‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 652 sur 783 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

MADAME DE GUISE, RICHELIEU, caché.

MADAME DE GUISE. Je ne sais ce qu'il a aujourd'hui. (Elle s'assied en face d'une toilette.) Il paraît fort occupé de M. de Richelieu.

RICHELIEU, entrouvrant la porte. Maudite serrure ! on ne peut rien voir. Qu'elle est bien dans ce négligé! C'est charmant d'assister à la toilette d'une jolie ftinme!

MADAME DE GUISE. C'cst uu imiieitiuent, un bien mauvais sujet.

RICHELIEU. Comme elle s'occupe de moi!

MADAME DE GUISE. C'csl qu'aussi Ics fcmmcs le gâtent.

RICHELIEU. Mais... pas toutes

MADAME DE GUISE. Voilii doDC riiomme qu'un moment j'aurais été tentée d'aimer. Je l'avoue, j'avais été séduite par ses brillantes qualités I Mais que de présomption ! que de fatuité! que de défauts, dont il tsl impossible qu'il se corrige! (Avec douceur.) Impossible! pourquoi donc? S'il m'aimait réellement, ne pourrais-je pas le ramener à la vertu? lui faire sentir que les plaisirs ne sont pas le bonheur? qu'une femme qui nous aime vaut mieux (pie cent qui nous trompent? Mais, après tout, que m importe? Je pourrais le rendre parfait, que je m'en soucierais aussi peu! Allons, je n'y dois plus penser... [Réfléchissant.) 3e serais cependant curieuse de savoir par quels moyens il croit .. Bon! c'est une plaisanterie que, dans son dépit .. Non; il parlait sérieusement; et on le dit si téméraire! {Revenant à elle.) Eh bien! voilà que j'y pense encore. Mon Dieu! est-ce qu'il suffirait d'être impertinent avec nous pour fixer notre attention '' Est-ce qu'il espérerait gagner son insolent pari? (Souriant.) Pourquoi pas? Malgré moi, je puis bien l'aimer, puisque makré moi j'y pense déjà. Allons, chassons ces foUe-i idées, jamais Richelieu ne troublera ifta tranquillité. Je ne sais ce que j'ai ce soir; il me serait impossible de reposer. Voilà ma guitare; essayons ma nouvelle romance.

RO.MAN'CE

PREMIER COUPLCT.

L'Aiiiiiur s'enfuil; dame Cypris Va le du relier en tout pays;

Gnide, Paplios, Mars, Adonis, Elle TOUS quille poursim Ois.

Ce petit traître

A fui ma loi,

Où peul-il être?

Dites-le-moi.

DIUXtÈMH COUPLET.

Sage Minerve, dans ta cour N'anr,iis-lu pas caclii! l'Aniourî Minerve dit : Sage-se, Amour N'habitent pas même séjour

Viens-je à paraître,

Il fuil dVffroi.

Où peut-il être?

Di es-le-inoi.

TROISIEME COUPLET. Lors chez l'Hymen se rend Cypris :

L'amour cst-il dans ce logis?

Non, dit l'Hymen... moi sdulj'y suis; En vain, li.:las! j'alleiids ton Ois.

Chez moi le traître

Plus ne se voit :

Où peut-il cire?

niCHELlEU, paraissant.

Auprès de to:.

MIDIME DE GUISE.

Ciel! que viens-je d'entendre!

DUO

RICHtLIEU.

Calmez votre courroux.

C'est l'amant le plus tendre Qui tombe à vos jienoui.

UADAME DE GUISE.

Téméraire, Sortez; Redouiez m^ colère ;

Elu gnez-vous, Evitez i^on courroui.

Je vous le répète : Sortez, Monsieur, ou je vais appeler mes gens.

RICHELIEU. Ils ne vous entendront lias; vous venez de les envoyer coucher.

MADAME DE GUiSE. J'appellerai mon oncle.

RICHELIEU. Votre oncle? (^par^) Trompons-la. (Haut ] Je lai enfermé dans sa chambre. Mais pourquoi vous eftVayer? Vous ne voyez ici qu'un amant timide et respectueux, auipiel la crainte de mourir d'amour a fait hasarder une démarche désespérée. Aussi pourquoi me mépriser? Ne sont-ce pas vos mépris qui m'ont fait recourir à ce moyen téméraire? Je vous le demande, en quoi les avais- Je mérités?

MADAME DE GUISE. Eu quoi ! Monsicur. En quoi! Vous me le demandez, quand vous osez encore vous présenter devant moi !

RICHELIEU, ^■ous m'aviez banni, je le sais; mais je perdrais trop, si je ne voyais plus cette figure céleste, à laquelle la colère donne de nouveaux charmes. {Gaiement.) Est-il bien vrai, Madame, que vous me baissiez autant que vous me le dites?

MADAME DE GUISE. Plus que je ue puis l'exprimer. Et vuila pourquoi je vous prie de sortir à l'instant.

RICHELIEU. Je vous aime trop pour cela. La porte est fermée; les clés sont chez votre oncle : et j'irais réveiller vos gens! causer une esclandre '. vous compromettre Moi, compromettre une femme! J'en suis incapable.

MADAME DE GUISE. Me Compromettre! Quand je raconterai hautement par quelle trahison ..

RICHELIEU. Et qui persuarlerez-vous? Moi seul avec vous, la nuit, dans votre appartement! Que ne dira-t-on pas? Le ch.ipitre des conjectures est si étendu! Cependant, si vous le \oulez absolument, ipioi qu'il eu jiuisse arriver, je vais vous obéir.

MADAME DE GUISE, /c rappelant d'une voix faible. Mousieur...

RICHELIEU. Eh bien! est-ce décidé? Je reste.

MADAME DE GUISE. Nou, Certainement! — Mais tenez, cette croisée n'est pas bien haute, on pourrait sans bruit...

RiCHELU.i:. Ah' y pensez-vous? Du mystère! une croisée! C'est là le chemin de l'.imanl favorisé! L'amant déiiaigiié, méprisé, sort |iar la grande porte, et c'est le passage "que je choisis. .Vdieu. (// va pour sortir.)

MADAME DE GUISE, ai'ec dépit. Monsieur!

RICHELIEU. Que me voulez-vous?

MADAME DE GUISE. Vous savez trop bien qu'il faut que je vous fasse rester. (Les larmes aux yeux.) Voilà donc en quoi consiste votre ascendant sur notre sexe' C'est donc là votre secret pour captiver le cœur des femmes! il est merveilleux, etvous fait honneur! Convient-il à un homme

LA CHAMBRE A COUCHER

délicat l'employer la violence, quand la vertu lui résiste ?

RiCHi LiEV. J'ai pu emiiloyer l'adresse, riUL-lquefois même la siirjirise; mais avoir recours à la violence!! ! Eh! qui le pourrait? L'homme le plus audacieux n'est jjIus .luprés de vous qu'un (isclave timide. Ne m'avez-vous pas vu cent fois tremblant, interdit a vos côtés? Du moment que je vous ai vue, nommez-moi une autre femme que j'aie honorée d'un reirard. Si je n'ai pas rampé aussi servilement que beaucoup d'autres , i)Ouvez-vous m'en faire un rcproclic? Devais-je avilir l'amant de Julie, et ce noble feu que la nature a mis dans mon cœur? Mais parlez; quel autre vous aima mieux (jue moi ? quel autre eut pour vous plus d'amour, plus de respect?

MADAME DE GL'isE. Du rospect ! En eftet ! Croyez-vous que j'aie oublié l'insolent pari que vous avez osé me proposer?

RICHELIEU. Oui, Madame, je vous aimerai tant qu'enfin vous serez touchée de mon amour; voilà le sens de ma gageure.

MADAME DE GL'ISE. Eh bien ! s'il est vrai que Julie vous soit clii're , f[ue vous ambitionniez son estime, accordezlui ce (|u'^lle vous demande avec prière.

RiciihLiEU. Que demandez-vous?

MADAME DE GL'ISE. Je VOUS l'ai déjà dit, que vous sortiez à l'instant.

RICHELIEU. Qu'exigez-vous de moi? Puis-je renoncer à toutes mes espérances ? sacrifier en un instant ce (jui m'a tant conté? Dois-je me livrer volontairement à votre colère et à votre froideur, peut-être à vos railleries?

MADAME DE GiisE. Noii ; je sais pardonuLM-, oublier.

RICHELIEU, tendrement. Moi, je jure de ne vous oublier jamais; mais jjuisque vous l'exigez, soit. Je veux vous prouver cund)icn mon amour est sincère; je veux vous faire un siicrifice que je ne ferais àpersonne; mais casera, Madame, à deux conditions.

MADAMl". DE GUISE. Qui SOUt?

luciU-LiEU. Promettez-vous de les accomplir?

MADAME DE GUISE. Je croyais vous avoir prouvé que la feinte m'était inconnue.

uiciiLi.iEU, vivement. Ainsi vous promettez?

MADAME DE GUISE. Quc (leuinudcz-vous ?

RICHELIEU. Je demande que vous me permettiez de vous revoir , que vous me donniez l'espérance d'être mieux iiC(-ueilli : le promettez-vous ?

MADAME DE GUISE, douccmtnt . Et votre seconde condition?

RICHELIEU. Donnez avant tout votre consentement à la première. \'oulez-vous que je la répète?

MADAME DE GUISE. Il u'cst pas nécessaire. Le brillant Richelieu connaît trop bien son empire sur notre sexe pour ne pas donner à mon silence une interprétation favorable.

RICHELIEU. Julie' adorable Julie! {// veut lui prendre la main.)

MADAME DEGUISE, retirant sa main, mais sans colère. Point tlu nouvelle oU'ense! Votre seconde condition .'

RICHELIEU. Ma seconde condition est une bagatelle (lOiir vous, mais un trésor de bonheur pour moi. Je demande un baiser jiour gage de votre parole , un seul baiser.

MADAME DE GUISE. Nou, je u'accordcrai point volontairement ce ipiej'aisu refuser à la témérité.

RICHELIEU. Et i)Ourtaiit vous me iiermettez d'espérer!

MADAME DE GUISE. I)'es|iérer, mais non pas d'obtenir.

RICHELIEU, tendrement. Le baiser..; ne fût-ce que le baiser de réconciliation.

MADAME DE GUISE. Nc mcttez-vous pas pour troisième condition, que je vous le porterai moi-même?

RICHELIEU. Non! le prendre est aussi un bonUeur. (// l'embrasse, et tombe à genoux.)

SCliNE XII.

Les précédents; LE MARÉCHAL, sortant du cabinet , un bouycoir et une montre à la main.

LE MARÉCHAL. La demihcure à ma montre! {La demiheure sontiJi à la pendule , et RicheHeu embrasse madame de Guise: le maréchal étonne reste dans le fond.)

RICHELIEU, fi (jenoux. Je ne quitte plus cette altitude. Que sais-je ! celte bonté que vous daignez me montrer, h\ c'était une dissimulation qui cach.\t votre haine : Vous m'avez si souvent répète ipu vous nu haissieZ; q'io le der-

nier des mortels vous y)lairait plus que moi : je suis au désespoir, si un motde votre bouche ne mt rend pis lavje.

MADAME DE GiiSE, le Contrefaisant. Ne me rend pas la vie. Levez-vous , hypocrite!

RICHELIEU, tendrement. Est-ce une amie qui me pardonne?

MADAME HZ o\:\%z, soupirant. Si c'est une amie, je crains bien qu'elle ne se soit trompée. Qui peut se fier à vous ?

RICHELIEU. Je ne vous ferai point de serment; je sais un garant plus sûr de ma constance , c'est vous-même. Oui, pour m'enchilner à jamais, recevez mon cœur et ma main. Je n'étais qu'égaré. Soyez mon guide, mon amie, et j'abjure toutes mes folles erreurs. Aimer Julie, n'estce pas déjà aimer la vertu ?

LE MARECHAL, riout. Ah ! ah! ah ! « Je consens à l'épouser, si jamais je lui accorde la moindre [irérérence. »

MADAME DE GUISE. Ciel! mou oncle!

LE MARECHAL. Fort bien, ma nièce; j'approuve ta prudence! tu dédaignes les amants, et tu leur donnes audience jusfpie dans ton appartement.

MADAME DE GUISE. Dc gràce, écoutc'Z-moi. Sachez...

LE MARECHAL. Je Sais tOUt.

MADAME DEGUISE. Mais VOUS verrcz. ..

LE MARECHAL, Paiblcu , j'ai tout VU ; et je trouve que l'heure est très-bien choisie |>our recevoir un amant.

MADAME DE GUISE. Majs MoDsieup u'cst pas un amant ; c'est un époux.

LE MARECHAL. Ul) épOUX !

RICHELIEU. 0 bonheur !

MADAME DE GUISE. Que voulcz-vous ? malgré moi, Richelieu a vu que je l'aimais. (Avec finesie.) Cette découvertij-là serait trop dangereuse avec un amant. Et malheureusement il a trop obtenu pour ne pas tout obtenii-.

LE MARECHAL. A la bonuc heure. Voilà parler. Soyez unis , mes enfants ; à demain le contiat. J'y s guerai ; je danserai à la noe, ut jepaier.ii la corboill; de m.iri.ise.

RICHELIEU, bus, OU maréchul . J'en étais sur ; je lavais commandée d'avance.

LE MARECHAL. Incorrigible !

CHOEUR

0 douce ivress.' !

Heureux destin !

J'ohtitfns I , I

,, ... , 5 sa lendrojse

Il ublient )

Et sa main.

VAUDEVILLE

LE MAHÉCBIL.

Nous satons tous que, dans le marli e. Pour rien on se brou Ile souda ii .

Pour rien on s'aigrit davanlagi'.

Puis on boude soir et matin.

N- su vci point celle trisle uiètliode , Si dans le jour on »ient à se ficher, Qu'Amour le soir gaiment «ous raccoin:ii ii Dans la chambre .i coucher.

RICDELIBO.

Dans chaque hôtel, on dit que l'insolence Esl dans la l'ge du portier; La pare?se et la iiiodisince Dans l'antichambre et l'c-rilier;

Dans le liouJoir est l.i coquetterie;

Diiis lo salai l'ennui Tient nouj chercher;

M a s le bonheur sans bruit se réfugie Dans la chambre à coucher,

MIDAVI! DB ODISI.

Dans t.>us les temps on craignit le rirlenv ;

Heurem qui peu'ent l'cg.yer!

N.ilre li're, un («u somnifère,

N'inviie qu' trop .i b.Ailler.

Pour noU' ce sur que rnidiilgi nce neillèl Que l.i critique, au iieti d.r se f'iclier. Suit parmi < us la s<<nle qui Skunuieiiie

Dans la chambre à coucher !

Fl.N DE L\ CIIAMORE A COUCHER.

VIALAT ET C'% IMPRI^fEURS EF ÉDITEURS.

iTOMA, qtii a pri» /<i firme n> Imiiblahl, /csffp tm ik<!(/iii(, puis -ijir. — A'io 3, - i-re lU.

LE Pli] F

(;'iMll)li; KN CINQ ACTES KT K.N l'ImM.

Représentée, pour In première fois, ik Paris, sur le Tliéàlre-Froiieaii», le ** janvier tS4«.

[Jtrsonnûgcs.

M. LE COMTE DE MARIGNAN, homme de kttivs ALBERT DANGREMONT, nfli.iei d

et homme d'État MM. Régnier.

CÉSAR DESGAUDETS, homme d'affaires pRovosr.

CORINNE DESGAUDETS, sa fille, de

la Société des Hommes de lettres . M"'e Allas.

l'arm.e d'Afrique MM. Maillart.

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