‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 750 sur 809 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

BRIGITTE, puis DRSULE.

BRIGITTE, tirant lacté de sa poche. Oui, il y a quelque chose... mais tu ne le sauras pas! {Elle va ouvrir la porte adroite dont elle retire la clé.) Entrez, Madame... {Repoussant vivement la porte.) Non, non, ne vous montre! pas !.. {Se retournant vers Ursule qui rentre.) Qu'esl-ce donc?., qu'est-ce encore?

URSULE, qui vient de rentrer par la porte du fond. Puisque c'est vous qui avez replacé cette cié... vous saurez mieux que moi où elle est... et je viens vous chercher...

BRIGITTE. Je no demande pas mieujc... {A part.) Ah! quel ennui !

URSULE. Comme ça, j'ai idée que nous la trouverons.

BRIGITTE, à part. Va... tu la chercheras longtemps... {Haut.) Je vous suis, ma sœur, ma chère sœur!.. {Elles sortent toutes deux par la porte du fond qu'elles referment.)

ANGÈLE, entr'ouvrant la porte à droite.

{Elle est en domino noir, pâle et se soutenant à peine. Elle va fermer au verrou la porte du fond.)

RÉCITATIF

Je suis sauvée enfin!., le jour venait d'éclore! 11 était temps...

(5e jetant dans un fauteuil.) Ah ! respirons un peu.

J'ai cru que j'en mourrais...

(Se levant brusquement.)

Qu'ai-jc entendu, mon Dieu !

Non, ce n'est rien... j'y croyais être encore. (Elle se lève et jette sur le fauteuil qu'elle vient de quitter le trousseau de clés qu'elle tenait à la main )

AIR

Ah! quelle nuit!

Au moindre bruit Mon cœur tremble et frémit!

Et le son de mes pas M'efTraie, hélas!

Soudain j'entends Fusils pesants Au loin retentiss.nots...

Et puis qui vive? Holà !

Qui marche là?

Ce sont des soldats un peu gris Par un sergent ivre conduits.

Sous un sombre portail soudjin je me blottis,

El grâce à mon domino noir On passe sans m'apcrcovolr.

Tandis que moi.

Droite, immobile et mourante d'effroi.

En mou cœur je priais,

El je disais :

0 mon Dieu ! Dieu puissant!

Sauve-moi de tout accident, Sauve l'honneur du couvent!

Ils sont partis.

Je me hasarde, cl m'avance et fl'émis.

Mais voilà qu'au détour D'un carrefour S'offre à mes yeux Un inconnu sombre et myslérieux.

Ah ! je me meurs de peur.

C'est un voleur!

Il me demande, chapeau bas, La faveur de quelques ducats; Et moi d'un air poli je lui disais bien bas : Je n'ai rien, monsieur le voleur.

Qu'une croix de peu de valeur!

Elle était d'or, {Croisaiit ses bras sur sa poitrine.) Et de mon mieux je la cachais enoor... Le voleur, malgré ça.

S'en empara, El pendant Ce moment :

0 mon Dieu, disais-je en tremblant.

Sauve l'honneur du couvent!

Eu cet instant.

Passe en chantant Un jeune étudiant!

Le voleur à ce bruit

Soudain s'enftiit.

Mon défenseur Court près de moi.. Calmez votre frayeur. Je ne vous quille pas.

Prenez mon bras.

— Non, non. Monsieur, seule j'irai. .

— Non, senora, bon gré, mal gré, Jusqu'en voire logis je vous escorterai.

— Non, non, cessez de me presser.

— Il le faut... je dois vous laisser.

Mais un baiser.

Un seul baiser !

Comment le refuser?

Un baiser... je le veux...

Il en prit deux!

El pendant Ce moment, 0 mon Dieu, disais-je en tremblant.

Sauve l'honneur du couvent!

Mais je suis, grâce au ciel, à l'abri de l'orage; Je n'ai plus rien à craindre en ce pieux réduit, El je ne sais pourtant quelle fatale image Jusqu'au pied des autels m'agite et me poursuit. CAVATINE.

Amour, d toi, dont le nom mémo Est ici frappé d'anathème.

Toi, dont souvent j'avais bravé les traits. Ma souffrance Qui commence Doit sutTire à la vengeance !

Pauvre abbesse, Ma faiblesse Devant ton pouvoir s'abaisse.

De mon cœur en proie aux regrets.

Ah! va-t'en, va-l'en pour jamais!

Que mes erreurs soient effacées.

Quand Dieu va recevoir mes vœux.

A lui seul toutes mes pensées...

Oui, je le dois ..

{Avec douleur.) Je ne le peux!

Amour, i5 loi, dont le nom mémo Est ici frappé d'anallième.

Toi, dont souvent j'avais bravé les traits, etc. (0/1 frappe à la porto du fond.)

LE DOMINO NOIR

{Parlé.) Oniviunl là?

BRIGITTE, en dehors. C'est moi. Madame.

(.ingèle va lui ouvrir.)

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