ALBERT, MAXENCE
ALBERT. Ma foi, je m'estime heureux de l'avoir i-encontré ici au passage... car tu me parais si occupé...
MAXENCE. C'est vrai, j'ai tant d'aflaires...
ALBERT, souriant. Lu gentilhomme devenir homme d'affaires! [Voyant Maxence qui tire un carnet de sa poche.) ti'iKpier l'épée de ses aïeux contre le carnet de l'agent de change !
MAXENCE, écrivant sur un carnet. Me rendre bi^'iitùt au ministère pour notre adjudication «le demain... passer, dès que j'aurai la répoibe de Marignan. chez un riche capitiilisie qu'il nous est iinpoiiant de gagner, de là,- courir chez mon uctaire jiour la vente d'une terre (]ui nous appartient en commun à moi el à ma sœur.
ALBERT, avec émotion. Mademoiselle .\ntonia!..
MAXENCE. Et lu ne me parles pas d'elle'? il y a cinq ans cependant, au château de Jumièges, chez ma grand'Iante où je t'avais i^résenlé... vous dessiniez ensemble... vous faisic z de la musiiiue, ces dames le trouvaient fort aimable, ma grand'tante sintont!.. et plus d'une fois Àntonia m'a demande, de sa part, des nouvelles de mon ami Albert.
ALBERT, avec joie. En vérité!
MAXENCE. Il n'arrivait pas un bulletin de l'armée d'Afrique, qu'il ne fût lu à linstaut... par ma L'iaiid'taiile. .
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Il )
M.w.RT, (l'un ai) pniible. Ah! c'ctiiit madame de Jiimioges...
MAXENCK, C'e^t-;i-diir, comme elle n^v voit plus... c'était .\nloiiiaqai lis-iit... et ma laiite d'écouter àvcr un intérêt...
Ai.iiEKT. Dont je suis bieii reconnaissant... Elle habite toujours en son château?..
MAXEPiCE. Eh! mon liieu, non! cette pauvre tante... nou.-^ l'avons perdue... il y a tni an.
AiJiERT. 0 ciel!... je l'ignorais...
MAXENCE. C'est sa terre que je viens de vendre, et ma sœur est maintenant à Paris... C'est moi, son seul parent, qui suis devenu son tuteur... (Rianf.) Oui vraiment! tuteur d'une jeune fille qui souvent me proiide et me fait de la morale!., c'est pcnant!.. aussi j'ai hâte de la marier, ce qui ne sera i)as difficile! mais vu sa fortune... je suis obligé de lui chercher (pielqu'un de riche... de très-riche!., sans cela chacun me jetterait la pierre!
ALBERT, i'ivemP7)t. Mou ami, tu me parlais t lut à l'heure. (S'arrcYa/i?.) C'est-à-dire... tu a.s (!u la bonté, à moi, toii ancien camarade... ton ami d'enfance... de me proposer...
MAXEiscE. Mon aide... mon secours... je te suis tout dévoué... tu le sais!., et déjà si tu l'avais voulu... mais tii m'as toujours semblé si désintéressé... si artiste...
ALBERT. Que veux-tu?., le bonheur pour moi n'était |)as là... et maintenant il me semble que si pour trouver la richesse il fallait nie jeter dans un précipice... je n'hésiterais pas.
MAXENCE, avec chaleur. Je comprends cela!
ALBERT. Faire fortune prompteraent ou mounr... voilà ce qu'il me faut.
MAXENCE. de même. C'est comme moi !
ALBERT. Que dis-tu"?
M.«iXENCF, se reprenant. Je dis que c'est bien... c'est ainsi qu'on arrive... Eeoule-nioi! Il est (piestion d'une nouvelle ligne de chemin de fer... en laqui'Ue moi et quelques capitalistes nous avons espoir! j'ignore si nous serons préférés, car il y .i plusieuis compagnies rivalis... mais av.int même l'adjudicalion, (jui a heu demain, on se (fspute les actions ou plutôt les promesses d'actions.
AL'JERT. Je ne comprends pas.
MAXENCE. C'est inutile. Qu'd fe suffise de savoir que si nous l'emportons, ces actions... les nôtres... auront trijjlé leur valeur primitive.
ALBERT. Et si vous uc l'emi)ortez pas?
MAXENCE. Rien de fait! elKicun reprend son argent... nous aurons manqué à gagner.
ALBERT. Ainsi rien à perdre... rien à risquer...
MAXENCE. Qu'un imuicnse bénéfice en cas de succès !.. et ces actions... elles sont dans mes mains.. . je puis l'en donner.
ALBERT. Quelle bonté! maistudisaislafout à l'heure, que tu n'en avais plus?
MAXEN'CE. H le faut bien... seul moyen de les faire monter.,, et d'en élever le prix!
ALBERT. Mais c'est un mensonge!
MAXENCE. Uoii sors-tu dOHC?
ALBERT. Du bivouac!., et il me senibleipie la délicatesse...
MAXENCE, avec ironie. Hein!., tu n'as donc jamais é;é à la Bour.se!.. Ce que tu appelles mensonge et tromperie... c'est l'habileté, c'est le génie financier! c'est par là qu'on à des hôtels, quedi.s-;e? des palais. Par là on acquiert estime et considération; parla on obtient des titres, des cordons, des... sois tranquille.
tu peux accepter... tu ne risques rien ipie d être salué et honoré !
ALBERT. Je t'avoue... (pi'une telle manière de faire forlune... me répugnait un peu., mais |)uisque tu la trouves permise et loyale, toi, gentilhomme, j'accepte! qu'ai-je à faire?
.MAXENCE. Rien! qu'à prend iv cent... deux cenis actions. . à ton gré et à en payer d'avance la moitié, comme qui dirait. . cent mille fi-ancs... à peu près!
ALBERT. Très-volontiers. Le seul embarras, c'est que cent louis de renie eiï terres... ne sa vendent pas du jour au lendemain... et ces cent mille francs... tu seras obligé, mon cher ami, de nie les avancer.
MAXENCE, à part. Diable!..
Ai,BERT. Pour toi milliomlairi', une pai-eille somme n'est rien, je lésais... aussi je viens sans façon et sans scrupiile, faire ce nouvel appel à ton amitié...
MAXENCE, avec enthar ras. L'ne telle confiance!., j'en suis heureux... je te le jure. .
ALBERT, acte franchise. Je l'ai pensé... car moi... à ta place... [Le regardant.) Eh ! mais qu'as-tu donc? d'où vient ce trouble... ma demande seràit-elle indiscrète... je la retire! si je l'ai hasardée... [Avec énwtion.) c'est qu'il me semblait... que de bonnes terres. . au soleil, en pleine Bcauce... étaient des cautions suffisantes pour un camarade d'enfance... pour un arni... [Avec indignation.) Sans compter mon honneur... à moi!..
MAXENCE, vivement. Ah ! n'achève pas! plutôt te dire la vériié tout entière que de te laisser une pareille pensée... ces cent mille francs que tu me demandes et (pi'il y a cinq ans j'aurais été heureux, non pas de te prêter, mais de te donner... je ne les ai pas !
ALBERT. Toi !
MAXENCE. Silence! nul encore ne lésait! mais celte spéculation que j'entreprends avec tant d'ardeur e^t mon seul espoir de salut. 1! s'agit j^onr moi, non jias de fiiire, mais de refaire ma position ! Si je réussis, ou ne se n^ra douté de rien; j'échappe à la ruine, à la misère!
ALBERT. Tu en serais là... loi, avec ta fortune...
MAXENCE. En ! mon Dieu ! cela vas: vile, en cinq ans, à Paris, quand on est jeune et inoccupé!., l'oisiveté est si coûteuse! c'est un si grand luxe!.. Pendant qu(; tu faisais ton métier de .soldat, moi jo promenais en calèche mon ennui et mon cigare... tu te hatlais, je dépensais! tu versais ton sang, moi, mon or! o[ pour i[ui, gi'âiids dieu>i ! que de folles nuits ! que de jours plus insensés! que d'orgies! que de désordres! et quand on s'adresse, pour réparer une première brèche, aii lansquenet ou à la s])éculation, qui l'agrandissent encore...
ALBEtiT. Tu as jdUé...
MAXh:NCE. Comme tout le monde! ce n'est pas là le mal...
ALBiaiT El tu as perdu ?
MAXENCE. c'est là nia faute!., je la reparerai! en atlendant, lesterres, les châteaux que je tenais de mes anrèlres, j'ai tout enga:.;é .. en secret! et ce qui me reste... je le dois; mais jusipi'à pn-sent. l'éclat de mou nom, la certitude de mes richesses... ont éloigné tons les soupçons. . il estaisé, à iu\ homme comme il faul, d'ohlenir un grand crédit.
ALBERT. C est-à-dire de tromper.
MAXENCE Non... que je réussisse, et tout sera paye, et je tel' \eiMi avi.'c moi jus pi'à cette fortune...
ALBERT. A laque.leji; renonce! elle (;oùte tro|) cher! si je l'ai desii'éc un iiislant... c'était dans un but que
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je recoiiiiais iiiaintciiaiit impossible à atteindre! parlons seulement de toi ! tu as donc bcaïu^oup de créanciers?
MAXE>ct. Mais oui... ce n'est pas k- nombre qui m'inquiète... les petits, ceux qui ont besoin, .-^e taisent et attendent... mais les grands... les riches... un surtout!., un homme du grand monde qui, pour une centaine de mille francs, me tient dans sa dépendance, qui, seul maître de ma position, peut la révéler et me perdre! et pour m'en délivre)-, à qui m'adresser? à ma sœur? impossible! elle est mineure; et d'ailleurs, son inflexible subrogé tuteur, M. César Desgaudets...
ALBERT, vivement. Desgaudets, dis-tu?
MAXE^CE. Le plus avare des millionnaires.
ALBERT, se fouillant. Il me semble bien, sur la carte de tout à l'heure...
MAXENCE. Honnête homme du reste!., et ma sœur que je ne pouvais garder avec moi, se trouve à merveille chez ce vieux et respectacle capitaliste... près de sa fille, Corinne Desgaudets, un bas-bleu, une dixième Muse!
ALBERT, regardant la carte. C'est bien cela... croirais-tu, mon ami^ que ce matin, j'ai presque sauvé la vie à ce M. César Desgaudets.
MAXENCE. En vérité!
ALBERT. Et, dis-moi, si je lui demandais un sei'vice...
MAXEîNCE. Il te le refuserait. Il est si ladre, si avare, qu'il n'a pas d'état de maison, pas de voiture... il va à pied.
ALBERT. .le le sais bien !
.MAXENCE. Il a, au fond de la Chaussée-d'Antin, un hôtel superbe qu'il laisse périr faute de réparations! 11 se complaît au milieu des ruines, et il y a danger, pour les visiteui's, à franchir son escalier.
ALBERT. Bah 1 quand on a gravi les remparts de Constantine... je me risque...
MAXEJiCE. A tenter l'assaut?
ALBERT. Oui, mon ami !
MAXENCE. Attends, attends... nous irons ensemble! j'ai justement, ce matin, à parler d'affaires à M. Desgaudets... non pour mon compte, mais pour celui de la Compagnie; et toi?..
ALBERT. Moi, je vais lui demander cent mille francs !
MAXEKCE^ d'un air effrayé. Cent mille fivmcs!.. pour toi?
ALBERT. Non, pour un ami !
MAXENCE. Comment?
ALBERT, lui tendant la main. Ne le devmes-tu pas?
MAXENCE, se jetant dans ses bras. Ah! Albert!
ALBERT. Viens...
MAXENCE. Quoi! tu aurais l'audaet' d'atlVonter, pour moi, ce cœur dur, cet Arabe!..
ALBERT, riant. Les .Arabes!., j'y suis fait, tu le sais bien! Ce sera une razzia!.. Viens! viens! te dis-je ! {il l'entraîne. — Ils sortent par la porte de la nie, à droite.)
FIN DU PREMIER ACTE
ACTIi DKUXIÈMfc;.
Un ajipurtemeiit dans l'hôtel de Desgaudets. Porte au tond, deux portes latérales.
BCÈNE PHEiMlÈRE.
AM"OM.\, (I droite du spectateur, près d'un métier a ' broder, ne brodant pas, et regardant une lettre
qu'elle tient a la nuiin ; tiOKLN'.NE. a ifiiwlie, devant une table, t-t écrivant.
ANT0NL4, lisant. « .\ttends-moi (•<• matin, ma chère « sœur! nnus avons k causer mariage, il se présente « un parti qui me convient fort et doit te plaire... un « ami à ni(»i ! » i S' interrompant avec joie.) Est-il possible! iContinuant.) « Un grand seigneur ! » {A part, avec tri.stesse.) 0 ciel! iContinuant. «Qui, à tousses « titri'si)oliliques et littéraires, joint celui de comte! » (A part.) Qui donc, mon Dieu? Serait-ce M. de Marignan... si assidu dei>uis ijuelque temps... Oh! non!.. (Elle garde le silence et demeure pensive.}
CORINNE, de l'autre coté, a droite, écrivant. « Me- « moires secrets d'unejeune dame pour servir à l'His- « toire de France du dix-m uvième siècle, chapitre xv. « Corinne Desgaudets commence à réfléchir et k com- « prendre la nécessité d'un établissement. Coup d'œil <» rapide jt;té autour d'elle! De tous les hommes de « lettres qui l'envinmnent, le comte de Marignan, « par sa position politique et ses soixante mille livres « de rentes, se trouve le seul qui ait touché son M cœur... »
ANTONLv, à part. 11 est étonnant que mon frère n'ait pas parlé d'abord de ce projet d'union k M. Desgaudets, mon subrogé tuteur... {Haut.) Corinne, ton père est- il rentré?
CORINNE, répondant sans lever latéte. Pas encore!.. Qu'est-ce que tu fais donc là?
ANTONiA, avec embarras, et cachant sa lettre, liloi... je bi'ode.
CORINNE, avec dédain. Ah! de la broderie !.. comme c'est femme!
ANTONIA. Et toi?
CORINNE. Moi ! j'écris mes Mémoires.
ANTONiA. Tu ne fais que cela! et souvent deux ou trois heures par jour !
CORINNE. Cela me semble un devoir! quiconque a un peu marqué dans son siècle se duit k lui-même, et k ses contempuiaiiis, de léguer k l'avenir ce qu'il a vu, entendu, et surtout ce qu'il a senti.
ANTONIA. (]ela me paraît bien du t4im|is perdu.
CORINNE. Qu'oses-tu dire? les Méninues secrets sont ce qu'il y a de plus i»récieux en littérature, et l'on ne saurait tiop en composer! c'est cuinnie qui dirait le daguerréuty[)e de la pensée ! et si tous les personnages célèbres avaient écrit les leurs!., la vérité hi.storique nous serait bien mieux connue!
.\NT0NiA. Tu crois?
CORINNE. C'est si intéres.sanl de voir les grands hommes en déshabillé...
ANTONIA. Les grands hnmmes, suit... mais les femmes ! . .
CORINNE. l>es femmes aussi!., il y a un certain plaisir k se survivre ! k livrer .son portrait aux regards avides et curieux ib- nos petits neveux, et k postM" encore dans la postérité !
ANTONIA. Tu trouves? cela nu semble dejk si fatigant de poser, comme tu le fais , dans le monde actuel .
CORINNE. Lue fatigue! dis dmc un plaisir! Toi, lu ne chéris (pie la retraiti', tu crains (pi'on ne parle de toi, tu voudrais toujoui's le cacher.
ANTONIA. Et toi te montrer!
CORINNE. C'est vrai! ah! si j'avais ion nom et la naissance, si j étais surtout presque libiv de mes actions, j'irais partout... on ne verrait que moi !..
AMONiA. Eh! mais cela commence déjà!
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BOLViRD. La visite d'un giaiid liomiiie e^t un bienfait des dieux. — Acle !«', scène 6.
CORINNE. Aillant que je lepeiivl.. Mais avec un père qui ne veut pas me conduire dans le monde, qui ne veut «;)as recevoir, qui craint la moindre dépense... comment donner des bals, des soirées, des raouts... tout ce qui vous met en évidence ! Je ne peux me permettre ici que des plaisirs littéraires.
A>TONiA. C'est moins cher !
CORINNE. Des réunions savantes, des lectures poétiques...
ANTONiA. Cela ne coûte que des verres d'eau sucrée.
CORINNE. Et des éloges, chacun en reçoit...
ANTONIA. Ou en apporte ! et ne crains-tu pas, toi, femme, que cela ne prête un peu au ridicule?
c>)RiNNE. Oui, autrefois... du temps de Molière on se moquait des femmes .. beaux esprits... elles n'étaient alors (|ue savantes: mais de nos jours... ennuyées d'entendre rire à leurs dépens, elles se sont faites iournalisie? ; depuis ce moment les hommes de lettres ne rient plus!,, ils ont peur!
ANTOMA. En vérité?
CORINNE, Eh oui' car ils se prosternent tous devant
la puissance du ffuillelon. Grâce à cette revue européenui; et toute-puissante , dans laquelle Je daigne écrire, tu peux les voii' ici... dans Mon salon. . c'est à qui me fera la cour... et m'environnera d'hommages!., tels ou tels qui estiment fort peu mes vers, en composent à ma louange qui ne sont pas meilleurs! ou font éclater, po*ur moi, dans hun- prose, un enthousiasme que je leur rends... dans la mienne! Nous composons ensemble les anecdotes piquantes, les reparties spirituelles, que nous nous attribuons mutuellement; à tout propos, dans mes récits, j'ai soin de placer leur nom , à charge de revanche; c'est ainsi qu'on devient une puissance, un centre, un astre, autour duquel gi-avitent d'autres étoiles, planètes ignorées dont M. Leverrier lui-même ne pourrait dire le nom, et qui aspirent toutes à s'en faire un; or, c'est dans mon salon que s'élaborent les renommées littéraires , que se préparent les élections académiques! gloire et profit à mes amis, malheur à ceux qui n'en sont pas! nous élevons les uns, nous empêchons les autres d'arriver ; pour les premiers, mon
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journal est un pied slal, poui' l'S autres, unol)airi(Te... c'est connu! et grâce à ce doulile système, je tiens cha'uii dans ma dépen lance i)ar la ci-ainte et p ir l'espoir! iA un domestique qui entre portant un paquet de brochures.) Qu'esl-co?,. ah! des gazettes, des revues, des Ijr^ichnres... (Prenant le paquet des wains du domeatiqu'i qui sort^ et en offrant à Antonia.) En veux tu?
ANTOMA. 'Sun, vraiment! {D'un air d'effroi.) Comment! tu vas lii-e tout cela?
coKiNNK. Certainement ! il fuit voir si Ton dit de moi (la bien ou du mal, afin d • rendre avec impartialité l'un et l'autre!
AMOMA. Mais c'est un travail !
CORINNE. Plus encore! Beaunnrcliais a dit : Li vie de l'homme de lettres est un combat!
ANTOMA. La l'emmedelettrosest donc obligée d'être une Jeanne d'Arc!
CORINNE. A peu de chose ])rès!
ANTONiA. C'est terrible!
CORINNE. Non pas que plusieurs ne s'en dispensent! mais moi ! 'Jetant les yeux sur un journal qu'elle a ouvert.) « XouL-elles extérieuie.y, Afrique française ..■» peu m'importe?
ANTONIA, se rapprochant d'elle. Cela peut être intéressant !
CORINNE. Toi, qui n'y tenais i)a«? [Lisant.) «Le mi- « nistre a reçu aujourd'hui des dépêches du maréchal, (( apportes par M Albert dWnarcmont, capitaine aux (( chasseurs cV Afrique. »
ANTONiA, à part. 0 ciel! il est à Paris !
co:\iNNE, se retournaiit. Qu'es'-cè donc?
ANTONIA. Rien !
CORINNE, la regardant. Ce ivoub'e... celte émotion... il est évident que tu as quelque cliose...
ANTONIA, cherchant à sourire. .Moi!..
iorinne! Je dois m'y connaître!., on n'a pas.ctrit inie (lemi-douzainc de romans, sans avoir quelques notidus... en théorie du moins! et je n'ai jamais vu 1111 article de journal produire sur toi un ]tareil effet. . voyous? qui peut, dans ces trois lignes, t'intércsser aussi vivement! est-ce le maréchal ou le ministre? {La regardant.) Non? serait-ce | ar hasard le jeune capitaine? [Voyant Antonia qui tressaille.) Ah! tu le connais?..
ANTd.MA, cherchant à se remettre. Je ne vois pas |'our(|uoi je te le cacherais.
CORINNE. Tu me le cachais cependant! (Vivement.) Voyons! Dis-moi tout! je n'ai rien pour aujourd'hui, aunine anecdote'. Cela fera un chapitre pour mes .Mémoires. . chapitre XVI, confidence d'Autonia, ma meil- Icni'c amie.
\NTONiA. Mais pas du tout... je ne te dirai rien, je n'ai rien à dire, ni à toi... ni... .^ la postérité. ,, (pie cela ne regarde pas !
coiiiNNE. Si lu ne parKs jas... j'arrangerai moimême l'aventure... je la composi-rai... il van! niiciiv (|iie tu me donnes les vrais détails.
ANTONIA. Il n'y en a plis! un pauvre iriiiic homme... :-ans rortime... mais plein d'honneur et de loyauté... un ami (le mon Irére .. que matante aimait beaueoiip!
CORINNE. C'est épiilémi(pie .. un uni de famille!
ANTOMA. Il y a du reste eimi ans qu'il est absent.
CORINNE. Haisou de jikis piiur jinis r l'un à fanlre... ;i ton âge surtout!
ANTONIA. Lui! jamais un mot... jamais un regard n'a pu me faire supposer qu'il s'occupât de moi.
CORINNE. Je ne parle pas de lui... mais de toi'
ANTON. A. .Moi!., de pareilles idées ne me sont même pas permises... mon frère, de qui je dépends, a d'autres pro;els.
CORINNE. Des projits de mariage... et tu ne m'en parl( s pas ?
ANTONIA. C'était si peu intéressant... Je ne tiens ni aux dignités .. ni aux grands seigneurs...
coRi.NNE. C'en est donc un?
ANTONIA. Eh oui!., un homme titré... un comte!..
CORINNE, vivement. Comtesse! tu serais comtesse... es-tu heureuse! c'c^t là b- rêve de ma vie!
ANTONIA. Toi! la fille des arts et de la poésie... toi! un artiste, une muse!..
CORINNE. Quand les muses >oiU comtesses ou marquises, cela n'en vaut que mieux. .Moi, je n'aime que les distinctîbî.s, les titi-es, la haute société. Dins tous mes (krits, je m parle jamais que de du'lies<es... que de pirinccsscs, mes amies intimes... que je n'ai jimais ^bes! C'est une si be'le cho:-e qu'un grand nom... et s"'il faut té l'avouer, la s«.'ule idée qui empoisonne mes succès, ie dés>'spair Ci le malheur de ma vie^ c'est de m'appeler Corinri.' Desgaudets.
ANTONIA. Allons donc!
CORINNE. Desgaudets!.. Crois-tu que la gloire puisse jamais adoptot' ce n mi lit?
ANTONIA Pourquoi pas?
CORINNE. De-^gaudets !
ANTONIA. Éh bien! pourquoi ne changes-tu pas ce nom contre celui d'un mari?..
CORINNE. Je ne demande pas mieux.
ANTONIA. Ton père est si riche... et il a pour toi tant d'affection.,.
CORINNE. Bien moins que pour sa caisse! Certainement nous vivons dans un siècle où il y a encore des amants de la gloire, mais mon \m\' ainion e hautement qu'il ne me donnera pis de dot, ch ne les encourage pas! Aussi les seuls partis (pii se présentent pour moi ne sont que des littérateurs purs et simples... des gens qui écrivent...
ANTONIA. Eh bien !..
CORINNE. Ei donc!., je n'estime que ceux qui font de la liltéiaturc, en grands seigneurs .. dans leurs loisirs... (juand ils ont le temps, et qui, grâce au ciel, ne l'ont jamais! .. quelque personna.re haut placé, quelque illustration politique qui arrivera un jour au ministère et qui fera de Thistiire pendant (pie j'en écrirai !.. Vois donc quel avanta'e pour mes .Mémoires!
ANTONIA. Eh bien! il faut te prononcer auprès de ton p; re !
CORINNE. C'est bien mon dessein... et à li pivmieix; occasion...
ANTONIA. Elle ne tardeiM pas, car c'est lui ! [Les deux jeunes filles se tiennent à l'écart.)
Sr.l'.M". II.
ANTOMA, DESiiALDETS, <:(»I\INNE.
DEscAi OETS, ù ixirt, entrant en rrrant. Il ne faut jamais dillerer rexeculiou de? b "nnes atfa res. et j'ai V'iilii, avant de rentrer, prendre des r. nseign meiils liositifs sur le neveu di' mon ami d'Angi-eiiMut. C'est décidément uiievcelleiit jeune homme que mon nouvel ami. . D. s talents, du cœur, de la frarchi.-e... irop peut-être, il se formera!.. De plus un petit patrimoine réi I et a sure. . ciiit louis de renies en Ilmtcs, et non pas en actions. Voilà une réniiioii de (jualités bien rares par le temps qui cimrt .. et le [tlau que j'ai formé,
LE PLFF.
pour lui. iin" sourit... ( Apn-cevatit Anloui'a riui vient à fui.) Ah! pardon, ma chère Antonia. je ne vous voyais ,pa^...
ANTOMÀ. .le vijiulrais vous consulter, Monsieur, sur une lettre que mou frère vient de m'euvoyer...
DESGMDETS. Plus tard, ma chère pupille... si vous voulez bien le permettre... j'ai d'abord à traiter avec ina fille une question importante!..
AMOMA. Et elle aussi!..
CORINNE, qui s'est assise devant la table. Oui. in<in père...
DEsr.AiDETs. Cela se rencontre à merveille! Ul reconduit Antonia jusqu'à la porte à droit". Pendantes temps, Corinne, qui s'est assise près de la table à gauche, écrit sur le licre de ses Mémoires.]
CORINNE, écrivant. « Chapitre xvn, entrevue de Co- « rinne avec son père. Éloquence et caractère qu'elle « di'plnie. Convaincu par la force de ses arguments, « M. Desgaudcts est obligé de céder et de la marier à « celui qu'elle aime! »