‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 448 sur 809 · SCÈNE VL POLESKA, MICHELINE · texte numérisé non relu

SCÈNE VL POLESKA, MICHELINE

POLESKA. Que de peine pour avoir du thé et des muffins, et l'on dit que la Russie est un pays civilise!

MICHELINE, approchant une chaise. Si, en attendant, madame la comtesse voulait se reposer?

POLESKA, s'asseyant. Volontiers, je suis accablée de fatigue ; car j'ai voyagé toute la nuit.

MICHELINE. Toute la nuit! vous qui êtes si faible et si délicate !

POLESKA. Que n'aurais-je pas fait pour le revoir plus tôt!., depuis trois jours que je suis séparée de mon mari... il estsi bon, si aimable... il m'aime tant! aussi, que je suis heureuse et fiére de lui appartenir !

MICHELINE. C'est donc un mariage d'inclination?

POLESKA. Eh! sans doute; fille d'un officier sans fortune, je n'avais point de rang, point de richesses à apporter à mon époux ; et lorsque Gustave, lorsque le comte de Woronski s'est présenté...

MICHELINE. Ça a dû vous surprendre?

POLESKA. Non, ça m'a semblé tout naturel ; je ne sais quel sentiment secret me disait que ce rang m'appartenait, qu'il m'était dû... que j'élais née pour briller et pour commander. Aussi, ce luxe, ces équipages, ces nouvelles parures que Gustave me prodiguait, ce riche domaine qu'il vient d'acquérir... ces paysans, ces vassaux, ces esclaves, qui n'existent que pour m'obéir, tout cela me charme et m'enivre; je me dis : C'est à mon époux que je les dois, et après lui, après mon amour, c'est ce qu'il y a pour moi de plus doux au inonde.

MICHELINE. 11 n'y a donc pas longtemps que madame la comtesse est mariée ?

POLESKA. Une semaine, mon enfant, et nous sommes dans ce qu'on appelle la lune de miel.

Air : Femmes, voulez-vous éprouver.

Premier temps d'ivresse et d'amour.

Époque à jamais fortunée!

Oui, c'est le matin d'un beau jour.

C'est l'Age d'or de l'hyménée ;

Car il promet à notre cœur

Un long avenir de constance.

Et donne encor, même au bonheur,

Tout le charme de l'espérance.

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