‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 390 sur 809 · SCENE .\V · texte numérisé non relu

SCENE .\V

DAUMENTIÈRES, AUTIIUR. assis à gauche dit théâtre, AGATHE, assise à droite.

DARMEMiÈRES, les regardant après un initant de silence. Les voilà tous malades à présent, et c'est moi, c'est le médecin qu'on accuse; c'est toujours comme ça quand nous ne réussissons pas.

AiiTHiiR, se levant. N'ai-je pas raison? vous m'empêchez de partir, vous me rendez encore pins amoureux que je n'étais.

AGATHE, se levant. Et quand mon père a consenti à notre mariage, c'est vous qui l'en dissuadez, qui le faites manquer i sa parole.

DARMENTiÈRES , entre eiiit. Qu'est-ce que je ilisais? il n'y a rien d'ingrat comme les mal nies à qui on a sanvé la vie ; car les autres, ils sont bien plus raisonnables, ils ne disent rien. (A Arthur.) Est-ce (pie je pouvais vous laisser contracter une pareille union? (.1 Aynlhe.) Est-ce qnc Vous-même vous l'auiiez voulu, si vous aviez su...

AGATHE ET ARTHUR. Quoi donc?

darmentières. Que demain pent-ètre, dans cette maison, la ruine, la misère, le déshonneur...

AGATHE. Que dites-vous?

DARMENT1IÏIIES. Oui, volUi le secret que votre père vous c.icliait, et que moi seul avais découvert; forcé do déclarer sa honte, de suspendre ses paiements...

AGATHE ET ARTHUR. 0 ciel !

DARMENTiÉREs. C'est co mal-là qui le conduisait au tombeau et dont j'espérais le guérir ; mais tout est perdu, g àcc à Monsieur qui s'en va comme un fou et sans demander conseil, disposer de toute sa fortune. Que diable! Monsieur, qnand on est malade, on ne fait rien sans consulter sou médecin.

ARTHUR. Eh I morbleu!..

DARMENTIÉRES. Il uc s'agit pas ici dc disputer, mais de s'entendre et dc voir s'il n'y aurait pas qnebpies moyens...

ARTHUR. Il n'y a plus d'espoir, [.\gathe s'éloiyne.)

DARMENTIÉRES. Tant mieux ; c'est dans ces cas-l;i iiuc l.i médecine triomphe. Voyons un peu; ;i qui avez vous légué, donné, abiuidonno cette fortune?

ARTHUR. A qui? ù ma famille; et comme je n'ai (pi'une seule parente ..

DARMENTIÉRES. Votre tautc, niislress Dcriington?

ARTHUR. Ell'-niême.

DARiHNTiÈRES. Par E^f ula|je ! elle ne rendra rien, c,ir elle aime l'argent autant qu'elle vous déteste.

AGATHE, qui avait remonté le théâtre et regardé nu fond, redeeend entre eux. Ne restez pas en ce magasin ; passez lï chez mon père, car voici du monde ; celte dame qui est venue acheter ce matin ici pendant que vous y étiez.

DARMENTIÉRES. La robc rose?

AGATII1-. Oui, j'ai reconnu si voiture qui s'arrêtait â la porte.

DAHMtNTiÈRES, ('( .Irtliur. G'cst votie tante.

AGATHi;. Je vais la recevoir

DARMENTIÉRES. Kou , Dou , c'cst moi quo ccla regarde; rentrez, rentrez tous deux ; laissez-moi avec elle.

ARnuR El pourquoi?

DARMENTIÉRES. Je 11.; déjcspcrc pas encore, parce quo le talent, la science du médec'n, et puis la nature, la nature qui vient si souvent à notre aide ; c:.fin , laissez-moi , nous venons : aux grands maux les grands remèdes. [Agathe et .Irlhur s irtent par la porte à droite )

LA MÉDECINE SANS MliOECIN.

IW

SCIÎM' XVI.

WISTRESS BEllLINGTON, DAHMENTIÈRES.

siisinEss DEnLiNGTON. Eli bien! iicrsoiiiic en ce magasin! uli ! si viMiiiientl vous^doclcur! vous (|iie j'y retrouve encore! c'est un coup du ciel!

BAnjiENïiÈuES. Et pourquoi donc?

MisTKEss BEnLtNGTON. Je n'ai jamais élé si contente, si Iienrcuse; depuis que je tous ai vu, il vient de m'arriver une t'orti.ine immense, et vous verrez, j'ai déjà une foule d'idées admirables : je change mon coupé et mes chevaux, je renouvelle loutesles tentures de mon liold, et vous allez m'aider à choisir dos étolTes; je veux ce qu'il y a île plu; beau, de plus ridie, de iilus... Tenez, le ravissement où je suis me produit un tel cfTet qr.c je ne peux pas parler, ça me coupe la respiration.

DAnMENTiÈBEs, froidement , J'attendrai alors que vous ayez r^spiié pour savoir d'où vous vient cet accroissement de ricliGsse.

siisTRESs BEiil-lxoTos. De mon neVoU, désir Arthur, (|tti me donne tous ses biens.

liAiiMEXTiÉnEs. Et ;l quel propos?

MiïTnEss DEnLiNGTON. Je n'en sais rien, mais cela est... [lAnMENiiÉnEs. Laissez donc! à son -Igc! une telle donation pourrait bi.n être révocable.

MisTREss BERLiNCTON. J'en doute ; mais ce qui ne peut pas l'être, c'est la renonciation qu'il fait à ses droits dans le piocés qu'il avait gagné. Tenez, docteur, tenez, voyez plulôl, je l'ai déjà montrée à mon avoué, qui m'a assuré i|u'it n'y avait pas à revenir sur un pareil titre.

DARMENTiÈnEs, prenant le papier, à part. Diable! si l'avoué y a passé, cela va mal. (Parcourant la lettre à voix basse.) Hum, hum, hnni,l'iniprudeijl! tousses biens, tant en Erance qu'en Angleterre. (.Ic/icrnii^rfc /ire.) «Eni< lin, le doniaine de Cerwood, où je suis né, et que je me « reproche de u'avoirpresquo jamais habite. Aussi, eldaus « l'Intel et du pays, je ne mels qu'une condition expresse « et formelle à la présente donation, c'est que ma tante (( lia sj fixer dans ce chileau, et y fera tout le bien que « je réglette de n'avoir pu y laire... » Le domaine de Cciwcod ; j'en ai souvent entendu parler; c'est, je crois, en Ecosse.

MisTRESS DERLiNGTÔx. Daiis les mnniagnos et au bord d'un lac; un ch'Ueau admirable par sa situation.

D.iRMENTlÉIlES. En Écosse'?

MISTIIESS BERLINGTON. Oui, doclour.

DARUE.MiÈnES Daus les monlagues?

MISTRESS BERLINGTON. 0ui,d0Cteur.

DARiiEXTiÉRES. Et au bord d'un lac'?

MISTRESS BEREiNGTOx. Certaiiienunt.

lïipic!..

DAHMEXTiÉUES. Et vous ircz en jouir

MISTRESS BERLINGTON. Il le faiit biOl:

DARMENTiÈRES. PauvTé femme fraîche !..

MISTRESS BERLINGTON, Qu'csl-ce que signifi vous.

DARMENTIÈRES. Rieu ! mais avant que vous partie? je vous prie de recevoir mes adieux, les adieux d'un ami qui vous était sincèrement attaché.

MISTRESS BERLINGTON. Et à pcopos de quoi, doctcur?

DARMENTIÈRES. Vous me le demandez, lorsque avant un an peut-être...

MISTRESS BERLINGTON. 0 Ciel !

DARMENTIÈRES, Est-ce quc je ne vous ai pas envoyée, l'année dernière, en Italie et dans le midi de la France?

MISTRESS BERLINGTON. Eh bien'?

DARMENTIÈRES. Eh bien! vous, à qui il faut un pays chaud, un pays sec, vous allez vous ensevelir dans les montai;nes d'Éeosse, au milieu des vapeurs, des nuages, des brouillards; je no vous donne pas un an à vivre.

une vue niagm-

si jeune encore et si ;?.. expliqucz-

MLsTREss BEBLisoroN, effrayi'e. Ociell I Vivement.) Je n'irai pas ! docteur, je n'irai pas ! je vous le promets.

DARMENTIÈRES. Et alors Celte donation est nulle, car elle porte formellement l'obligation d'aller dans ce iiays et d'y résider.

MISTRESS BERLINGTON. C'est vrai; eh bien! alors, j'irai, j'irai avec un médecin, un bon médecin; vous viendrez avec moi, docteur, vous ne m'abandiuinerez pas.

DARMENTIÈRES. Votre serTileiir; pour être médecin, on n'est pas assuré contre une mort eertaino.

MISTRESS BERLINGTON, avcc cffrui. Gland Dieu!., vous croyez?

HARMEXTiÈRES. 'V'ous la Irouvciiz là, à poste fixe, au bord du lac; elle n'en bouge pas.

MISTRESS BERLiNGTOiN. Et aller s'exposi r ainsi i|,iand on est riche! vous conviendrez, docteur, que je suis bien malheuieuse; j'en ferai une maladie.

DARMENTIÈRES. Cela Se pourrait bicu, et à qui la faute? à vous qui ne voulez pas bien vous porter.

MISTRESS BERLINGTON. Moi ! jc ne le veux pas?

DARMENTIÈRES. Oui, morbleu ! plus je vous regarde et plus je suis convaincu qu'il ne tiendrait (pi 'à voies d'avoir la idus b-lle santé de Fiance! cela dépend de vous.

MISTRESS BERLINGTON. De mOi !

DARMENTIÈRES. N'ayeï plus de procès, plus d'ambition, plus do désir de fortune qui vous tourmente et vous empêche de dormir, qui vous biùic le sang; vivjnt comme vous le faites, seule ou entourée d'iuditl'erents; toujours triste, inquiète, grondant sans cesse, car vous ne faitesque cela, à commencer par moi, votre docteur ; et n'ayant là, près de vous, rien pour le cœur. Qui diable y résisterait? C'est ainsi qu'on épuise les sources de la vie, qu'on les détruit, qu'on se tue soi-même ; c'c^t ce qui est arrivé à votre neveu.

MlSTRESS^BERLIXGTON. MOU nCVCU ?

DARMENTIÈRES. Oui, seul au moude et fatisué de l'existence, il voulait la quitter; c'est alors qu'il vous a fait cet abandon, celte donation ; ma s au moment où il allait succcmber à son mal, je suis arrivé, je l'ai vu, je l'ai guéri par des moyens infaillibles et semblables à ceox que jc vous proposais tout a l'heure ; aussi, il ne demande jilus qu'a vivre maintenant; il est amoureux, amoureux d'une jeune fille, jolie et bonne, comme vous; (.1 part.) il faut la flatter ; {liant.) mais pour l'oblenir il n'a plus de forlune, rendez-lui la sienne.

MISTRESS BERLINGTON. Parexem|ile! quelle idée!

DARMENTIÈRES. Dans votrc intéiét aulantqu' daiisle sien? car s'il la redemande aux trbuuaiix, s'il faut plader encore... mais vous ne le voudrez pas, c'est un don, un cadeau que vous lui ferez; hier, rien ne vous réi.o:.dait de son cœur; aujourd'hui, c'est une chaîne qui l'altache à vous! Sa femme et lui, pour piix de leur bonheur, vous entoureront de soins, de caresses; vous verrez nailre, croître autour de vous leurs enfants, qui apprendront d'eux à vous aimer, à vous chérir, et que vous gronderez tout à votre aise; mon tour viendra mo.ns souvent. Voilà des amis, une famille pour vos vieux jours; et cette idée seule vous touche, vous émeut !

MISTRESS BERLINGTON. Moi 1 docto ir?

DARMENTIÈRES. Oui, VOUS êtes émuc, je le vois.

MISTRESS BERLINGTON. Mais UCH !

DARMENTIÈRES. Si fait!..

SCEiNE .WIL Les précédents; ARTHUR, AGATHE, DELAROCHE.

[Us entrent par la porte à droite. Darmentiéres leur

fait signe de la main d'avancer lentement.}

FLN'AL.

DARMENTIÈRES.

Tenez, tenez, les voilà qui s'avancent ;

C'est (le vous que leur sort dépend .

Allons, qu'il vous chérir dés ce jour ils commeucont ! Une bonne action nous rafraîchit le sang. {Prenant la lettre.) En déchirant cet acte injuste autant qu'indigne...

MisTREss BEBLiNGTON, l'arrêtant.

Mais, docteur...

DAHMENTIÈRES.

Vous vivrez au moins cinq ans de plus.

MISTRESS BERUNGTON.

Cinq ans! serait-il vrai?

DARMENTiÈnES.

S'il le faut, je le signe ; Et vos jours à venir me sont si bien connus Que, si vous consentez, je vous assure même Di\ ans...

MISTBESS BERUNGTON.

Que dites-vous?

DARMENiiÈREs , faisant toujours le geste de déchirer. Quinze ans...

HISTRESS BERUNGTON.

Grand Dieu !

DARHENTIÉRES.

Vingt ans...

MISTBESS BERUNGTON.

Vingt ans! ah! déchirez, déchirez, j'y consens.

TOUS

0 bonheur extrême 1

DARMENTiÈRES, déchirant l'acte.' Tombez à ses pieds !

MISTBESS BERUNGTON.

Non, dans mes bras, mes enfants I

ENSEMBLE

ARTHIR.

0 moment plein d'ivresso I Je retrouve en ce jour L'amitié, la richesse.

Le bonheur et l'amour.

DARMENTIÈRES.

Par moi, par ma sagesse.

Il retrouve en ce jour 8a tante, sa maîtresse.

Sa foi tune et l'amour.

TOUS

0 moment plein d'ivresse!

11 retrouve en ce jour

L'amitié, la richesse.

Le bonheur et l'amour !

DARMENTIÈRES, à Dclarochc De mes talents, mon cher, ce matin vous doutiez; Et, grâce à mon système, ici, vous le voyez, La santé chez vous tous est enfin rétablie, Sans qu'il en ait coûté rien à la pharmacie.

TOUS

0 moment plein d'ivresse! etc.

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