D'ELVAS, FRANCINE
d'elvas, étonné. Eh! mais qu'y a-t-il donc? FRANCINE. Ce qu'il y a. Monsieur?., celui dont je vous p.irbis ce matin , que j'ai retrouvé ici à Calais ! »
d'elvas. Cet amoureux que vous ne vouliez pas é|iouser'par excès d'amour et par manque de fortune?
FRANCINE. Lui-même ! et je ne vous cache pas qu'il est furieux, rpi'il a des idées contre vous!..
d'elvas, froidement. Contre moi?.. Il a grand tort.
FRANCINE. Comment! il a grand tort?..
d'elvas. Et la preuve, c'est que je suis enchanté qu'il vous aime et que vous l'aimiez... Cela ne s'oppose nullement à mes vues.
FRANCINE, vivement. Vous aviez donc des vues?..
d'elvas, froidement. Oui, Mademoiselle, j'en ai.
FRANCINE. Et lesquelles?
d'elvas. De vous marier avec lui... J'ignore son nom, ce qui n'est pas nécessaire... du moins pour moi!..
FRANCINE. Et comment cela, s'il vous plaît?
d'elvas. En vous donnant une dot de soixante mille livres tournois.
FRANCINE, arec étonnement. A moi! Francine Cumusat!..
d'elvas. Même plus... c'est possible !..
FRANCINE. 0 ciel!.. Achevez, Monsieur... expliquezvous... car je crains de vous entendre... et les vues dont vous parliez tout à l'heure...
d'elvas. Sont les plus innocentes du monde.
IRANCINE. Mais cette dot?
d'llvas. Sera le prix de la discrétion et de la vertu.
FRANCINE. Est-il possiljle!.. il s'agit donc?..
d'elvas. De vous embarquer aujourd'hui avec moi sans en rien dire à personne.
FRANCINE, t'iremeiif. Eh bien! par exemple... et mes principes?..
d'llvas. Vos principes?.. Je les embarque avec vous! Je suis le comte d'Elvas, seigneur porlugais conunandaut le vaisseau de guerre le San-Carlos, que d'ici vous voyez en r.ule.
FRANCINE, avec frayeur. Un grand seigneur! Raisuii de plus. Monsieur; cela ressemble tout à fait à un enlèvement.
d'elvas, (/rarement. Un enlèvement de conDance , et vous pourrez en avoir en moi!
COUPLETS
PREMIER COUPLEl.
Que d'autres vous rendant les armes, Brûlent pour vous de mille feux, Moi je promets à tant de charmes De fermer mon cœur et mes yeux.
Oui, d'une àmc décente et pure, Contemplaut vos chastes appas,
{Avec une expression très-tendre.) Par l'amour, par vos yeux, je jure
Que... je ne vous aime pas!
DEDXIÈBE CODPLET.
En sentinelle, la sagesse Sur mon boni viendra vous garder; S'il le faut, je fais la promesse De ne jamais vous regarder.' Oui, quand je devrais faire injure Aux amours qui suivent vos pas...
{I.a regardant avec tendresse.) Même en ce moment je vous jure Que je ne vous aime pas.
Et il en sera de même pendant les cinq ou six heures que durera notre voyage... c'est-à-dire jusqu'à ce soir, où nous toucherons la cèle d'Angleterre.
FRANCINE. Ail! nous allons en Angleterre. d'elvas. Oui . Mademoiselle.
FRANCINE. Et dans quel endroit débarquons-nous? C'est important...
d'elvas. Où vous voudrez...
FRANCINE, étonnée. Comment! où je voudrai?
LA REINE D'UN JOUR
D'i!LVAs Gela m'est tout à fait iiidiffc'rent... Douvres, Briglitoii, Poi-tsmotilli...
FRANCiNE, vive ncnl. Bristiton, justement!., {.i part.) C'en ce nom-là!.. {Haut.) le préfère Brighton.
d'elvas. a vos ordres !.. Vous voyez ([u'il est impossible...
FRANCiNE. D'élre plus gaUint... et je ne vous adresserai plus (pi'une demande: qu'allons-nous faire , vous et moi, en Angleterre?
uV.LVAs. Je ne puis vous lo dire en France.
FRANCINE. Et pourtpioi?
d'elvas. Je croyais vous avoir conDé ((u'il y avait dans celte afiaire deux points indispensables.
FRANCINE, vilement. La vertu'?..
d'elvas. Et la discrétion.
FRANCINE, finement. C'est par laque je brille!., et la mienne...
d'elvas, froidement. Pourrait s'estim r, à un florin près... ou à un demi-florin... {En tirant un de sa poche et le lui montrant.) Et celle confidence ((uo vous m'avez faite ici , ce matin , à moi que vous voyiez pour la première l'ois 1
FRANCINE, avec embarras. Il y a comme ça dos jours... c'est dans le temps... c'est dans l'air.
d'elvas. Oui... l'air de France est mauvais pour les secrets... il est trop vif, trop léger. . voilà poun|uoi je préfère celui d'.^ngletcrre, qui est plus épai>, plus sombre... Ainsi, Mademoiselle, voyez et réUécbissez!.. Gonliance et silence absolus jusqu'à demain, si cela est possible... Si vous acceptez, je reviens vous prendre dans ma chaloupe et vous mener au Son-Car/oî, qui va mettre à la voile... Dans une demi-heure le départ, ce soir en .\ngleterre... demain les soixante mille livres tournoi? !
FRANCINE. Et le respect'?..
d'elvas. Toujours... cela va sans dire. [Il salue et sort. Fraiicinele suit quelque temps des ycuT, puis revient au bord du théâtre, pouvant à peine contenir sa joie.)
SCEiNE XIII.
FRANCINE, seule, avec joie.
FINAL
Il l'a cUt! il l'a dit! soixanle mille livres? A chaque instant ma suriirise s'accroit. De tes faveurs, fortune, tu m'enivres, Et tu fais bien, c'est à boa droit; Car la fortune est femme; entre femmes l'on doit S'entr'aider, et je puis, écoulant ma tendresse, De Marcel a présent récompenser l'amour ; Je prétends l'épouser aussitôt mon retour. Et je veux qu'ici même il en ail la promesse Avant que je m'éloigne...
{Ecoutant.) Car J'entends les matelots et le chant du dc|iart. {Francine va prendre chez maitre Benjamin tout ce qu'il faut pour écrire, et vient faire sa lettre sur la table qui est prés du cabaret, pendant qu'on entend en dehors^ eu, venant du port, des chants lointains.) CHCEUR.
La voile est préparée;
La brise désirée
Vient sillouner les flots.
0 la belle soirée ! •
Sur la plaine azurée
Voguons, boas matelots!
{Francine pendant ce temps a écrit sa lettre; elle se lève au moment oii entrent en dansant des qrisettes et déjeunes ouvrières, puis après entrent des'hommes, leurs cavaliers.)
CHŒUR
Que la soirée est belle ."^ Le plaisir nous appelle ;
Ouvrière fidèle.
Voici la fin du jour.
Là-bas, sons le feuillage,
Le soir après l'ouvrage.
Nous attendent l'ombrage.
Et la danse et l'amour.
INE JEUNE FILLE, s'ovançnnt vers Francine. Venez-vous, la belle ctraD;.iTc'?
Nous avons, si ça jieui vuiis pi lire, Non loin du pork nu bal cbarmani, De très-bon ton et tres-déccnl.
FRANCINE
Je ne puis, mes chères amies. ^
LA JEINE PILLE.
Madame est faite, apparemment, A de plus haute.s compagnies.
FRANCINE
Non pas; mais je pars à l'inslant Daiguez remettre, je vous prie Ce bdlet...