‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 787 sur 809 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

LORÉDAN, MALIPIERI.

DCO.

LORÉDAN, à Malipieri qui s'incline et le lalue.

Je sais le débat qui s'agite, Votre projet est insensé!

D'après son œuvre et son mérite On doit être récompensé!

MALIPIERI, avec amertume.

Et tel qui brille et que l'on cite, Au dernier rang serait placè,| Si d'après l'œuvre et le mérite Chacun était récompensé!

LOREDAN, avec hauteur.

Qu'est-ce?., et que prétendez-vous dire?

MALIPIERI, de même.

Que ce jeune homme en vain aspire A ce titre que seul j'aurai '

LOREDAN, de même.

A l'instant et de mon plein gré Je le lui donne!., il est à lui!

HAYDÉE

MALiPiERi, aveoironin.

Peut-être;..

LOBÉDAN, étonné. Comment?

UALIPIERI.

Peut-être, ici, n'i*tes-vous pas seul maître!

LOREDAN.

Eh! qui doue le serait?

MALIPIERI.

Celui, qui, je le croi.

Aurait votre secret!., et celui-lii .. c'est moi!

ENSEMBLE

LORÉDAN, à part.

En mon cœur, tout mon sang se glace De terreur, je me sens troubler!

{Reprenant courage.) Mais par une vaine menace.

Pourquoi me laisser accabler!

MALIPIERI, à part, le regardant.

A ce mot seul, l'effroi le glace !

D'ici, je le vois se troubler.

Du déshonneur qui le menace La honte semble l'accabler!

LORÉDAN, te rapprochant de Malipieri et cherchant a

cacher son émotion.

Ce secret, sur lequel tout votre espoir s'élève. N'est rien qu'uue chimère !

MALIPIERI, avec ironie.

Oui vraiment... c'est un rêve !

Mais un rêve indiscret a révélé souvent Les crimes qu'autrefois on commit en veillant. {Rappelant le motif de l'air qui termine le premier

acte.) D'ici je vois encore à Venise la belle Ce palais enchanté qui de feux étincelle ! Je vois briller de l'or!., j'entends rouler des dés...

LOREDAN, à part, et frissonnant.

Grand Dieu !

MALIPIERI, continuant de même.

Sur cette table, avec moi, regardez Ce dernier coup...

LORÉDAN, à part, de même.

0 ciel!

MALIPIERI.

D'où dépend la partie, D'où dépendront bientôt et l'honneur et la vie ! Un noble de Venise a perdu. . je le voi! Non, non... je me trompais!., sans honneur et sans foi... U gagne! ! !

LOREDAN, hors dc lui et lui saisissartt le bras. Malheureux !

MALIPIERI, avec sang-froid.

D'où vient donc ce courroux?

Ce rêve est-il donc vrai? ce seigneur... est-ce vous?

LOREDAN.

Malgré moi l'effroi qui me glace A ses yeux a tout révélé.

Du déshonneur qui me menace Déjà je me sens accablé!

MALIPIERI, le regardant.

A ce récit, l'effroi le glace.

Et d'ici je le vois trembler!

• Du déshonneur qui le menace

La honte semble l'accabler!

LORÉDAN, vivement. Avant l'honneur, il faut m'ôter la vie! Il faut prouver pareille calomnie , Sinon, MonsiL'ur. .

MALIPIERI.

Ne craignez rienl Toutes les preuves, je les tien!

Ce testament écrit par vous...

LOREDAN, stupéfait.

0 perfidie!

MALIPIERI.

Au jeune Donato!..

LOREDAN, voulant chercher dans sa poche. Comment?., par quel hasard?.

MALIPIERI, froidement.

Ne cherchez pas... je l'ai...

[Voyant Lorédan qui porte la main à son poignard.)

Votre poignard Ne pourrait pas empêcher, je le jure.

Ma vengeance!., elle est en main sûre!

Le parti le plus sage est encor, je le croi, De s'entendre en secret et sans bruit .. avec moi!

LORÉDAN, a part. .

Châtiment d'un crime, Tourment légitime !

Oui... je vois l'abime Ouvert sous mes pas!

A mes vœux sois prompte, 0 mort, je t'affronte !

Pourvu que ma honte N'apparaisse pas!

MALIPIERI.

Châtiment dû crime Tourment légitime.

Au bord de l'abime Tu m'ohéiras !

D'avance, j'y compte Sinon, je raconte...

Et partout la honte Va suivre tes pas !

MALIPIERI.

D'abord, je réclame ce titre Que me disputait .Andréa!

LOREDAN, vivement.

Jamais! jamais! je l'ai dit : il l'aiira!

MALIPIERI, /e menapaiif.

Mais de vos jours, je suis l'arbitre...

LOREDAN.

Prenez-les donc... Immolez-moi!

MALIPIERI, de même.

Mais demain, aujourd'hui peut-être.

Par moi, Venise va connaître,

LOREDAN, à part.

Mon Dieu, prenez pitié de moi !

MALIPIERI, de même.

Que Lorédan, son héros, son idole De l'honneur déserta la loi...

LOREDAN, poussant un cri.

Qui?., moi !.. sans honneur et sans foi... [Tombatit accablé.) Jamais! jamais!

nkUf[t.ta,s'approchantdelui et le regardant froidement. J'ai donc votre parole.

LOBÉDAN, baissant la tète en signe d'adhésion, dit avec effort et à voix basse.

Mon Dieu!., prenez pitié de moi!

LOREDAN.

Châtiment du crime.

Tourment légitime!

Oui, je vois l'abime Ouvert sous mes pas !

A ma voix sois prompte, 0 mort! je t'aBronte!

Pourvu que ma honte N'apparaisse pas !

MALIPIERI.

Châtiment du crime Tourment légitime.

Au bord de l'abime, Tu m'ohéiras!

D'avance, j'y compte!

Sinon, je raconte...

Et partout la honte Va suivre tes pas !

{Malipieri sort par la droite.)

HAYDI'^E.

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LOBIDAS, Voujfou^ei vous reuJrc au sénat. — Aclc 3, scëne M.

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