‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 556 sur 809 · SCÈNE VL MADAME DE SAINT-ANDRÉ, ANTONINE, ESTELLE · texte numérisé non relu

SCÈNE VL MADAME DE SAINT-ANDRÉ, ANTONINE, ESTELLE

MADAME DE SAINT-ANDRÉ. Je suis pour cc que j'ai dit : je crains qu'il ne soit un peu tyran. {Allant vers l'appartement à droite, dont elle ouvre la porte.) Ma fille, ma fille, je suis seule ici; tu peux y venir achever ta toilette.

ANTONINE, allant se placer devant la glace. Si vous saviez, maman, combien je suis'malheureuse? mon voile ne va pas bien du tout; il fait trop de plis...

ESTELLE. Nous faisons cependant notre possible.

ANTONINE. J'ai envie de n'en pas mettre.

MADAME DE SAINT-ANDRÉ, arrangeant le voile. Impossible, le voile est indispensable; c'est l'emblème de l'innocence, de la modestie, qui convient à une jeune personne... A propos, ton mari sort d'ici.

ANTONINE, sans l'écouter. Ah ! je crois qu'il faudrait une épingle.

MADAME DE SAiNT-AKDRÉ. 11 était désolé dc ne pas te voir, et si tu avais été témoin de sa colère, de son impatience...

ANTONINE, sansTécoufer. Dis donc, ma sœur, je crois que ma ceinture ne me serre pas assez la taille.

ESTELLE. Attends, je vais voir; regardez donc, maman, comme ma sœur est bien.

ANTONINE. Ce n'est pas sans peine.

MADAME DE SAINT-ANDRÉ, tout en arrangeant sa toilette. Je n'ai pas besoin, ma chère amie, de te tracer la conduite que tu auras à suivre aujourd'hui : un air alfable et attendri avec nos amis et nos parents, un maintien modeste et réservé avec ton mari ; si cependant tu peux y mettre une nuance d'affection, cela ne sera pas mal ; mais c'est comme tu voudras, parce que quelquefois la froideur sied bien à une jeune mariée; c'est meilleur ton.

ANTONINE. Oui, maman.

MADAME DE SAiNT-ANiiRÉ. Si par hasard, et comme cela arrive un jour de noce, quelques personnes t'adressaient des plaisiinteries qui ne fussent pas convenables, ne l'avise pas de rougir et de baisser les yeux; c'est une grande imprudence, parce qu'on a l'air de comprendre ; regarde-les au contraire d'un air étonné; cela déconcerte sur-le-champ les mauvais plaisants, et leur donne la meilleure opinion d'une jeune personne.

ANTONINE. .\h ! maman, c'est toujours ce que je fais.

MADAME DE SAINT-ANDRÉ. Cette chèrc onfaiit!.. du reste, j'ai étudié le caractère de ton mari ; c'est par la doueeurqu'il faudra le prendre; tu en feras ce que tn voudras avei- les moindres prévenances, c'est bien facile.

ANTONINE. Oh ! oui ; mais vous, maman, quelle manière avez-vous prise avec mon père?

MADAME DE SAINT-ANDRÉ, baissant la vûix à cause d'Estelle qui est occupée à regarder la corbeille. Mauvaise, les attaques de nerfs.

ANTONINE. Comment?

MADAME DE SAINT-ANDRÉ. Moycu très-fatigaut qu'on ne peut guère employer quêtons les deux jours.

AiR : Femmes, voulez-vous éprouver.

Le5 nerfs n'ont jamais profité Qu'aux gens d'une faiblesse extrême; J'ai par malheur une santé Peu favorable à ce système ; Mon époux, d'abord affecté.

Rien qu'en me voyant se rassure.

ANTONINE

Moi, je n'ai pas votre santé, Et j'en rends grâce à la nature.

M.VDAMEDE SAINT-ANDRÉ. Mais vicus, passons au salon.

ANTONINE. Vous ue sauricz cToire ce ((u'il m'en coûte d'aller recevoir tant de félicitations à la fois, et puis il y a peut-être des personnes qui ne sont pas encore arrivées.

MADAME DE SAINT-ANDRÉ. C'cst juslc, je vais voir auparavant si tout le monde y est, afin que ton entrée fasse plus d'eflet.

LE PLUS BEAU JOUR DE LA VIE

ANTOMNE, 6a,?. Et mot, pendant ce temps, je vais préparer mes cadeaux pour ma sœur et tmis nos parents.

MADA.ME DE SAINT-ANDRÉ. A mervciUe. Tenez-vous droite.

AîR de Voltaire chez Ninon.

Prends le maintion, la dignité.

Que ton nouvel élat réclame; Plus de vaine timidilé.

Car à présent te voila femme :

J'abjure mes droits aujourd'liui.

ANTONINE

Quoi! sur moi votre pouvoir cesse?

MADAME DE SAINr-ANDRÉ.

Tu ne dépends que d'un mari.

ANTONINE

Enfin, me voilà ma maîtresse.

{lUadame de Saint-André passe dans l'appartement à gauche.)

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