, avsc colèrc. Monsieur, jamais je ne m'acquitterai ainsi...

ZIZIANOW. C'est que vous ne voulez pas vous battre...

CONSTANTIN, avcc fierté. Je ne m'acquitterai jamais ain.^i, pour la mémoire et pour l'honneur de mon père...

ZIZIANOW, riant. Père et mère honoreras, afin...

CONSTANTIN, voulunt s'élancer sur lui pour le frapper. Ah ! c'en est trop !.. et à l'instant même, à l'instant, Monsieur, il faut...

ZIZIANOW, riant. Permettez... vous avez vos obligations, j'ai les miennes... je vais me marier.

CONSTANTIN. VoUS:

ZIZIANOW. Notre empereur Pierre III n'est plus... nous venons d'en recevoir la nouvelle. . Sa femme lui succède, et la première dame d'honneur favorite de l'impératrice Catherine, la princesse Polowska, par un excès de bonté que je ne mérite pas, consent à partager avec moi sa nouvelle faveur, en in'accordant sa main.

CONSTANTIN, d'un oir incrédule. A vous... Monsieur?

ZIZIANOW. A moi-même! Et si vous m'accusez de fatuité... vous en croirez peut-être vos yeux et celte promesse signée de sa main...

CONSTANTIN, avec fureur. 0 ciel! elle qui tout à l'heure encore... Ah!.. Monsieur... je me battrai... c'est-à-dire...

jo jouerai... je panerai... et tout ce qu'il faudra pour me battre...

ziziANOw, riant. Allons donc... c'est laseule manière... je vous l'ai dit. . Entendiz-vous... l'orcl^îstre rctenlit... ce sont les salons qui s'ouvrent pour le bal et pour le jeu, et dans l'espoir de m'y mesurer avec vous... je vais vous attendre, Monsinur... au champ d'honneur...

CONSTANTIN. Je VOUS >' rejoindrai bientôt.

ZIZIANOW. A bientôt. {Ils sortent chacun d'un côté opposé. Le décor clianye. Pendant la scène précédente on a toujours entendu un air de danse dans le lointain,)

Page 1