REPRISE DU DIO
PHILIPPE
Non, non, tu ne fus point coupable!
Pardonne un injuste soupçon; Mais le sort fatal qui m'aci-abie Trouble mes sens et ma raison.
LEOCADIE.
0 vous que j'implore à gemiux.
Mon Dieu, mon Dieu, protégLZ-noiis!
PHILIPPE, la soutenan'. Léocadie, ma sœur nous ne nous quitterons plus, je n'existe maintenant que pour la vengeance; je connaîtrai ton ravisseur; quel qu'il soit, je le fra|iperai.
LEOCADIE. Philippe! mon frère!
PHILIPPE. Oui, les peines, les fatigues, les dangers, rien
LEOGADIE.
ne nu coulera iiour le découvrir, et j'y parviendrai. Le moindre indice nous mène -.oiivcnt à la vérité ; ul ce médaillon dont tu parlais tout à l'heure, je veux le voir.
I.ÉOCADIE, le défaisant de son cou. Le voici! Mais hélas! il ne l'apprendra rien.
PHILIPPE. N'importe, donne. {Ouvrant le médaillon.) Que vois-je'î un portrait de femme !
LKOCADiE. Oui, une t'umnic jeune et belle.
PHILIPPE. Dont les traits me sont inconnus, .\insi la fortune traliit encore mon espoir, et dérobe ma vicliniL'.
LÉoc.^DiE. Ou vient, c'est Monseigneur! {Elle cache le portrait.)
Les PRÉCÉDENTS, DON CARLOS.
DON CARLOS. Ah! le voilà, mon cher Philippe; j'ai bien des nouvelles à l'annoncer, et j'ai voulu le les apprendre moi-même.
PHILIPPE. Je ne sois comment vous remercier de vos bontés, mon colonel ; mais vous me connaissez, et vous savez que depuis longtemps ma vie est ft vous.
DON CAHLOS. Tu me l'as trop bien prouvé, pour que je puisse l'ignorer. J'ai fait venir Crespo, l'alcade, qui a manqué mo mettre en colère, quoique je n'en eusse guère envie!.. Croirais-tu qu'il u'a jamais voulu me dire pour quelle raison il te refusait sa nièce '?
PHILIPPE. C'est un honnête homme, mon colonel.
DON CARLOS. Oui, mais c'est un obstiné; et il s'adressait mal, car j'avais décidé, moi, qu'il donnerait sou consentement. Qui s'oppose il ce mariage? lui ai-je dit; le grade de Philippe? je viens de le faire SMUs-lieutonant.
PHILIPPE, avec joie. Quoi, mon colonel!..
DON CARLOS. 11 m'a sauvé la vie, et dés aujourd'hui je me charge de sa fortune. Enlin, d'un air embarrassé, il m'a répondu : Philippe connaissait le motif île mon refus; eh bien! pourvu que l*3ul reste entre nous deux, je donne mou consentement.
PHILIPPE. Comment! il se pourrait!
DON CARLOS. C'est ce soir, à sept heures, que vous serez mariés. En attendant, Fernand, mon beau-frère, nous donne ce matin une fête charmante sur les bords du Tage ; le fleuve est couvert de barques et de gondoles préparées par ses ordres; mais il a manqué me cberolier querelle quandilaappris que la cérémonie était relardée dequelques heures; il est vrai que j'avais bien mes intentions. Tune sais pas... Je vais peut-être aussi me marier.
PHILIPPE. Vous, colonel?
LEOCADiE, à part. 0 ciel!..
DON CARLOS. Oui ; j'ai été de trop bonne heure maiire de moi-même et de ma fortune. Dans ma première jeunesse, j'ai été l'esclave d'abord de mes passions, plus tard de celles des autres. Des idées de grandeur ou d'ambition ont occupé tous mes instants. Mais aujourd'hui, désabusé du monde, je neveux plus vivre que pour moi-même et pour mes amis. Voilà longtemps que je suis riche, je voudrais me retirer au sein de celle retraite, auprès d'une épouse aimable, qui m'apportât en dot non une forlune dont je n'ai que faire, mais des qualités plus nécessaires à mon bonheur. Eh bien ! Philippe, cette compagne de mon choix, je l'ai enfin trouvée : douce, bonne, aimante, et de plus d'une noble famille. Ma sœur pouvait seule peut-être blà- Dur un pareil projet; je lui en ai fait part; et ce n'est pas, ni'a-t-elle dit, quand je viens d'assurer son bonheur et celui de Fernand, qu'elle voudrait s'opposer au mien. Je puis donc épouser celle que j'aime.
PHILIPPE. Que dites-vous?
DON CARLOS, Je viens te demander la sœur en mariage. Veux-tu me la donner?
MORCEAU D'ENSEMlil.i:
LEOCADIE.
Grand Dieu!
PHILIPPE
Malheureux que je suis!
(.1 Carlos.) Si vous saviez quel destin est le nôtre?. Accablez-moi de vos méiiris...
(Si' jetant à genoux ) Mon colonel, je ne le puis!
DON CARLOS
0 ciel!
(Froidement.) Je te comprends, t;i .soeur en aime un autre !
LÉOCADIE
Moi ! jamais; et pourt;int la foi tune jalouse M'interdit pour toujours le nom de votre épouse,
DON CARLOS
Parlez. Il faut me découvrir Ce secret, dussé-je en mourir.
LÉOCADIE
Je ne le puis...