SCÈNE PREMIÈRE
MADAME DE SAVENAY, paraissant à la porte du fond; CECILE, sortant de l'appartement à droite.
CÉCILE, avec inquiétude. Eh bien! Madame... quelles nouvelles?
M.\DAME DE SAVENAY. Mauvaiscs!.. cc combat a cu lieu!..
CÉCILE. C'est fait de moi!..
MADAME DE SAVENAY. J'iguorc Ics détails... mais il paraît que M. de Saint-André est intervenu dans l'aftaire, et que quelqu'un a été blessé... très-légèrement, il est vrai!.. N'importe... l'éclat est toujours le même... et après un tel événement, malgré tous mes efforts pour vous défendre... et même pour vous croire...
CÉCILE. Quoi! Madame!..
MADAME DE s.wENAY. Tcncz, Cécilc, ne faisons pas de phrases et parlons franchement; il y a encore un moyen de vous sauver, et notre parenté... quoique éloignée... l'intérêt que je vous porte, les calomnies même dont j'ai été l'objet et qu'il est urgent de dissiper... tout me faisait un devoir de tenter un dernier ellort en votre faveur.
CÉCILE, avec impatience. Periiicttez-moi seulement...
LA CALOMNIE
MAiiA.Mi: iJi: SAVF.NAY. EruLitcz iiioi craljord, muis iiic n'pondnz après... ou plutôt il n'y a rien à rôiMjiiflro. M. le marquis de Somiriorvillo, 1(3 pair do Franco, l'onrle du vicomto do Saint-André, arrivait aujourd'hui à Dieppe pour sa s:tnté... ot vous jugez do son indignation on apprenant la conduite do son neveu... car lo nian|uis est religieux et moral!.. Je l'ai beaucoup coinui autrefois!., beaucoup... et enirc gens do tiualité, on s'entend aisément, on parle la mémo langue. 11 a compris comme moi qu'un mariage était indispen.saljlo... il se charge d'y décider son neveu, son seul héritier...
cÉciLK, de nirmr. Mais, Madame...
MADAME DE SAVKNAY. Il clKMcliait pour lui uo richc parti... car le vicomttî est sans fortune... la vôtre est fort belle... la famille consent... moi aussi...
CÉCILE, ne se coiiUnuait jdus. Et moi. Madame... jo refuse.
MADAME DE SAVENAY. .\près coqui s'ost pissé ! ..
CÉCILE. Mais il ne s'est rien pasié... et puisque vous daignez, dites-vous, mo porter quohpic intérêt... quelque amitié... je vous en demande une iircuvo... la plus grande de toutes... emmonoz-moi, parlons d'ici'
MADAME DE SAVENAY. Eli ! quo uo dira-t-o:i pas?..
CÉCILE. Tout co qu'on voudra... pourvu ipie je parte... quo jo m'éloigne...
MADAME DE SAVENAY. il y a dius cclto résoluliou subito quelque nouveau myslèro.
CÉCILE, .\ucun, Madame.
MADAME DE SAVENAY. Si, Madomoiscllo.. . ot commc jc ne veux pas, encore à mon insu, jouer un rôle indigne de moi... j'entends que vous n'ayez plus ni secrets ni restrictions. Il me semble d'ailleurs qu'après tontco que j'ai fait pourvous... j'ai quelques droits à votre confiance... Parlez, ot jc consens à vos demandes... je vous emmène à l'instant mémo.
CÉCILE, avec impatience et douleur. Mais que voulez-vous que jc vous dise?., jc n'ai rien à vous avouer.
MADAME DE SAVENAY. Quoi ! M. do Saiut-.André ?..
CÉCILE. Je ne le connaissais pas; je l'ai vu hier pour la promièro fois; jo n'y ai jamais pensé...
MADAME DE SAVENAY. .\iiisi, VOUS ii'avoz jauiais aimé... vous n'ai^nez personne... vous me le jurez devant Dieu !..
ctcME, a cec embarras. Ah! Madame...
MADAME DE SAVENAY, vivement. C'ost donc vrai!..
CÉCILE, vivement. Ah! lo ciel m'est témoin quo c'est dans ce iiioment seulement que jc vois clair eu mon cœur...
MADAME DE SAVENAY. A la bonuo houro au moins... voilà pulor... pourquoi ne pas l'avoir fait plus lût?..
CÉCILE. Mais c'est que plus tôt, je ne pouvais me rendre compte des sentiments quej 'éprouvais!., il me semblait que c'était de l'amitié, de la reconnaissance... pas autre chose... et copondaut, me défiant de moi-même... je cherchais à combattre, à éloigner ces idées... j'y avais réussi, jo cousenlaîs à me marier... je m'efforçais d'aimer celui qu'on me destinait... Mais quand j'ai vu cpie celui-là aussi, que tout lo monde, que vous-même... vous m'abandonniez!., qu'une seule personne osait me défimdro, me pivtéger et exposer son honneur pour sauver le mien !.. alors, quo vous diraije?.. pénétrée d'estime, d'ad'iiiration , de toudresse... j'ai compris ce quo j'éprouvais potu- lui!., ot loin d'en rougir, il me semblait que cela lui était dû... que j'en étais fière!.. voilà mon crime... si c'en est un... et c'est à vous seule que jo l'aurai confié. Madame... {A demi-voi.v et avec expression.) Jc l'aime !..
MAD>\ME DE SAVENAY. Lui! Haymoiul!..
CÉCILE. Le plus noble... |o plus généreux des h .innii's!..
MADAME DE SAVENAY. Co (pii UO l'a paS OUipèclR^ de SeduilV
une jeune personne confiée à sa garde et à la mienne...
CÉCILE. Non, Madame... il ignore ce que je viens do vous confier...
M\DAME DE SAVENAY. AHo:iS d lil!..
CÉCILE. Il ne s'en doute mèm? pas... il ne le S\ura jamais... (t la preuve, c'estqne jo vous supplie dem'cmmener avec VOUS... de partira l'instant même...