SCÈNE IX, MADAME DE CÉSANNE, YELVA
MADAME DE CÉSANNE, remarquant sa surprise. Oui , c'est moi ; c'est la belle-mère, c'est l'amie d'.Mfred que tu ne t'attendais pas à voir en ce moment.
YELVA, Im montrant sa parure de mariée, lui fait connaître par ses gestes, que son mariage est pour aujourd'hui.
MADAME DE CÉSANNE, doulourcttsement . 11 est dune vrai!., c'est aujourd'hui, c'est ce matin même que ce mariage a lieu!.... et déjà te voilà parée; je craignais d'arriver trop tard.
YELVA. par gestes. Vous voilà, je suis trop heureuse. {Elle lui baise les mains : madame de Césanne détourne la tête , et Yelva lui dit par ses gestes :) « Qu'acezvous?Quel chagrin vousafflige le jour de mon bonheur? «
MADAME DE CÉSANNE, reyurdanl autour d'elle avec inquiétude. Et Alfred, où est-il?
YELVA, par gestes. Il est sorti; mais il reviendra bientôt, je l'espère.
MADAMEDE CÉSANNE. Tu cs sculc, jc puis douc tc parler avec franchise, jc puis donc t'ouvrir mon rieur : écoute-uioi, Yilvii... Orpheline et sans protecteur, lu allais périr siu' celte lerre gl icée, oii l'on t'avait ah tndoiiiiée, lorsque M. de Césaune, lorsque niiiu mari a daigné le recueillir, t'a amenée eu France, ta [iré-
YELVA.
scntcc à moi, comme un second enfant que lui envoyait lu Pi'uvidniro . et Ui sais si j'ai rempli les nuiivcaux ilcvoirs qu'elle m'imposait. (Yclca lui bai'sc la main.) Je ne m'en fais |ius un nierile; ta ten lirsse ine payait demessoins. Maissi nons t'avons Irailée cummo notre enfant, comme noire fille; si nul saeriliee ne nous a coûte; peut-être avons-nous le droit de feu demander un à noire tour.
ïELVA, par gestes. Parlez, achevez... je suis prc'te à tout.
MADAME DE CIîsA^^E. Jc vais le révéler un secret bien tcrrilile, puisque mon mari eût mieux aimé périr que de le confier même à son fils... Le désir d'anu:menler SCS ricliesses, de 1 dsïcr un jour à ses enfants inir l'ortune proportionnée à leur naissance, a entraîné M. de Césanne dans des entreprises liusaricuses, dans île fausses spéeidalions; et malgi'é son idre et ses dignités, malgré le rang qu'il occupe dans le monde, il est déi-lionoré, il est perdu sans retour, si quelque ami généreux n;: vient jias à son aide.
YELVA, par gestes. Grands diyux!
MADAME PECÈSANN'E. 11 S tMi préscntc un, Ic comtc de
Leczinski, un nolde polonais Autrefois, et quand
nos troupes oceu|iaient Wilna, mon mari lui a rendu de grands services, a préservé du pdiage des léei.s immenses, qu'il nous offre aujourd'hui, aiuii i\w s n\ alliance!.. Oui, il nous propose sa fille, l'uni |ue héritière de toute ra forlunc Qu'.\'fred l'épouse, et
Son père est sauvé. {Mouvement de surprise cl de duuhur d'Yelva.) C'était là le plus ilier de nos vœux et noire seule cspéiancc ; mius (piand Alfred eut déclaré à son père qu'il t'adorait, qu'il ne voulait épouscrque toi, qu'il nous fuirait à jamais, plutôt (pie d'être à une nuire, mon mari a gardé le silence, il lui a donné sou con^en'.emenl, et, retiré loin d'ici, il voulait luimême, etavantque son déshonneur fût puldic, metlru fin à son cxis:eiiec; c'est moi qui ai retenu soutiras, qui ai ranimi' son courage; je l'ai supplié du moins d'attendre non retour, car il me restait un espoir; cet espoir, Yelva, c'était toi; décide niaintenint.
VEi.vA, par (/.■,«/(•.<, et dans le plus grand désespoir. Ah! (jif me demandez-vous?
MADAME DE CÉSASNE.
.\iB d'Aristippe.
De toi j'attends l'airùt supromo Qui doit nous iHMilio ou Ijion nous sauver tous;
Hélas! ce n'est pas pour moi-iiiiîmo, C'est pour la vie et l'iioiineur d'un époux, Qu'en ro moment je suis à les genoux.
C'est lui. c'est s:i main tutélaiie Qui piotégea tes jours proscrits ; El ((uanil par lui lu retrouvas un pèro. Voudrais-tu lui ravir son fils?
{Elle tombe aux genoux d' Yelva]
YELVA, hors d'elle-même, la relève, la presse contre son cmir, lui jure cpt'il n'y a point de sacrifice qu'elle ne soit prête à lui faire : et détachant le bouquet, ainsi ([ue la couronne et le voile (jui étaient .nir sa tète, elle semble lui dire : « Vous le voyez, je renonce à /te'.,. « je renonce à tout... soyez h"ureuse,.. mais il n'y a « plus de bonheur pour moi. »
MADAME DE CÉSANNE. Yclva, ma chèrc Yclva, jc n'attendais pas moins de ti générosité ; mais tu ne sais pas encore à quoi tu t'engages, tu ne suis pas jusqu'où va le sacrifice que j'attends de toi... Il ne suffit pas de renoncer à Alfred, il faut le fuir k l'instant même; car tu connais si tendresse, et s'il ne te croit pas perdue pour lui, nul pouvoir au monde ne ledé-
cid.M-ait à t'abandomicr... Pardon, c'est trop exiger, je le vois, tu |ieu\ renouer au Ijoiilieur, mai^ non à son amour ; tu n'auras pis ce cotiragi:.
YELVA, par (j'strs. Si... j'en mourrai jiett'.-ctre... maii cette vie qw j'abandonne... je v:jus la dois... et alors nous serons quilles.
MADAME DE cl;s^^^E, la serrant dans ses bras. 11 serait vrai!., mon enfant! nialille! {Yelva, àcemot, détourne il tète en sanglotant.) 0 li, ma fi'le; qui plus que toi méritait ce litre, qu ; j'aurais été trop heureuse de pouvoir te donner? niais il te restera du moins le cœur et la tendresse d'une mère; je partagerai tes chagrins, je, sécherai les larmes, je ne le quitterai plus, nous partons ensemble. (In vient. [TroulAe d'Yelva ) Il faut partir; mais par celt'' [lorle... {.Montrait celle du fond.) Si Alfred allait iiou.i reiicontn'r.
YELVA, lui monlranl la chambre a gauJic, lui fait si'jne qu'il y a un autre escalier.
MADAME DE CÉSANNE. Oui, jc oaipreiuls, une aulre issue, éloigiions-ni'us...
YEi.vA fait entendre à madame de Césanne qu'elle i st décidée à partir; mais elle va prendre le médaillon qui est sur la tabi', et le presse contre ses lèvres.
MADAME DE CESAN.NE. Le porirait (le ta mère... Tu nu veux pas autre chose... (Vendant qir madame de Césann" va à la porte du fnid, pour s'assurer que personne ne vient encore, Yelva aperçoit son bowpi't de mariée qu'elle a jeté à terre, elle le ramasse, le regarde tri.-lcmnt, le met dans son sein avec le médaidon de sa mère. En ce moment on entend du bruit ii la porte du fond; on met la clé dans la serrure, madame de Céstnne entraîne Yelva, qui semble dire un dernier adi'u a Inul ce qui l'environne, et qui disparait par la put te a ij luclie.)