SCÈNE PREMIÈRE
BEUAMBE, PASTOUfiEL.
BEUAMBE. C'est Ce cher Pasioiirel inioje relrouvo ici !
PASToijRy;!.. Le direclcur de l'étalilissement vient de in'.irrèter au passage, et c'est moi qui dirige i'orclii'Slre.
LI£ BAL CHAMPÊTRE
*r,l4NRA, retendit Beîjimhe Ali ! MonsierT, jo, Toa^ en supplie. — Sc^ne 5.
beuampe. a la bonne heure, car, depuis ton absence, nous autres danseurs à la mode, nous ne savions plus sur quel pied nous tenir; toi qui étais l'âme de tous les bals, le génie de la contredanse, le privilégié du galoubet.
PASTOUREL. 11 est Vrai que je suis maintenant le premier flageolet d'Europe; du moins, c'est l'avis de tous les orcheslres, et c'est mon talent qui a motivé mon absence; je viens d'Angleterre. L'Angleterre, Muasieur! quel beau pays! C'est là qu'on sait encourager les arts; j'ai été engagé pour douze bals, à cini] cents francs par soirée.
Am : Tout ça passe en inême temps.
En voyaiÇùur trouba lour, A ma sloirtf rien ne m nique ;
Car j'ai fait danser la cour.
Le minislC're et la banquu :
Oui, clicz ces Anglais si tristes.
Homme en plac', belle aux yeux doux.
Banquiers et capital stes.
Tout ça saut' [bis.] comme chez nous.
BF.L.IAMBE. Tudoisalors revenir bien riclie.
PASToiiREi.. Dieu merci, cela sonne assez bien. Mais j'ai liesoin de repos, parce que, dans notre état, voyezvous, la gloire nous exténue, on n'eslime pas assez le galoubet; on ne sait pas ce qu'il eu coûte pour l'exercer. J'entends vanler les BaiUot, les Lafont, les Habeneck. Qu'est-ce que c'est que ça. Monsieur, que de jiiuer du violon? faites-les jouer du flageolet, et vous m'en direz des nouvelles. D'abord, on a remarqué (|ue presque tous les grands flageolets meurent extrêmement jeunes; je ne sais pas si c'est cela qui a tué Mozart; mais moi, Monsieur, en .Angleterre, je ne vivais que de privations; j'étais à la gloire et au lait d'ànesse pour toute nourriture, sans compter la com- I osilion.
BEUAMBE. Comment! monsieur Pastourel, vous êtes ci)mpo.5iteur?
PASTOUREL. Oui, Mousicur ; j'ai le génie de l'inspiration ; je reçois le feu créateur de la seconde main, il est vr.ii, d'après Rossini, BoyeUlicu et Auhert; je les mets en contredanse, je les arrange; c'est la mode.
LAGNIf — IiiiiTimerit de VuuT elCie. — K" * —
LE BAL CHAMI'liTRE.
Air (lo Tiirenne.
Oui, vers lu ti'inple de llémniro, Cummoclénieiil l'on voviigo ;uijiini(J'lini ; Vient nn grand Homme, on s'acrrodic à s.i gloiic,
Et l'on fait l'orlunc avec Ini.
Jouant ainsi dill'i rents loles, C'esl un clieniin qu'on t'rancliit de moilié; Les gens d'esprit le gravissent à pii'', '
Et nous autres sur leurs fiianles.
Mais vous, monsieur Boljanibc, est-ce que vous iwci abaïKloimé la danse? vous qui étiez un de nos fanieiiv.
liELjAMBE. Oui, autrefois, je croyais que came pousserait dans le mouJe; j'y avais uni' vocation; j'étais taille ponr cela; mais j'ai vu que cela ne menait à rien, j-'ai changé do batteries; je me suis mis homme à bonnes fortunes.
PASTOUREL. Est-ce quo c'cst nn elat?
BELJAMBE. Oui, SitHs doulc; d'abord, c'est agréable, et puis ça peut devenir utile; ivioi qui n'ai rien, ça. peut me mener à quelque bon mariage: car, dans ce niomint, j'ai des succès étonnants, cinq ou six passions à la fois; jamais moins, quelquefois plus.
PASTOUREL. Et dans tout cela, y a-t-il quelque établissement en perspective?
BELJASiEE. Oui, inoH gai'çon ; une petite lingère charmante, qui a un beau magasin bien achalandé, et à peu près quatre ou cinq mille livres de rei.ie; voilà tout ce qu'il me faut. Auprès de ma petite lingère, je n'aurai pas d'ambition.
Air de l'Artiste.
Dentelles, broderie.
C'est là ce nu'il me faut; Prés de femme jolie, ^e pu's faire jabot :
Chacune me redoute.
Et, sultan du comptoir, .le puis, sans qu'il m'en eoûle.
Leur jeter le mouchoir.
Ah çà! le jo.ur du mariage, je compte sur toi pour coiiduire l'orchestre.
rASTOL'REi.. Je n'y manquerai pas, et je vous traiterai en ami ; j'ai une nouvelle contredanse, Ira, la, la, la, chassez huit. En revamlie, j'espère (pie vous me ferez le plaisir d'assister à ma noce; car je viens en Erance pour me marier. Il y a truis mois, avant mon départ, j'étais amoureux d'une jeune couturière qui m'a promis d'élre fidèle ; ainsi, je suis tranquille : c'est dans celte classe estimable et 'vertueuse que s'est réfugié le véritable sentiment; aussi, il ne faut pas les confondre avec les marchandes do modes ; c'est bien dilférent. Je n'ai |iu y courir, à cause du devoir (Montrant l'orchestre.) qui me retient aujourd'hui; mais demain, libre envers la gloire, et quitte avec l'amour, [Composant.) tra, la, la, le cavalier en avant.
BEUAMBE. A merveille ! et puisque tu conduis l'orchestre, t.àche, quand je danserai, que les contredanses .soient plus longues.
pASToiREi.. C'est dit; on vous mettra un pantalon et une ponle de plus. Elle vient donc ce soir'?
BEUAMBE. Oui, je dois l'y rencontrer par hasard. On ne m'a pas permis de l'y conduire, à cause des propos; et puis elle ne me l'a pas dit, mais j'ai deviiK',
Ain du vaudeville de la Veinée de Malnbar:
Il est, je le parie, Quilqne rival jaloux.
Que l'on me sacrifie...
PASTOrnEL.
Je pense comme vous.
OueIi|He imbécile, Coniini; l'on eu voit mill'.
{Composant.) En avant deu'i, cl donnez-moi la mair.
C'est divin...
Je tiens ma contredanse; Quel bonheur sans égal !
J'ai bienUM l'espérance De tenir mon final.