‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 430 sur 809 · ALCIBIADE, JUSTINE · texte numérisé non relu

ALCIBIADE, JUSTINE

JUSTINE. Est-ce possible? c'est lui ! c'est Alcibiadc! Ah! que je suis contente de vous voir!

ALCIBIADE. Et moi aussi, chère Justine! {A part.) Dieu! la fâcheuse rencontre!

JUSTINE. Comment vous trouvez-vous ici, vous qui ne venez jamais dans le quartier?

ALCIBIADE, troublé. Mais... je ne sais pas trop... je venais... j'arrivais... c'est une dame que j'avais à coiffer dans cette maison : madame de Murval.

JUSTINE. C'est ici dessus, au second : une jeune élégante de la rue du Helder, qui a épousé un riche rentier de la place Royale. C'est le jour et la nuit; elle met tout sens dessus dessous dans la maison... Mais qu'avez-vous donc. Monsieur? vous n'avez pas l'air d'avoir du plaisir à me voir.

ALCIBIADE. Si, vraiment... mais c'est que je crains que votre oncle... Dites-moi, Justine, comment vous trouvez-vous ici?

JUSTINE. Je venais le chercher, parce qu'il y a du monde dans la boutique, qui le demande. 11 est vrai que vous ne savez pis... Mon oncle a loué une boutique qui dépend de cette maison.

ALCIBIADE, ùpart. Ah ! mon Dieu ! il faut queje tienne le plus strict incognito : dorénavant je m'envelopperai dans mou quiroya.

JUSTINE. Mais, que je vous regarde, monsieur Alcibiade; que vous voilà donc beau et bien mis! quelle différence quand vous étiez apprenti chez mou oncle, et que vous n'aviez qu'un habit gris, qui était toujours blanc !

ALCiuLVDE, lui faisant signe de se taire. Justine, de grâce...

JUSTINE. Et cette chaîne en or, et ce beau lorgnon... Est-ce que maintenant vous avez la vue basse, vous qui autrefois m'aperceviez toujours du bout de la rue? vous aviez pourtant de bons yeux dans ce temp.s-là.

ALCIBIADE. Oui, c'était bon quand j'habitais le .Marais, mais maintenant...

JUSTINE- Et qu'est-ce que je viens donc de voir par la fenêtre ?

Air de la Robe et les Bottes, Cette voiture élégante et légère.

Ce beau carrick, ce joli cheval bai.

ALCIBIADE

Dans notre état, c'est de rigueur, ma chère ;

Tout est à moi, jusqu'au petit jockei.

Ful-il jamais'condition plus douce'?

Sur le pavé, que l'on me voit raser,

Muu char s'élance, et galmenl j'éclaboasfo

Le plélièien queje viens de friser.

LE COIFFEUR ET LE PERRUQUIER

jiiSTiNE. Vous ètrstlonc riche et luniri'iix? Ali ! iiuc je suis cniitùnto!.. Mais vous m'aimoz toujours, u'rslil pas vrai, monsieur Alcibiade? vous ne m'avez pas oubliée?

ALriBiADE, à/wr/. Cette pauvre fille! elle m'attendrit malgré moi!.. (Haut.) Oui, Justine, j'ignore ce ipii m'arrivcra; [A part.) j'en épouserai peut-être une autre; {Haut.) mais tu peux être sûre que je n'en aimerai jamais d'aulre que loi.

jisiir*E. A la bonne heure ; au nioins voilà qui est parler! (Voyant qu'il fait un geste pour partir.) Eh bien! est-re que vous me quittez déjà?

ALCuiiADE. Mais sans doute, il le faut : je t'ai dit qu'on m'attendait.

JUSTINE. Dieu! que ces grandes damos-là sont heureuses d'être coillées par vous! Eh bien! à moi que vous aimez, ce bonheur n'arrivera pas.

ALCIBIADE. Jusline, y penses-tu'

JUSTINE. J'en ai [lourtant bien envie ! car je dois aller tantôt dans une belle assemblée, où il y aura bien du monde. Mon onele a promis de me crêper à l'aiiciciine manière; mais de votre main, ea serait bien mieux, et je suis sûre que je serais bien plus jolie.

ALCIBIADE. Un autre jour, je ne demande pas mieux, mais dans ce moment, je suis trop pressé.

JUSTINE. Eh bien ! Monsieur, rien qu'un petit crochet ; j'espère que vous ne pouvez pas me reCuser cela.

ALCIBIADE, à part. \[i fait, puisque mademoiselle Desi'ochesestsortie... [Haut.) Allons, dépèchous-nous; je vais vous faire une petite coill'ure à la neige, dans le genre de Nanlin.

JUSTINE, allant prendre un fauteuil. Ah! quel bonheur!

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