‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 185 sur 809 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

LE DUC, SCÔPETtO.

LE Dic, assis, à Scopetto qui ett resté debout devant lui. Que viens-tu faire dans ce p.ly9?

scoPLTTO. J'y demeure. Excellence!.. J'ai pris ilopuis quelque temps une espèce d'auberge dans la montagne!

LE DUC. Et en fait de voyageurs, qui diable peut loger chez toi! . des imbéciles!

SCOPETTO. PliM au ciel! mon auberge serait pleine, et elle est vide... aussi, j'ai envie de changer d'él.il... Vous savez que j'ai toujours eu du goiM pour les arts?

lE DUC. Oui, à l'iiùtel, c'était à ne pas s'entendre... tu ridais de la guitare! comme Figaro... Enchanté de te

rencontrer!., tu avais quelquefois des idées... Je dois donner demain à toute la cour une fête dans mon palais de la Pescara, et je n'ai jamais été mieuï servi que pondant le temps où tu étais de ma maison!

SCOPETTO. Et moi, je n'ai eu d'esprit que pendant ce lemps-là... Il paraît que c'est contagieux et que ça se gagne...

LE DUC, avec bonhomie Alors, tu es un sot de m'avoir quitté!

SCOPETTO. Et le moyen de rester en place!., il n'y a que vous. Monseigneur, qui possédiez ce talent-là... La fixité, c'est le génie!.. Mais nous autres pauvres diables, jouets de tous lesvcuts!

LE DUC, souriant. Il est de fait que tu n'es guère resté à mon service... à peine un mois!

SCOPETTO. Plus, Monseigneur!

LE pue. Non pas .. je possède toutes les dates... C'était (|uelque temps avant le tour que nous a joué ce damné Marco Tcmpesta!

scoi»ETTO. C'est juste!

LE DUC. Lorsque, sous le roi Joachim, je lui ai saisi pour soixante mille francs de marchandises anglaises, que j'ai fait brûler!

SCOPETTO. Et pour lesquelles il osait demander une indemnité.

LE Dic. Que j'ai refusée!

SCOPETTO. Et qu'il a eu l'insolence de vous faire payer!

LE DUC, riant. Oui, parbleu! toute mon argenterie qu'il m'a enlevée... et avec une audace... Ce diner superbe donnéà l'ambassadeur de France... Un supplément de domestiques... vingt-cinq gaillards de bonne mine...

SCOPETTO, riant aussi. Belles livrées!

LE DUC, de même. Belle tenue... c'était un détachement de sa bande.

SCOPETTO. Au moins, a-t-il fait les choses en régie .. et la quittance de ses marchandises bridées qu'il vous a envoyée 1

LE DUC. Oui, la plainsanterie élail bonne... Ça ue l'empècbcra pas d'être pendu, si je le jirends!

SCOPETTO. Et vous le prendrez!

LE DUC. Parbleu! j'en ai reçu l'ordre... et de plus, cinq cent mille piastres, iirovcnant de la dernière prise faite sur lui... Le roi m'ordonne de les employer îi la capture de Marco Tempesta, et à l'eslinction de sa bande !

SCOPETTO. Ah! les cinq ceut mille piastres sont à votre disposition ?

LE DUC. Chez moi... dans mon palais de la Pescara!

SCOPETTO. Et d'aujourd'hui vous entrez en campagne?

LE DUC. Non pas!.. (Voyant Scopetto qui ouvre sa tabatière, il y prend du tabac tout en causant.) Autre chose encore... car c'est le jour aux aventures... (S'arrètanl.) Sai.vtu que tu as là un tabac délicieux et bien supérieur au mien!..

SCOPETTO. Je vais vous dire pourquoi!., c'est que vous, gouverneur de relie province, vous vous adressez à la manufacture royale!

LE DUC. Sans doute !

SCOPETTO. Et nous autres, pauvres dùables, à la contrebande... c'est moius cher et meilleur:

LE DUC. C'est parbleu vrai!.. (À demi-voix) 11 faudra que tu te charges de faire ma provision!

SCOPETTO. Volontiers, Excellence.. Marco Tempesta est facile et accommodant... et en le faisant pendre, vous ferez bien du tort au pays,

LE DUC, prenant une seconde prise. Que m'importe ! le devoir avant tout!

SCOPETTO. Comme VouB dites!.. Mais l'aventure dont parlait Votre Excellence ?..

LE DUC. C'était hier, au bal de la princesse Aldobrandini, que je dois recevoir demain chez moi, un beau masque m'a donné rendez-vous aujourd'hui au presbytère de la montagne, pour un secret important!

LA SIRÈNE

SCOPKTTO. Quelque lionne forlunc!

LE Di'c, avec fittuilc. Cela m'en a l'ail!..

SCOPKTTO. Je no sais comment Volro Excellence peut sulTiro à tant il'iulrigues!

LEDUC. Ahl nous autre horttmes (l*Etat... Mais mes instants sont complés... et je trouve qu'on mo fait lùin attcnilrc ! [En ce moment, on jolte par la fenétr» uni hllre attachée à une pierre.)

s-copiTTù, ramassant la /«fJM. Votre Eiccllerirc n'a qu'à p.irl.r [lonr c^tre oboiel {Uiatit l'adresif.) « A M. le duc (I de Poiioli, gouverneur des Alirnzzcs. »

LE vvc, souriant Ali! ali I Lis-moi i"e'n,<ifO|icllo... car depuis que la mode nou» oltll|ie ;i avoir la vue basse, c'est giînant en diable!.. Ltt «Ignnlurc d'abord.,. Il n'y en a 1 as, sans doute ?

scoPETTo, qui a oitiHft Id llltrOi Si vraiment! Sijjtié

L\ SinÈ.NE.

LE DUC. La sir; ne t.. «elle njmiillO invisillls,!. celle voix mystéiicusc .. Mol ((Ui ttl toujours atloié la musique .. Je t'é.oute, Scoiietlol

SCOPETTO, lisant. « MnnScîgticili' , votrd frire aîné, « Odoard de Poiioli, déseliliériint do séduire Imc jeune llllo « djs .\bruzzes, fthiria Vorgiinl, dont il ilait anieureuS, (( voulut la tromper pir il» fauJ m.irlage.

LE DUC, se balançant mrson fauteuil. Eli bien ! qu'istcc que cela nu fail !

SCOPETTO, contiriuanf, « L« fr'iion niiqu-l il s'adressa, « bonnèle bomnie par spi'cubition, aniciin, «uns lui en rieu (I dire, un vrai pr(^lre, iIb Vrais Ifniolns... et cet acte, (( bien en forme, dont Ja mort l'a enipôclié de ^irolilcr... « je l'ai retrouvé... il eut dans mes iiluUis.

LE DUC. Qu'est-ce à dire'

scoPETTO,co)i(<Hi((inf. kSIJb l8pulille..i 8nqnel((i:e l'eu « qu'existent Mariîl Vergani ou lc9 siens, ils viendront i< vous rodemanJcf le tilre du (lue de l'opoli ct..'a for- « tune, qu'on eiillDiD, (llt'OH » h J)Ul»leUr« millions de « piastres.

LE Dic, mec ro?^re. Pirmeticil iinrhulliz'..

SCOPETTO, conKniinnr u Nous pouvons nous entendre « à meilleur marcli(^, sans compter le litre qui voU» feSlcra.

LE DUC Qu'enlend-on par làt

scopiTTO, coïKiMiiaiif. c( je vous remgllrai cet acte, d'oi'i (I dépend votre sort, on écliange des cinq cc'nl mille « piastres que vous retenez injustement à Marco Tempesla (( et Compagnie, négiji-'ianls, à la condition que vous m'ap- <r porterez vous-même cette somme en b.llets de banque « <le Naplcs, ce soir, ineuf beures, à la Pielra Ncia, où « je vous attendrai...

« Signé l.* Sirène.

(I Post-scriptum. Je suis prés de vous,ct j'altcads votre « réiionse. »

LE DUC. Voilà une audacieuse et infernale sirène!

SCOPETTO. Qui ne ressemble guère à celle qic vousesiiéricz!

LE DUC, lentement, à Soopetto Ton idée là-dessus'?

SCOPETTO, de même. La vôtre, Monsei.irneur I

LE DUC, s'appiiijunt sur l'épaule de Scopelto et regardant la fenêtre. As-tu fait, comme moi, attention à ces mots : Je suis prés de voas?

SCOPETTO. Cela veut dire qu'on n'est pas loin !

LE DUC. Sans doute I.. Mais l'acte dont elle nous menace!..

SCOPETTO, froidement. N'est peut-êlro pas vrai.

LE DUC. Et s'il l'était!

SCOPETTO, de même. Avec votre coup d'œil de lynx, c'est à vous do vous en assurer., et s'il est authentique et bien en régie... ce n'est pas trop cher pour vou-:.

LE DUC, acec colère. Cinq cent mille piastres !

SCOPETTO. Puisque vous les avez chez vous, dans votre palais!..

LE DUC. D'accord ! mais j j ne les aurai plus.

scrpETTO. Vous connaissez mieux que moi la valeur des

choses... et si vous préférez perdre le titre de duc et la foi lune de votre frère...

LE DUC. Eh! non... d'autant que celte Maria Vergani, dont mon frère était amoureux, je me la rappelle parfaitement... Belle brune, ma foi; mais elle s'est éloignée. . Ecoule, Scopelto, il faut ici de la diplomatie!.. Tu as del'espilt, de l'activité... il faut qu'à tout prix tu me tiouves Maria Vergani, qui ne soupçonne rien encore de cette fâcheuse aflairp.,. Si elle et les siens n'existent plus, je me moque de la sirène, comme*!...

6CUPETT0. Elle chantait,

LE DUC. Tu l'as dit... {Regarianl Scopelto en riant.) Il a de l'esprit... Si, au contraire, les Vergani existent encore, tu tâcheras, par les promesses, par l'espoir d'un polit cap t.il, ou |illitdl par des rentes viagères, d'obtenir leur départ nu IcUf silence.. , Tu comiirends?

scopETin. Que tout cela prendra desmois et dos année.;, et que Ce loir, k neuf heures, la sirène vous attend, ou sinon...

LE DliC,i'i'ueffl«tW. j'irai! j'irai!

scdPEtTO, froidement. Et moi aussi!

LE DUC, lui serrant li mn<n. je te remercie. . Mais d'ici là, si nous pouvions tl'OtiVor & nous deux...

BCOPETTO. Quoi donc?

LE DUC. Quelque combltîftlsotl tllplomatiquo pour no rcn payer, et attirer, nu contraire, lu sirène dans le pxgc!

SCOPKTTO, froidement. C'est UDe au'ro idée!

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