SCENE VII
Les précédents ; ANNETÏE, entrant par la rjauchf.
AMANDA. Le pauvre garçon!., eh! mais voilà justement mademoiselle Annclte.
.\NNETTE. Bonjour, Mesdemoiselles.
JOSÉPHINE. Votre amoureux sort d'ici.
ANNETTE. Oh ! jc l'ai bien vu, et j'attendais qu'il fût parti, parce que c'est un vilain jaloux. Dites-moi, d'abord, si jc suis bien mise.
AMANDA. Mais oui, pas mal pour une paysanne.
ANNETTE. Et Ic fichu, u'ést-il pas trop long?
TOiNETTE. Oui, OU pouiTait le baisser un peu.
JOSÉPHINE. Et avec une épingle de chaque côté.
ANNETTE. Dicux! Mesdemoiselles, que vous êtes bonnes!
JOSÉPHINE
Air de l'Éeit de six francs.
Rien ne manque à votre toilette.
ANNETTE
Dam'! j'ai mis mes plus beaux habits.
AMANDA
Dans sa parure, elle est coquette Plus que les dames de Paris.
ANNETTE
Pour aujourd'hui, c'est vrai, j' suis franche; Mais ces dam's, dans leurs riches atours, Pour ètr' coquett's ont tous les jours; El nous n'avons que le dimanche.
Et puis, dites donc, j'ai une fière nouvelle à vous apprendre !
TOUTES. Qu'est-ce que c'est? Dis-nous bien vite.
ANNETTE, passant au milieu des trois demoiselles. J'ai aperçu tout à l'heure mademoiselle Angelina, une de vos bonnes amies, qui entrait dans une allée avec un grand jeune homme. Moi qui n'avais rien à faire, je me suis dit : en attendant que le bal commence, je m'en vais les suivre.
TOUTES. Comment ! Mademoiselle.
ANNETTE. Ce n'cst peut-être pas bien, mais ça occupe.
LE BAL CHAMPÊTRE
Air : Que d'établissements nouveaux.
Pour un' paj'sann' tell' que lîioi,
Ecouler est souvent utile ;
Je n' jiuis que profiter, je croi,
Aux discours îles dam's de la ville :
Leur langage me servira;
Aux politess's faut correspondre...
Et si quelqu'un m' parlait conim' ça.
Au moins, j' saurais comment répondre.
Voilà donc que je m'avance en tapinois, et je me blottis derrière un buisson où ils s'élaient arrêtés. Le monsieur lui disait : « Non, vous êtes une cruelle; « vous ne voulez pas m'aimer, vous ne m'aimez pas ; » enfin, ce qu'on dit toujours; aussi je vous passe ça. Il continuait : « C'est mademoiselle Amanda, c'est
« mademoiselle Joséphine qui en est la cause on
« vous a prévenue contre moi. » Et alors, Mesdemoiselles, il s'est mis à dire du mal de vous... oh', mais. un mal afl'reux : qu'il vous avait fait la cour, et que vous étiez jalouses de lui.
JOSÉPHINE. Si on peut faire des mensonges pareils! je te le demande, Amanda?
AMAKDA. Et moi donc! mais il n'en faut pas davantage pour occasionner des rapports; ça n'aurait qu'à venir aux oreilles de Victor, il me ferait une scène, ma chère.
JOSÉPHINE. Mais ça ne se passera pas ainsi;, il faut rompre le mariage, il faut qu'Angclina connaisse la vérité. *
AMANDA. Oui, sans doute, ne fijt-ce que pour nous en venger.
ToiNETTE. Et pour les faire enrager tous deux.
JOSÉPHINE. Et puis, par amitié pourellej mais comment nous y prendre?
ANNETTE. Oui , qu'est-CB que nous allons faire? car j'en suis, n'est-ce pas ? c'est moi qui ai apporté la nouvelle.
AMANDA. Écoutez ! vis-à-vis notre magasin est un bel hôtel qui est habité par un banquier, M. Din-l'ort, qui a une femme à la mode, une dame du grand genre. Et du fond du comptoir, j'ai vu souvent M. Beljambe passer sons ses fenêtres-, s'y arrêter longtemps, et soupirer; le tout sans succès, car on n'a jamais fait attention à lui. Mais si nous lui envoyions une lettre au nom de cette dame, une demi-déclaration; à coup sûr il y répondrait ; et en portant cette réponse à Angelina, elle saurait à quoi s'en tenir sur la fidélité de son prétendu.
JOSÉPHINE. A merveille ! il ne s'agit plus que de composer la lettre.
ANNETTE. Pour Ça, je n'y entends rien; car je n'en ai jamais écrit; mais c'est bon; ça m'apprendra.
TOINETTE. Nous u'avons ici ni plume ni encre.
AMANiiA. Tant mieux; au crayon, c'est bien plus mystérieux ; (Fouillant dans son sac.) j'ai là un sou- . venir que m'a donné Victor.
JOSÉPHINE, s'asseyant sur une chaise. Très-bien, c'est moi qui vais écrire. (Joséphine est assise , et les trois autres sont groupées autour d'elle.)
AMANDA. Oui, oui, Joséphine a une bien plus belle écriture; au magasin, c'est elle qui fait toutes les factures.
JOSÉPHINE. A la bonne heure; mais je ne sais pas comment composer cette déclaration.
AMANDA. Une idée! tâchons de nous rappeler, dans celles que nous avons reçues, chacune une phrase.
JOSÉPHINE. Elle a raison, chacune une phrase; j'en tiens une . « Ne craignez pas de recevoir ces mots « d'une main qui vous est inconnue. »
AMANDA. C'est bien, ça peut commencer par là. At-
tendez, je me souviens d'une autre : « Il est impos- «..sible de vous voir sans vous aimer, et je vousai vue. »
ANNETTE. Faut ajouter : sous ma fenêtre, puisque c'est là qu'il allait.
JOSÉPHINE. C'est très-juste; la petite a raison.
AMANDA. Adopté. (.1 Toinetle.) Eh bien! et toi, estce que tu ne te rappelles rien?
TOINETTE. ÉcoutezdonCj-Mademoiselle, je n'ai jamais reçu de lettre que de mon cousin.
JOSÉPHINE, riant. Une correspondance de famile !
AMANDA. Eh bien! qu'est-ce qu'il te disait?
ToiNEiTE. Je me souvien>, dans sa première lettre, d'une phrase qui finirait bien. « Je vous jure que tous « mes vœux seront remplis, si le plaisir fait ba'lre « votre sein quhnd vous lirez la signature. »
ANNETTE. Dieux ! que c'est joli !
AMANDA. Que tu es bêtc ! c'est bon pour une femme; mais on ne peut pas adresser cela à un lioinme.
JOSÉPHINE. Eh bien ! attendez, un changement : «Mes « vœux seront remplis, je vous jure, si le plaisir « brille dans vos ijeux. »
ANNETTE. C'cst justc! dcsycux! tout le monde en a!
AMAMiA. Signe, madame Durfort, et puis c'est fini.
TOUTES. Relisons maintenant.
JOSÉPHINE, prenant le papier et lisanc.
Air : Femmes, voulez-vous éprouver.
« Ne craignez pas de recevoir « Ces mots d'une main inconnue :
« Est-il possible de vous voir « Sans aimer'?., et je vous ai vue. . « Sous ma fenêtre. . et tous mes vœux « Seront rem|ilis^je vous le jure, • « Si le plaisir brille en vos yeux, « Quand vous lirez la signature. »
Il est très-bien.
ANNETTE. Daiiic ! quand il y a tant de monde qui y travaille.
JOSÉPHINE. Ah! mon Dieu, Mesdemoiselles, et l'orthographe ? ..
AMANDA. C'est vrai, nous n'y avons pas pensé; mais M. Beljambe, qui est danseur, n'en sait pas plus que nous.
ANNETTE. Eh bien ! pour la réponse...
JOSÉPHINE. Tenez, voyez-vous dans cette allée Angeliiia et son cavalier?
ANNETTE. Eli bicu ! pour la réponse...
JOSÉPHINE. C'est juste! il faut indiquer un endroit. [Regardant dans une allée, et ensuite écrivant.) Réponse dans le creuxdu troisième arbrel'allée, à droiti'.
ANNETTE. Douiiez, douncz, je me charge de lui glisser dans la main, sans qu'il me voie; et puis quand il me verrait, il ne se délierait pas de moi; j'y vais tout de suite.
AMENDA. A merveille! son bon ami de toutàl'heure avait raison, la petite promet.