SCÈNE XIX, DUCOUDRAIjMmJ,- CAMILLE, M. DUMESNIL
Di'couiinAi, seul. A-t-on idée d'un amour panil? Oiiaïul on \:x lui offrait, il la refuse; et depuis (lu'ellc est la feiuuie d'un autre, il l'adore. Il me semble que de mou temps on n'était pas comme cela; on raisonnait ses extravagances. (M. Dumesnil et Camille entrent ensemble ; Caiiulte porte une assiette de fraises en pyramide.)
CAJiii.LE. Mais, mon papa, ne vous donnez pas la peine; je vais écrire les cartes.
M. DUMESNIL. Eli! non, morbleu! tu ne peux pas tout faire, et j'aurai fini dans l'instant. {Il se meta la table à droite et écrit des cartes.)
CAMILLE. A la bonne heure, d'autant que j'ai encore mon sucre à râper. (Elle dépose l'assielle de fraises sur kl petite table à gauche.) Dieu! la belle pyramide ! pourvu qu'elle ne renverse pas.
Di'CoiDRAT, debout entre Camille et M. Dumesnil. Ali ! ah ! la femme de ménage qui s'occupe de son dessert.
CAMILLE. Tiens, c'est vous, mou parrain! Où est donc M. Alphonse?
DiicoiDRAi. Il est allé trouver ta mère, et je crois qu'en ce moment il s'occupe de toi.
CAMILLE. De moi?
DucoLDBAi. Oui, (La prenant à part et à voix basse.) et pour qu'il n'y ait pas encore de malentendu, dismoi un peu, Camille, car je suis ton parrain, et tu dois tout nie dire...
CAMILLE. Oui, mon parrain
DLCocDRAi. As-tu toujours autant d'antipathie pour M. de Luccval?
cmiLLE, baissant tes yeux. Mais... il me déplaisait ce matin.
Dicoi'DRAi. Et maintciianl?
CAMILLE. C'est l'autre, celui... qui va arriver.
imcoTJDRAi. Et comment ça se fait-il?
CAMILLE. Je n'en sais rien, c'est peut-être attaché au titre de prétendu.
Ducovorai. C'est juste. Mais sous prétexte que iM. de Luccval n'est plus ton prétendu, est-ce que par liasard. . là... au fond du cœur, tu ne l'aimerais pas iiu peu. (Pendant ce temps, Alphonse est rentré et reste au fond; M. Dumesnd, qui achève d'écrire ses cartes et qui a entendu les derniers nwts, se lève de table et dd à part :)
M. PUMESML. Hein! qu'est-ce que cela signifie?
CAMILLE. Je n'en :ais rien, mon parrain; quand ci viendra je vous le dirai. Pouri|Uoi me demandez-vous cela?
Dicoi'DRAi. C'est que lui, de son coté, il t'aime, il t'adore à en perdre la tête.
M. DUMESML, 0 part. Tuot pis, morbleu ! car voilà ce que je n'entends pas.
CAMILLE, (/ Ducoudrai. Quoi ! vraiment?
DucoL'DRAi. Cela t'étonne?
CAMILLE, Ol:PC jo/P. Oui.
DUCot'DRAi. Et cela te fait peine?
CAMILLE, ^fûn, au contraircï
ALPHONSE, courant à Ducoudrai. Dieu ! que viens-je d'entendre !
CAMILLE. Comment! Monsieur, vous étiez là! Ah! que vous m'avez fait peur!
ALPHONSE. Rassurez-vous, je quitte votre mère, qui me pardonne, qui me rend son amitié et le titre de gendre.
M. DUMESNIL, fioidcment. Ma femme a eu tort, lar elle doit savoir que maintenant cette alliance n'est plu.s possible.
CAMILLE. 0 ciel!
ALPHONSE. Je conçois, j'ai prévu les objections que vous alliez me faire, un autre a votre parole, et eu cas de rupture, son ressentiment peut vous enlever votre place; mais en épousant votre fille, ma fortune devient la vôtre, et j'acquiers le droit de la partager avec vous.
CAMILLE. Ah! maintenant, mou parrain, je l'aime tout à fait. (Avec joie, à M. Dumesnd.) Eh bien! mon père?
M. DUMESML. J'cu suis désolé, mon enfant; mais je ne puis accepter.
AiR : Connaissez mieux te grand Eugène.
Pour lonir loujovu'S ma promesse
Je suis connu deiiuis loui^temps;
Et je préfère à la richesse
L'estime des bonuôtes geus.
Oui, peu m'importe une tlisgrAce
Lorsque mes serments sont tenus :
On peut toujours retrouver une place, L'iionneur perdu ne se retrouve plus.
ALPHONSE. Quoi ! -Monsicur, rengagement que vous avez pris avec M. de Géronville?..
M. DUMESML. Est saci'é poup iiioi, ct rien ne peut le rompre, par la même raison que pour vous,ec matin, j'aurais refusé les plus beaux partis de France.
CAMILLE. Ah! mon Dieu! que je suis malheureuse!
ALPHONSE. 0 ciel! elle pleure... vous le voyez, ct vous lie vous laissez pas fléchir; mon ami, monsieur Ducoudrai, je vous en supplie, parlez pour nini.
CAMILLE. Eh! oui, mon parrain, vous restez là sans rien dire, et repondant ea vous regarde aussi, car je suis votre filleule.
DUCOUDRAI. C'est vrai, morbleu ! et je me fâcherai aus.si à mon tour.
M. DUMESNIL. Ça ue servira à rien, car je n'ai pas riiabitiule de transiger avec mes devoirs, et je sais ce qui me reste à faire. C;iinille, allez trouver votre mère. (Camille et Ducoudraise retirent vers le fond a droite : M. Dumesnil s'approche d'Alphonse.) Et quant à vous, Monsieur, je vous avais invité à passer la soirée avec nous; mais d'après ce qui arrive, vous sentez (pie cela n'est jikii possible, elje vous prierai même, jusiu'aii mariage de ma fille, de vouloir bien suspendre vos visites.
ALPHONSE. 0 ciel! ne plus la voir!
CAMILLE. Ail! ji; ne pourrai jamais m'y habituer.
ALPHONSE, désolé, à DuiHesnl. Monsieur, raii[)elezvûus que vous m'avez réduit au désespoir.
LA DEMOISELLE A .ALVRIER.
M. DU.MKSML, lui ptenani la main. CVst iiulgro iiiui, malgré moi, Mon-iciir; cur maintenant vous devez me coiuiaître, vous devez savoir... {Bas.) Allons, mon ami, vous, qui êtes homme, ayez de la force, du courage ; avez-cn pour nous Irois : {Lui muntrant Camille qui pleure.) car vous voyez que colle eufant se désole.
LixoLDiiAi, avec colère, Aussi c'est la faute.
M. DL'MESxiL. Et loi, au lieu de me eherchcr querelle, reste avec lui ; {Montrant Alphonse.) lâche de le soutenir, de le consoler, car je crois qu'ils me feront perdre la fêle.
ALPHONSE. Ah ! que je suis nialhcurcux !
«I. DUMESML, allant « sa jiUe qu'il veut emmener. Viens, viens, ma fiile.
AL^llO^SE, retenu par Ducuudrai. Adieu, adieu, Camille.
c.wuLLE. Adieu, monsieur Al|iliiinse.
ALPHONSE. Ah! je l'aimerai loujoui s.
CAMILLE, en pleurs, sortant avec son père. Et moi aussi.