SCENE II
Lis PRÉCÉDENTS ; MADAME CHARLOTTE , suivie d'une Demoiselle de comptoir, portant un carton.
LE CHCEUK.
Mais taisons-nou» ! c'est Madame! c'est elle!
(5e rasseyant et se mettant à l'ouvraye.\ Eh vite! redoublons de travail et de zèle.
MADAME CHARLOTTE
PREMIER COUPLET
Que de mal, de tourmenis!
Et qu'il faut de talents, Quand ou est modiste et couluricre!
Aux tendrons de quinze ans.
Et même aux graud'inamans, A chacune, en un mot, U faut plaire.
i( Changez-moi ce bouquet,
(( La couleur m'en dcpkiil! a
— « Reprenez ce bonnet,
« Je le veux plus coquet. »
— « Le tour de ce corset « Mo parait indiscret. »
Que de goûts dilférenls!
Que de mal, de tourments!
Quand on veut satisfaire les lemmes!
Il faudrait des secrets
Pour pouvoir à jamais Conserver les attraits de ces dames!
On a tant d' mal déjà
A garder ceux qu'on a!
DEUXIÈME COUPLET
L'une veut s'embellir.
LA FIANCÉE
FfllTZ. Toirme moi , dons l.i g.irile
Il fjul \oui cng.igûr! — Acte î
L'autre veut rajeunir, Et cli.icune a le tlesseiu de l'iairo
A l'amant, an mari :
Par ijonheur celles-ci ' No sont pas nombreuses d'onlinairu.
(( Que ce nœud séducteur
M Me ramène son cœur ! »
— « Avec ces rubans bleus, « Il me trouvera miijnx! «
— « Le vert lui plait beaucoup. »
— « Le rose est de son goût, n Oue de mal, de tourments!
Et i|uil faut de talents, Quand on veut satisfaire les feniuies!
il faudrait pour toujours,
Enchaînant les amours.
Conserver les amants de ces dames !
On a tant d' mal déjà
A garder ceux qu'on a!
{Elle se retourne, et ses ouvrières, qui s'étaient levées pour l'écouter, se rasseyent vivemciil.)
LE CHOEUR
Travaillons, Mesdemoiselles, etc.
{Pendant la reprise de ce chœur, madame CUarlotle examine le travail de chacune des ouvrières.)
MADAME CHARLOTTE. Ah! si On n'était pas là pour surveiller! (.-1 Mina.) Qu'est-ce que vous faites là'? quel est cet ouvrage'/
MINA. C'est pour madamede Saldorf,la femme du chambellan.
MAD.tME CHARLOTTE. Cette grande dame si vertueuse! si exemplaire! la protectrice d'Henriette! [S'approchant d'Henriette.) Et vous. Mademoiselle, à quoi vous occupezvous?
HENRIETTE. C'est pour mon mariage.
MADAME CHARLOTTE. Eu effet, c'est demain qu'on vous marie. (Soupirant.) Pauvre enfant!
MINA. Je ne vois pas qu'elle soit si à plaindre; épouser M. Fritz, un joli garçon et le plus riche tapissier de Vienne! certes, si j'étais à sa place!..
TOUTES. Et moi aussi!..
MADAME CUARLOTTE. Sileuce! Mesdemoiselles, On ne vous drmanile pas votre avis! Je conviens que M. Erilz n'est pas mal, et qu'il est changé à son avantage, surtout depuis
no
LA FtANGÉE.
quclqnos mois, depuis la mort do son oncle Domloiqno, dont il a liérilù ; miiis il csl si d-'Hant, si smipçonnuuXj si jaloii\ .'
iJENRiETTE. Lui, Madaino!
MAUASiK ciiAULiiTTE. Ail! je lo coiMiuis niiciix t|iio von»! car tout le moudj sait ([u'aulrefuis il avait tu dc'S intentions, et que certainement il n'aurait pas demandé niieujtj mais c'est mui qui ai l'el'nsé, parce que, quelque vcriu i|iio l'on ait, elle court trû|i de danger avec nu ni.iri Jaloux, ne fût-ce que par esprit de contiailiction. Du reste, ce que j'en dis, c'est pour vous | réveuir et par amitié pour vous, car dés que ce mariage doit se taire, j'aime aillant que ce soit demain.
MINA Vraiment!
MADAMi; cuAnLOTTE, Oui, Mademoiselle! Depuis un mois que M. iM'ilz vient ici tous les soirs pour vous faire la cour, c'est d'un très-mauvais elTet dans une niiison telle que la mienne, aux ycu\ de nus pratirpies qui nB sont pas ol)li|,';es de savoir qu'il s'ai-'it de mariage, sans compter que cela p.ul donner des Idées à ces denioisellos.
TOI TES. Ah! Madumo!
MADAME CHARLOTTE. Silonce! Je dois aussi VOUS prévenir que la nuce se l'ait demain à l'iiôlol et danô les jardins do Jl. de Saldorf, qui nous a toutes invitées.
TOiTEs quittent leur ouvrage et se lèvent. Ali! quoi bonheur! quel honheur!
MADAME CHABI.OTTE. Et j'espére que, pour la teiiiie, la mise et la décence, vous ferez honneur à la maison uii vous avez l'avantage de travailler; d'ailleurs, Jo serai là! (.1 Henriette.] Tenez, portez là-haut ces cirions; el vous, jlejilemoiscUes, il est temiis di! rentrer et de fermer lu magasin, car voici le soir, [lieijanlant à droite ilu apeefoïeiir.) Dieu! encore M. Fri!z(piej',qierçûis! {.luj! jeune» fi les qu'elle fait rentrer.) M\oi\s, allons, dépêchons; m'avez-vous entendue? {Elles rentrent toutei dans le majdùii, et Dlina, qui est restée la dernière, enlèvt l'auvent et ferme le contrevent de la Ooitlique, tout cela'sur la ritournele de l'air suivant.)