JACINTHE, GIL FEREZ
JACINTHE. Le seigneur Gil Ferez, c'est bien heureux!
GIL FEREZ. Oui, ma céleste amie, ma divine Jacinthe... j'arrive un peu tard... par excès d'amour et de prudence... il a fallu attendre que la messe de minuit fût terminée, et après cela, j'ai voulu être bien sûr que tout le monde dormait au couvent... et tout le monde dort.
JACINTHE. Tant mieux! on ne vous entendra pas rentrer! car il faut y rontrer à l'instant.
GIL FEREZ. Et pourquoi cela?
j.^ciNiHE. Farce que le comte Juliano, mon maître, va arriver d'un inslant à l'autre avec ses amis qui soupent ici.
GIL FEREZ, Comme s'ils n'auraient pas pu rester toute la nuit au bal... c'est trcs-désagréable... et je n'ai pas du tout envie de m'en retourner.
JACINTHE. Y pensez-vous... me compromettre !
GIL FEREZ. Écoutez donc. Jacinthe... il fait cette nuit un froid, et un appétit... qui redoublent en ce moment... et quand on avait l'espoir de souper en téte-à-téte au coin d'un bon feu, on ne renonce pas aisément à une pareille béatitude.
JACINTHE. Il le faut cependant... car le moyen do justifier voire présence... aune pareille heure...
GIL FEREZ. Le ciel nous inspirera quelque boiimensoiifo!.. il en inspire toujours à ses élus !
JSG
LE DOMINO NOIR
JACrNTDC. En vérité!
GIL TEHEZ. Vous direz au seigneur Juliano, votre maille... que vous m'avez prié de venir vous aider pour le souper i|u'il donne celte nuit à ses amis.
JACINTHE. C'est vrai, vous avej des talents...
GiL PEKEZ. Avant d'être économe... j'ai été cuisinier chez deux archevé'iucs.
JACINTHE. Deux archevêques !..
GiL PEBEz. Je n'ai jamais servi que dans de saintes maisons... c'est bien plus avantageux... On y fait sa fortune dans ce monde, et son salut dans l'autre.
JACINTHE. Je le crois bien... et le couvent des Annonciades, où vous êtes en ce moment?..
GIL FEREZ. C'est le paradis terrestre... A la fois concierge et économe, je suis le seul homme de la maison, et chargé de l'administration temporelle... Que Dieu me fasse encore la grâce de rester un an ou deux dans cette sainte demeure... Je prendrai alors du repos... et me retirerai... dans le monde... avec une honnête fortune que je pourrai offrir à dame Jacinthe.
Jacinthe. Qui, de son côté, ne néglige pas les économies.
GIL FEREZ. Vous en avez fait de bonnes avec le seigneur Apuntador, notre premier maître...
JACINTHE. Qui était si avare...
GIL FEREZ. Excepté pour sa gouvernante.
JACINTHE. C'était sa seule dépense...
GIL FEREZ. Et cela doit aller bien mieux encore avec le seigneur Juliano, son neveu. . un dissipateur.
JACINTHE. Du tout... ça n'ost plus ça... il mange son bien avtc tout le monde... et quand les maîtres n'ont pas d'ordre...
GIL PEBEZ. C'est ce qu'il y a de pire... il Dnira mal...
JACINTHE. Je le crois aussi... mais en attendant, il y a quelqncfoisdc bonnes aubaines à son s.Tvice... {Regardant du coté de la porte à droite.) ce soir, par exemple...
GIL FEREZ. Qu'est-ce donc!
JACINTHE. Rien... rirn... j'ai promis le silence pour aujourd'hui du moins., raa's demain, Gil Perez , je vous contenii cela.
GIL FEREZ. A la bonne heure... on n'a~pas de secrets pour un Tiancé... pour un époux... Je descends à la cuisine... minstaller au milieu des four leaux et donner à ces messieurs un souper d'archevêque... Dès qu'ils auront soupe... je porterai là, dans voire chambre... un ou deux plats... des meilleurs que j'aurai mis de côté... et que je tiendrai bien chaudement au coin du feu.
JACINTHE. A la bonne heure... mais si on entrait dans ma chambre. .
GIL FEREZ. Dés qu'ils sortiront de table... ôtez la clé...
JACINTHE. Et VOUS, alors...
GIL PEREZ. N'en ai-je pas une autre... dont je ne vous ai jamais parlé.
JACINTHE. Est-il possible!... Et comment cela se fait-il? une seconde clé...
GIL FEREZ. C!est Celle du seigneur Apnntador... notre ancien maître... je l'ai trouvée ici...
JACINTHE. .\h! monsieurGil Perez. ..une telle hardiesse ..
GIL FEREZ. Je cours à la cuisine... (Il sort par la porte à yauche sur la ritournelle du chœur suivant et pendant que Jacinthe va ouvrir la porte du fond )