‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 257 sur 809 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

MICHEL, ensuite VICTOR, qui entre au moment où Michel regarde par la fenêtre.

MICHEL, wuL C'est donc pour cela qu'il m'a trompe, qu'il m'a éloigné ; il craignait ma vue et mes reproches. [Regardant par la fenêtre.) .\h! mon Dieu, oui' ce tapage, ce monde qui se presse, ces pauvres qui encombrent la riii^ ; et sur toutes les physionomies cet air triste el lugubre; c'est bien une noce; ah! mon Dieu, le voilà, le voilà qui moule en carrosse, je ne vois que son dosj mais c'est bien lui, rien qu'à son habit brun

LE VIEUX MARI

et sa perruque, je le reconnaîtrais entre mille ! il n'y a plus à en douter!

VICTOR, à part, après avoir regardé par la fincire. Bon! les voilà partis; nous sommes sauvés!

MICHEL. Je ne sais pas si c'est l'idée; il me semble déjà maigri et rapetissé.

VICTOR, le saluant. N'est-ce pasà monsieur Michelque j'ai riionneur de parler?

MicnEL. Lui-même. Que me veut encore celui-là?

VICTOR. C'est moi qui, en votre absence, occupais, par intérim, la place de valet de chambre.

MICHEL. Un nouveau domestique!., et nn jeune homme encore! je vous dis que, quand je ne suis pas là, il ne fait que des étuurdcries, et je n'aurais jamais dû le quitter, surtout depuis sa dernière maladie; car, il a beau dire, sa tète n'est plus la même; et on aura profité de sa faiblesse, de son inexpérience, pour le sacrifier.

VICTOR. Y pensez-vous? une femme charmante!

MICHEL. Raison de plus! mon pauvre maître, un si brave homme! un si honnête homme! quelle perte j'ai faite là!

VICTOR. Un instant, il n'est pas encore défunt.

MICHEL. C'est tout comme... il n'en vaut guère mieux ; et je ne pourrai jamais me faire à le voir marié; c'est plus fort que moi; lui qui me répétait, il n'y a pas encore dix ans : « Tiens, mon vieux Michel, ne « nous marions jamais, nous en serons plus heureux, « nous vieillirons ensemble. » Et après trente ans de service, voir arriver une femme! eumnie ça va tout clianger, tout boulevereer; il ne m'uljéira plus, d'abord, c'e.îtsùr. {S'essuyant les yeux.) Enfin, puisque c'est sans remède, je vais toujours me rendre à la cérémonie, pour assister...

VICTOR, à part. Ah ! diable! {Haut.) Y pensez-vous ? dans ce costume? quand tous ses gens ont des livrées neuves, vous allez faire scandale.

MICHEL. C'est justc,c'estjuste, l'étiquette avant tout; quelle que soit la conduite de Monsieur envers moi, il faut encore lui faire honneur; je vais mettre mes plus beaux habits. [Sanglotant et reprenant sa valise.) Je vais aussi préparer mon bouipiet et mon compliment; mon pauvre maître! (A Victor.) Où sont les chambres de domestiques, Monsieur?

VICTOR, le poussant et lui montrant la porte à droite. Au quatrième, de ce côté; allez vite, car la cérémonie doit être avancée.

MICHEL, sortant. Ah! c'est un coup dont je ne me relèverai pas! ni Monsieur non plus! {Il sort. On entend le bruit d'une voiture qui entre dans la cour.)

VICTOR, sc»^ Dieu merci, nous en voilà débarrassés ; il était temps... j'ai entendu une voiture entrer dans la cour et je tremblais. {Il regarde par la fenêtre.) Eli mais! ce n'est pas de la noce! un landau de voyage! des chevaux de poste... ah! mon Dieu! quoique je ne l'aie jamais vu, rien qu'au costume, c'est notre oncle, j'en suis sûr; le voilà qui monte; ma fui, laissons-le s'en tirer comme il |)ourra, et courons rejoindre mon maître. {Il sort de côté.)

Page 1