VALENTINE, RAOUL
[Raoul soulève lentement la tapisserie , s'assure (pie tout le monde est .^orti, et s'élanK-e vers la porte du fimd ; mais il s'arrête en entendant qu'au dehors on la ferme au verrou. — Il se dirifie alors vers la porte a gauche, et Valentine sort en ce mometU de Sun appartement.)
VALE>TIN"f.
OÙ vas-tu?
RAOLL.
Secourir mes frères !
Divoiler à leurs yeux ces complots sanguinaires, Armer leurs bras vengeui"S, et, le fer à la mai il, De nos vils ennemis prévenir le dessein !
VALENTINE
Mais ces ennemis!., c'est mon père.
C'est un époux qu'à présent je révère; Et lu voudrais les immoler?
RAOIL.
Je veux Punir des assassins!
VALENTI?<É
Armés aii nom des cieux!
RAOlL.
El voilà donc le Dieu que ton culte consacre, Ce Dieu qui des Français ordonne le massacre!
VALENTINE
Ah! ne blasphème pas! c'est lui donlla pitié Veut préserver tes jours, auxquels il s'intéresse. Ne sors pas !
RAOUL
Je le dois !
VALENTINE
C'est trahir ma tendresse!
RAOLL.
El r.ster... c'est trahir l'honneur et l'amitié!
ENSEMBLE
RAOUL
l.e dai)gor presse, le temps vole, Liisso-nioi, laisse-mol parlir"?
Ce sont im^s ficres (uroii immole.
Liissc-moi, laisse-moi partit !
Llioniicur le veut, je dois te fuir.
VALENTINE
Si tu me quittes l'on t'immole; Garde-toi, giidc-toi de fuir, 0 mon seul bien, ma seule idoL!
Garde-toi, parde-toi de fuir.
Ah! ti perdre serait mourir!
VALENTINE, le retenant près de la porte ou il s'est élancé.
Non, par toi ce seuil redoutable Ne sera pas tranchi! je m'aitaiie à les pas! RAOïL, cherchant à se dégager.
En t'écoutant je suis coupable!
VALE^tl^E.
En t'écoutant ne le suis-ji' donc pas?
Je le fais cependant, et dans mon trouble extrême Je ne vois plus que toi dont les jours sont proscrits!
Reste, Raoul, et si tu me cliéris,
Si tu m'aimes encor...
RAOlL.
Plus que jamais je l'aime.
Jl' voudrais te donner et mon sang et moi-même! Mais immoler les miens, mes frères, mes amis!
VALENTINE
Mais, sorti de ces lieux, chaque pas dans la ville Peut t'olTrir un danger! et pour t'en préserver Reste ici, cette nuit! reste dans cet asile !
RAOUL
Je ne puis!
VALENTINE
Et la mort !
RAOUL
Je saurai la braver.
VALENTINE
Eh bien donc, si ma voix vainement te supplie, Et si mon nutllieur seul peut préserver ta vie, Enfin. . s'il faut me perdre aiin de te sauver. Reste, Raoul, reste... je t'aime!..
RAOUL
0 bonheur suprême!
0 délire!., ô transport!
Quel mot du ciel s'est fait entendre ! Oui! cet instant change mon sort,
Vienne à présent la mort , Puisqu'à tes pieds je puis l'attendro.
VALENTINE
Ah! qu'ai-je dit!., grâce et pitié!
RAOUL
Oui, tu Tas dit... oui, iii m'aimes.
C'est le jour qui renaît, c'est l'air pur des cieux mêmes! Auprès de loi que tout soit oublié!
Parle encore et prolonge De ni' m cœur le doux sommeil!..
[La pressant contre son cœur.)
Et si mon bonheur est un songe, Que jamais, ù mon Dieu, n'arrive le réveil! (// tombe à ses genoux et l'entoure de ses bra.i. On entend dan^ le lointain le son d'une cloche.) RAOUL, se relevant.
Enlends-tu ces sons funèbrest VALENTINE, fi part.
lis me glacent de terreur!
RAOUL
Du sein des noires ténèbres
S'élève un cri de fureur !
[rortant la main à son front et comme sortant de son
égarement.) Où donc élais-je?
VALENTINE
Auprès de moi, dont les priire;...
RAOUL
Ah ! souvenir fatal!
Du massure de mes frères
C'est l'horrible siiîiuil !
ESSEMBLE.
BAOIL.
Plus cl 'amolli'!., plus d'ivresse!
0 remords (|ui m'oppresse!
Je les verrais sans cesse Égoraés sous mes yen.xl (Repoussant Valentine )
Je ne veux rien ent.iidre!
Mes frères vont m'attendre, Et je cours les défendre Ou mourir avec eux !
VALENTINE
Eh quoi ! dans sou ivresse,
Repousser ma tendresse !
Le remords qui m'ojipresse
Est-il donc moins affreux?
Quoi ! l'amour le plus tendre
Veut en vaiu te défendre! .
Raoul, daigne m'enteudro
Ou je meurs à les yeux !
{On entend de nouveau le son des cloches.)
RAOUL
C^en est fait... voici l'heure!
Le ciel veut que je meure :
Tu m'arrêtes en vain !
VALEMINE.
Je ne te quitte pas!., frappe, voilii mon sein. RAOUL, cherchant à s'arracher de ses bras. Dieu ! soutiens mon courage !
[S'approchaht (le la fenêtre à droite.)
Tiens... vois, sur ce rivage, Vois ces cadavres sanglants.
VALENTINE
Ah ! quelle horreur s'empare de mes sens!
(Hors d'elle même.)
Kaoul! ils te lueront!.. reste! reste! ou je meurs! RAOUL, dans le plus Çjrand trouble.
Ah!., que faire? cl comment résister à ses pleufs?
(Le beffroi retentit, et l'on entend i" bruit des armes. Raoul pousse un cri d'effroi.)
Non!., c'en est fait... l'honneur m'ordonne de partir.
[Regardant Valentine à moitié évanouie.)
Dieu !.. veillez sur ses jours! et moi je vais mourir.
[n s'élance du haut du balcon qui est à droite et disparait. Valentine pousse un cri et s'évanouit.)