‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 248 sur 809 · MATHILDE, MADAME DE LINSBOURC · texte numérisé non relu

MATHILDE, MADAME DE LINSBOURC

MADAME DE LiNSBOuiic, à MalhUde. Maintenant lu peux tout m'avoiier; j'ai bien deviné à ton emliari'as que c'était lui.

MATHILDE. Qui clOttC?

MADAME DE LixsBOURC. Tou cousiu, quc tu aiuics.

MATHILDE. Olivier! mais non, je vous as.surc.

MADAME DE LiNSBOiRG. Commeutj Mademoiselle, ce n'est pas ce pauvre garçon ?

MATHILDE. Et poui'quoi voulcz-vous quc ce soit lui"?

MADAME DE iiNSBOuRG. Parcc que, des cousins, c'est tout naturel, c'est l'usage; du moins, de mon temps, c'était ainsi; mais maintenant qu'on a tout cliangi;... Enfin, vous aimez quelqu'un, et je veux savoir...

MATHILDE, /uiprenanJ /o main. Eli bien! ma tante, c'est vrai, ou du nioinsj'ai cru un moment... mais ne me demandez pas son nom, je ne puis vous le dire ; je ne le reverrai sans doute jamais.

MADAME DE LLNSBOURG. Et lU }' pCUSCraS tOUJOUPS?

MATHILDE. Non ; j'espère l'oublier tout à fait. J'ai déjà commencé; car cette union était impossible, en supposant qu'il se fût occupé de moi; vous savez que mon tuteur n'aurait jamais consenti à me marier à un jeune homme; il me l'avait déclaré. [En confidence.) 11 a les jeunes gens en horreur.

MADAME DE LiNSBOUBG. C'cst CG que Je disiiis tout ;\ l'heure, la maison la plus ennuyeuse...

MATHILDE. Et pour étro plus sûr de son l'ait, tous ceuxqu'il recevait avaient au moins soixante et dix ans.

MADAME DE Li^SDoi'RG. Miséricorde! des Lovelaces du temps de Frédéric-Guillaume; et c'est parmi ces antiquités (|ue tu as choisi un mari'?

M.MUiLDE, soupirant. Que vnulez-vous? il a bien fallu... j'ai choisi le plus jeune; M. de Bruschal n'a que soixante ans.

MADAME DE LiNSPOrRC, ironiquement. Que soixante ans! oh! je con(;uis qu'il a dû te paraître nu petit élourili !

M.vTHiLDE, souriant. Pas tout à fait; mais il est si bdU, si aimable...

Air : Ils sont les mieux places {ila l'Artiste). Jamais il ne se fiche.

Et toujours il sourit :

Lorsqu'à plaire il s'attache.

Que (le i^rAce et d'esprit!

En parlant il fait môme

Oublier qu'il est vieux...

Et ie crois que je l'aime Quand je ferme les yeux^

Dès le premier jour il avait deviné mi situation; ses regards me suivaient avec un intérêt si teiiilre; que vous dirai-je? la maison de mou tuti'ur m'itait devenue insupportable; je savais que le mariage seul pouvait m'aiTraiicliir de cet esclavage, et lorsque .M. de Bruchs il se proposaje l'acceptai avec reconnaissance.

MADAME HE LiNSBOURG. C'cst ccla, je m'en doutais, un mariage de désespoir.

MATHILDE. Maisdu tout, ma tante; je vous jure que je serai très-heureuse.

MADAME DE LiNsiioLRG. Très-hourciise; c'est que tu ne .^ais pas... c'est que tu ne peux pas savoir...

M.vTHiLDE. Quoi douc, mi tantj?

MADAME DE LiNSBOURG, à part. F'auvre petite ! à son ûgc, j'aurais dit comme elle. [Haut.) Songe donc, mon enfant, un mari de soixante ans! et qui a la goutte peut-être pnr-dessus le marche.

MATHILDE. MaiS...

Madame de linsbol'rg. C'est clair; ils l'ont tous.

MATHILDE. Il ne me l'a pas dit.

madame DE LiNsnoLiiG. Est-cc qu'oii dit ces choseslà; comme ce serait gracieux pour moi ! au lieu d'un neveu leste et vif qui me donne la main, c'est moi qui serais obligée de lui donner le bras.

.\m : Amis, voici la riante semaine.

A cet huiien, ma nièce, je m'oppose.

Et la vertu te le défend aussi ; Tu ne sais pas ii quel risque on s'expose, Lorsque l'un prend un viiùllard pour mari : Que de périls nienaront une bi'lle!

Que de faux pas, quand on n'a, mon enfant, Pour soutenir la vertu qui chancelle, Qu'un vieil époux qui peut en faire autant.

Ainsi n'y pensons plus.

MATHILDE. Ma tante!..

jiadame de LINSBOURC. Plus tard nous causerons de tes amours et du bel inconnu; l'impoitant niuintenaut est de rompre ce mariage ridicule.

M.\THiLDE. Le rompre! ô ciel! matante, que ditesvous? quand tout est signé, que tout est prêt pour la cérémonie.

MADAME DE LISSBOURG. PcU impOrtC !

MATHILDE. L'affliger, le désespérer, lui qui estsi bon! MADAME DE LiNSBOLRG. Je l'cxigc, ma Tiiècc, ou je ne vous revois de ma vie.

AiR : Non, non, je ne partirai pas (de la Batelière).

Il faut rompre de pareils nœuds.

Ou je quitte à l'instant ces lieux !..

MATHILDE

Calmez votre colère.,.

MADAME DE LIN.SBOI'RG.

Non... je renonce à vuus.

Et je pars pour ma terre S'il devient votre époux.

Lui!., voire époux [bis )

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