SCENE VIII
NURCEL, seul; puis FRANCINE.
MARCEL, serrant la lettre dans sa poche sans la lire. Ce n'est pas possible!., c'est une vision qui m'est apparue à cette fenêtre!.. Allons! je perds la tête... {Voyant sortir Francine de la maison.) Non!., non!
RÉCITATIF
MARCEL
Je ne m'abuse pas... C'est elle, je la voi. Cette infidèle!..
FRANCINE, surprise.
Infidèle!., qui?., moi?..
DUO
MARCEL
J'avais juré de la maudire.
De l'accabler à son retour.
Je la vois... ma colère expire...
Et tout s'oublie, hors mon amour!
Dis-moi, pourquoi donc cette absence?..
FRANCINE
Pour assurer notre bonheur
On m'offrait de quitter la France...
MARCEL
Ah! c'était quelque séducteur!..
FRANCINE
Une dame... une grande dame!
MARCEL
Ce n'était pas un amoureux !..
FRANCINE
Non vraiment! foi d'honnête femme!..
MARCEL
J'en crois ton cœur, j'en crois tes yeux ! Nos cœurs pensent toujours de même.
Nous pouvons nous unir tous deux!
FRANCINE
Un instant... car j'ai mon système Qui fuit les ménages heureux!
Avant de parler mariage.
Dis-moi, tonsort a-t-il changé?..
MARCEL
Je n'ai rien!..
FRANCINE
Moi, pas davantage!
MARCEL
Qu'importe? avec l'aniour que j'ai!..
Pour moi le luxe et la parure Ne valent pas franche amitié...
Souv.^nt l'ennui roule en voiture Et les amours s'en vont à pié!
LA REINE D'UN JOUR
FRANCINE
Crois-moi, le luxe et la parure Ne nuisent pas à l'amitié; On peut bien s'aimer en voiture.
Souvent ion se dispute à pié!
HABCEL.
Eh quoi, l'amour et son ivresse...
FBANCINE.
Ne durent, dit-on, qu'un matin.
UARCEL.
Et lorsque l'on vit de tendresse...
FRANCINE
On peut souvent mourir de faitnl
ENSEMBLE
FRANCINE
L'amour et la richesse Donnent seuls de lieaux jours 1 Quand paraît la détresse.
S'envolent les amours!
MARCEL
C'est la seule tendresse Qui donne les beaux jours!
Pour braver la détresse, Il suffit des amours !
FRANC1^E
Toujours fidèle et vertueuse, .le n'aime et n'aimerai que lai!..
Mais ici-bas, pour être heuiei'se...
MARCEL
Que te faut-il?..
FRANCtNE.
Ecoute-moi.
CAV.^TINE
PREMIER COUPLET
11 me faut les chevaux.
Les jockeis les plusbeau\!
Des bijoiiv, des dentelles Et des robes nouvelles!
C'est l'éclat, c'est le bru:t, Qui me plaît, me séduit.
u Faites donc approrhcr Mis laquais, mon cocher ! »
Oui, voilà pour mon coeur, Voilà le vrai bonheur!
DEUXIÈME COUPLET
La sène et la détresse D'etlroi me font pâlir!
U laut vivre en duchesse Ou bien il faut mourir!..
J'ai l'àme ambitieuse Pour toi, mon seul amant!
Car, si j'étais heureuse.
Ah! je t'aimerais tant !
Oui, l'éclat, l'opulence.
Redoublent ma constance. .
Mais sans ça, vois-tu bien.
Je ne réponds de rien!..
Il me faut les chevaux.
Les jockeis les plus beaux! Des bijoux, des dentelles, etc.
MARCEL, tristement.
Mais moi qui n'ai ni chevaux ni cocher. Cela me dit assez...
FKAKUNE.
Qu'il faut te dépêcher.
L« premier de nous deux qui fera sa fortune Préviendra l'autre, et puis l'épousera.
MARCEL
Non pas.
Je vois la vérité ! dites plutôt, hélas ! Que mon amour vous importune.
FRANCINE
Qui? moi!
MABCEL.
Vous préférez quelque grand seigneur.
FRANCINE
Vous l'aimez.
MARCEL
fbancim;.
Quelle horreur!
MARCEL
FRANCINE
Vous le mériteriez, vous.
MARCEL
Moi!
FRANCINE
MARCEL
Vous l'aimez, je le voi.
Vous.
Muit
Moi!
MARCEL, avec colère.
J'apprends à connaître Ce cœur faux et traître Qui rêve peut-être A d'autres amours.
Parjure! traîtresse!
C'est trop de faiblesse ; Non, plus de tendresse.
Adieu, pour toujours!
FRANCINE, Ol'CC déjlll.
Vous êtes le maître!
Et pour moi, peut-être.
Bientôt vont renaître De plus heureux jours.
C'est trop de faiblesse ; Non, plus de tendresse; Puisqu'il me délaisse.
Adieu, pour toujours!
FRANCINE
Qu'ai-je dit?.. Vous le voyez bien.
Ni vous ni moi nous n'avons rien.
Et déjà, dans notre ménage.
Voyez quel bruit et quel tapage! Des richards ne feraient pas mieux.
MARCEL
J'ai le droit d'être furieux !
REPRISE DE L'ENSEMBLE
MARCEL
J'apprends à connaître, etc.
FBANCINE.
Vous êtes le maître, etc.