JI
LA PART DU DIABLE
dcli'... un pou riicr... je t'en ai pi-évenu... mais, n'imjidrle, et, qui-'l quj soit le prix qu'il veuillu y mettre, j'ai une grâce... une dernière grice à lui demander.
c.Mii.o. Laquelle?
iiAF.\EL. Ce malin, tu m'avais défendu de regarder, d'approche;' cette jeune fille... ce lutin., et malgré tes menaces...
CARi.o, effrayé. Ah! mon Dieu !..
nAF.\EL. Je n'ai pu résister au charme qui m'entraînait vers elle .. Je suis tombé il ses pieds... j'ai pressé sa main dans la mieuno...
cAnr.o, vivemenl. Et puU...
nAFAEL. Et puis... j'ai promis, j'ai juré... Je me suis vendu au démon : je lui ai vendu mon àme!
CARLO. Est-il possible !
RAFAËL. Tu comprends alors, puisque je lui appartiens a jamais, qu'il ne m'en coûtera pas plus pour l'épouser.
VABGAS, effrayé. Vous, mon élève!..
CARLO, lui faisant si'jne. Tais-toi... [Yaryas s'arrête et se tait.)
RAFAËL. Mais que, fille d'honneur ou fille d'enfer, dona Tliérésa soit ma femme!..
CARLO, avec juie, vargas, avec crainte. Quoi! vous voulez?..
RAFAËL, vivemeut, à Carlo. Un pareil mariage ne peut pas se faire comme un autre, je le sais... mais, par ton pouvoir auprès de Belzéhulh , tu peux arrauger cela de mnnière à cj que cela se fasse eu un clin d'œil, et que personne n'y voie que du feu.
CARLOj vivement. C'est ce que Je veux, et à l'instant même.
SCEiNE IV.
VARfiAS, RAFAËL, LE COMTE MEDR.-VNO, quelques Seigneirs, CARLO.
le comte, à Rafaël. De la part du roi !{f/ remet à Rafaël un papier, puis il s'api)roche (le Carlo, avec qui ilcause vers le fond du théâtre, pendant que Rafaël lil.)
RAFAËL. Ah! mon Dieu!
VAiiGAS, à demi-voix. Qu'avez-vous donc?
RAFAËL, avec joie. Qu'est-ce que je disais?.. Ce mariage dont... je parlais...
VARGAS. Il va se faire?
RAFAËL. Mieux encore... il est fait... L'écriture du roi... {Lisant.) « Vous êtes marié... nous le savons... En con- « séquence, nous entendons que vous habitiez au palais, « et que vous y occupiez uu appartement dès ce soir, avec (I dona Tliérésn, voire femme! » Thérésa... ma femme., le môme appartement. Tu le vois... ce que je désirais, ce que je rêvais tout à l'heure est déjà réalisé.
VARGAS. 0\iand donc?., à quel moment?
RAFAËL. Est-ce que je le sais?.. Mais le roi ne se trompe jamais! Le roi le dit et l'altcste... c'est signé de sa main.
VARGAS. Marié .. sans vous en être aperçu!
RAFAËL. Pourquoi pus?.. Dès qu'on est une fois dans la sorcellerie et la diablerie, tout devient simple et naturel..
UN HUISSIER, annonçant. Le roi! Messieurs.
RAFAËL. Le roi qui sort de la salle du trône, et traverse celte galerie... je vais bien savoir par lui...
CARLO, à part. 0 ciel!.. {Il quitte le comte de Medrano, et les seigneurs qui causaient avec lui, et se rapproche de Rafaël.)
SCKNE V.
VAUGAS, CARLO, LE Rt)!, LE COMTE MEDRAN'O et
PLUSIEURS SEGNEUBS.
FERDINAND, venant de gauche^ et traversant le théâtre.
Oui, comte de Las Torrfcs, nous ferons droit à votre demande... ainsi qu'aux vôtre'?, marquis de lUlbajos. (Apercevant Rafaël, qui s'inc'irte.) Ah! c'est vous, don Rafaël? . Avez-vous reçu de moi...
RAFAËL, lui montrant le papier qu'il lient. Oui, sire!.. Mais, oserai-je demander à Votre Majesté... comment elle a appris cette union...
FERDi.NAND, souriant. Par Carlo, d'abord.,.
RAFAËL, p(o)ine'. Carlo?..
CARLO, « Rafaël Oui, colonel!..
FERDINAND. Et par la reine, qui m'a dit avoir signé k votre contrat, et avoir même, à Notre-Dame-des-Bois, honoré de sa royale présence, ce mariage que nous approuvons!.... [Le roi salue de la main Rafaël, qui est resté stupéfait etMnmobile ; et, traversant la galerie, il entre avec sasuueduns un des appartements à droite.)
SCÉ.NEVL VARGAS, RAFAËL, CARLO.
RAPAEt, hors da lui, égaré, et portant la main à ion front. La reine... qui le tilt... la reine qui, à l'endroit mime où le démonm'estapparu,iiNotre-Dame-des-Bois,.. a été témoin de ce mariage... réel ou fantastique,.. (!'<vemeni, et sortant de ses réflexions.) Mais, après tout, qu'ai-je besoin de comprendre... pour être heureux?.. Et des que je le suis... dès qu'elle est k moi... (/( fait quelques pas pour sortir.)
CARLO, l'arrêtant. Où allez-vous?
RAFAËL. Chercher ma femme... et l'emmener...
CARLO. Permettez...
RAFAËL. Dans notre appartement... Le roi l'a dit... je suis marié... mon mariage est fait, célébré et conclu... la reine l'a vu, le roi l'atteslç.., et toi aussi...
VARGAS. C'est vrai!..
CARLO, à part. Ah! mon Dieu!., cola devient dangereux, et si on ne l'arréle pas ,. si on ne l'empêche pas...
RAFAËL, de même. C'est à moi... c'est mon bien., personne ne peut me le disputer.,, ni m'empèclier d'être son mari !
CARLO, de même, et le retenant toujours. Et moi!..
RAFAËL, de même. Que veux-tu dire?
CARLO, de même. Et ma part?
RAFAËL, de même. Ma femme est h moi seuil
CARLO. A nous deux I,. N 'est-il pas dit, dans notre pacte, que tout ce ipie je te ferai obtenir, nous le partagerons?..
RAFAËL. Passe pour mon intendant.., prends-en la moitié... prends^le tout eutier, si tu veux.., mais ma femme.., c'est autre chose !